Publié le 06 septembre 2019

ENVIRONNEMENT

Le réchauffement climatique fait peser un risque croissant de crise alimentaire mondiale

Si rien n'est fait pour endiguer le réchauffement climatique, c'est la sécurité alimentaire mondiale qui sera menacée. Perte de nutriments dans les aliments de base, baisse des récoltes, catastrophes climatiques d'envergure dans plusieurs régions... Les risques sont élevés et les prémices de cette crise alimentaire sont déjà visibles.

Changement climatique menace securite alimentaire
La production des grandes cultures pourrait baisser de 2 % par décennie.
CC0

821,6 millions. C’est le nombre de personnes qui souffraient de la faim en 2018. Ce nombre, qui donne le vertige, pourrait exploser à cause du réchauffement climatique. C’est en tout cas une des conclusions du rapport du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, publié le 8 août.

"La sécurité alimentaire sera de plus en plus compromise par le changement climatique à venir en raison de la baisse des rendements, en particulier dans les régions tropicales, de l’augmentation des prix, de la réduction de la qualité des nutriments et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement", a ainsi expliqué Priyadarshi Shukla, coprésident du Groupe de travail III du Giec.

Des effets déjà visibles 

Si les températures mondiales augmentent de 2°C en moyenne, le risque d’instabilité de l’approvisionnement alimentaire sera hautement élevé, notent les chercheurs, alors même qu'en 2050 il faudra nourrir 9 milliards d'individus. En 2014, les experts du Giec avaient déjà établi que, sans réel effort pour endiguer le réchauffement climatique, la production des grandes cultures comme le blé, le riz ou le maïs pourraient baisser de 2 % tous les 10 ans. Les régions tropicales seraient les plus touchées par ce phénomène mais les régions tempérées n'en seront pas non plus exemptées. 

Certains effets de cette future crise alimentaire sont d'ailleurs déjà visibles. Dans le Midwest américain, les inondations ont empêché les agriculteurs de semer les maïs. Le gouvernement américain a prévu un recul de 10 % de la production sur l’année. Cela pourrait provoquer une flambée des prix du maïs, mais aussi de la viande, des produits laitiers et des œufs, car cette céréale est utilisée dans l’alimentation animale. La sécheresse en Thaïlande s’est également répercutée sur les rizières. En Inde, la mousson très tardive a provoqué une pénurie d’eau. Pour les agriculteurs, la situation est particulièrement alarmante.

Perte de nutriments des aliments de base 

Les épisodes de canicules en France, en Espagne, en Pologne… ont provoqué un déficit hydrique. Dans l'Hexagone les céréaliers ont eu de la chance, les récoltes sont exceptionnelles, les producteurs ayant récolté pendant la canicule. Mais certaines régions, comme l'Auvergne, pâtissent d'une sécheresse particulièrement grave après un hiver sec. Les récoltes sont faibles, les maïs manquent d'eau, et même la qualité est détériorée, relève dans le Parisien, Christiane Lambert la présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole. Une étude publiée en août 2018 dans la revue Nature Climate Change avait d’ailleurs démontré qu’avec le réchauffement climatique et la hausse des émissions de CO2, les aliments de base allaient perdre en nutriments.

D’ici 2050, date à laquelle la concentration de CO2 pourrait atteindre 550 parties par million (ppm) contre 405 aujourd’hui,. En conséquence, "les teneurs en protéines, fer et en zinc vont réduire de 3 à 17 %" pour les cultures de base essentiellement dans les pays en développement où l’apport en protéines est majoritairement d’origine végétale, estiment les chercheurs de Havard. Selon Adam Drewnowski, professeur d'épidémiologie à l'Université de Washington, le riz, aliment de base de la moitié de l'humanité, pourrait perdre environ 70 % de calories et la moitié de ses nutriments.

Surtout, "dans le passé, les mauvaises conditions météorologiques dans une zone étaient compensées par une amélioration possible dans une autre", note dans NBCNews Rosamond Naylor, directrice du Centre de sécurité alimentaire et de l’environnement à l’Université de Stanford. "Mais certaines de nos recherches ont montré que lorsque nous nous approchons de 2 °C (d’élévation des températures, ndr), la probabilité que les principaux producteurs de céréales subissent un choc climatique dans la même saison monte en flèche", ajoute-t-elle.

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

IMG ours renne @Izabela Kulaszewicz

Réchauffement climatique : les images inédites d'un ours chassant un renne

C'est une scène inhabituelle. Pour la première fois, un ours polaire a été filmé en train de chasser et se nourrir d'un renne dans l'archipel du Svalbard, au nord de la Norvège. Un phénomène qui semble se multiplier à mesure que la banquise, terrain de chasse des ours, disparaît.

Cow Pixabay vaches

Le méthane devient (enfin) un sujet majeur de la lutte contre le changement climatique

Si la réduction du CO2 dans l'atmosphère occupe le devant de la scène, la lutte contre les émissions de méthane s'est progressivement imposée comme une mesure indispensable et prometteuse pour atteindre les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Si la problématique émerge depuis...

Raffinerie Exxon Slagen Norvege 01

Les émissions mondiales du secteur pétrole et gaz sont largement sous-estimées, selon la coalition Climate Trace

Le secteur du pétrole et gaz aurait émis près d’un milliard de tonnes de CO2 de plus que celles reportées officiellement, selon un rapport de Climate Trace. Cette coalition d’ONG, d’entreprises de la tech et d’universités a développé une base de données sur les émissions des grands secteurs...

Neutralite carbone compensation credits carbone istock

COP26 : Le Pacte de Glasgow fixe enfin des règles pour les marchés carbone

À la COP26, les États sont enfin parvenus à un accord sur l'article 6 de l'Accord de Paris, régissant les marchés carbone. Ces derniers, en plein essor, n'étaient plus régulés depuis deux ans. Le texte négocié à Glasgow a permis d'exclure le risque de double-comptage, encore défendu ardemment par...