Publié le 09 mars 2019

ENVIRONNEMENT

[Science] Le réchauffement climatique pourrait entraîner la disparition des nuages… et faire grimper la température

L’augmentation des émissions de gaz à effet de serre pourrait avoir pour conséquence de faire disparaître une couche protectrice de nuages. Selon une étude publiée dans le revue Nature Geoscience, la disparition de ces nuages entraînerait une augmentation de la température terrestre de 8 degrés supplémentaires par rapport au réchauffement climatique déjà en cours.

Le réchauffement climatique risque d’être encore plus dramatique que prévu. Selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature Geoscience, une plus forte concentration de gaz à effets de serre dans l’atmosphère pourrait entraîner la disparition d’une couche protectrice de nuages au-dessus des océans. Disparition qui s’accompagnerait d’une augmentation significative de la température terrestre.

Les stratocumulus couvrent environ 20 % de la surface des océans dans les zones tempérées du globe et se trouvent en particulier dans les parties Est des océans, par exemple le long de la Californie, du Mexique et du Pérou. Ces nuages permettent de réfléchir une partie du rayonnement solaire. Leur disparition entraînerait un réchauffement "d'environ huit degrés Celsius, qui s'ajouterait au réchauffement climatique provoqué par la hausse de la concentration des gaz à effet de serre" due aux activités humaines, avertit l'étude.

Une montée des eaux catastrophique

"Nos résultats montrent qu'il existe des seuils de changement climatique dangereux dont nous n'avions pas conscience" jusqu'alors, explique Tapio Schneider, chercheur au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à Pasadena en Californie, et principal auteur de l'étude. Une augmentation des températures de cet ordre entraînerait une fonte de la glace dans les pôles et une montée des eaux des océans de dizaines de mètres, au-delà des capacités des humains à s'adapter, avertissent les scientifiques.

La Terre n'a pas connu un tel climat depuis le début de l'Éocène (-53 à -48 millions d'années), quand la température moyenne était plus élevée d'environ 12 degrés et que des crocodiles peuplaient l'Arctique.

Le réchauffement climatique en cours, de 1°C par rapport à l'ère préindustrielle, entraîne déjà son lot de sécheresses, inondations, cyclones, etc. La concentration de CO2 a augmenté de près de 45 % pour dépasser les 400 parties par million (ppm). Se basant sur une modélisation de l'évolution des nuages, les chercheurs ont déterminé que la couche protectrice de nuages pourrait se rompre si la concentration de CO2 atteignait 1200 ppm, bien que le point de bascule puisse être un peu plus élevé.

Si l'humanité poursuit ses activités au rythme actuel, "le niveau de 1200 ppm sera franchi en 2104", indique Malte Meinshausen, directeur du Climate and Energy College de l'université de Melbourne, se basant sur une étude à venir. D’autant que le réchauffement climatique causé par les activités humaines pourrait entraîner la libération de CO2 et de méthane aujourd'hui contenus dans des milieux naturels comme le pergélisol (des sols gelés toute l'année). Ce qui mettrait à mal les efforts réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’étude publiée dans Nature Geoscience pourrait aussi résoudre un mystère de longue date entourant l'Éocène. Selon les modélisations climatiques utilisées jusqu'à présent, les niveaux de CO2 auraient dû s'élever à plus de 4000 ppm pour expliquer les températures de cette période préhistorique, quand des échantillons géologiques font état de concentrations 25 à 50 % moins élevées.

Des modélisations climatiques plus fines

Ce niveau de 1000 à 2000 ppm correspond précisément, selon cette nouvelle étude, à celui où les nuages disparaîtraient, faisant grimper le mercure jusqu'à 8°C supplémentaires. "Un pic de chaleur causé par la perte de la couverture nuageuse basse pourrait expliquer l'apparition du climat très chaud de l'Éocène", indique Tapio Schneider.

Cette étude pourrait aussi aider à améliorer les modèles climatiques actuels. La manière dont ces nuages au-dessus des océans des zones tempérées vont réagir au changement climatique est une des grandes incertitudes dans les prévisions.

Les nuages sont dans l'ensemble "passés à travers les mailles du filet" de la modélisation informatique, pour des questions d'échelle, selon Tapio Schneider. "Le maillage pour les modélisations climatiques est de l'ordre de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kilomètres", explique-t-il. Bien trop large pour prendre en compte les nuages. Les scientifiques ont résolu le problème en développant un système de modélisation plus fin.

La rédaction avec AFP


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