Publié le 17 mars 2022

ENVIRONNEMENT

Le point de non-retour de la fonte du permafrost est "imminent"

Quelques semaines après la publication d'un nouveau rapport du GIEC, une autre étude vient un peu plus  assombrir les prévisions climatiques. Des chercheurs assurent que la fonte du permafrost pourrait bientôt franchir un point de non-retour, beaucoup plus tôt que ce que les scientifiques prédisaient jusqu'ici. Or le permafrost, en fondant, pourrait libérer des millions de tonnes de CO2, de méthane et même de mercure, réchauffant encore plus l'atmosphère. 

Permafrost Siberie Adrian Wojcik 01
Le permafrost capture 39 milliards de tonnes de carbone.
@Adrian Wojcik

C’est un écosystème particulièrement vulnérable et clé dans la lutte contre le changement climatique. Les tourbières de pergélisol d’Europe et de Sibérie occidentale sont de véritables puits de carbone. Elles permettent, grâce à un sol recouvert de glace tout au long de l’année, de séquestrer près de 40 milliards de tonnes de carbone, soit le double de la quantité stockée dans l’ensemble des forêts européennes. Or une nouvelle étude dirigée par l’Université de Leeds et publiée dans la revue Nature Climate Change, estime que le point de basculement climatique, le "tipping point", pourrait être atteint plus tôt que ce que les experts ne le pensaient. 

"Les projections indiquent que, même en déployant les plus grands efforts pour réduire les émissions mondiales de carbone, et donc limiter le réchauffement de la planète, d'ici 2040, les climats de l'Europe du Nord ne seront plus suffisamment froids et secs pour entretenir le permafrost tourbeux", soulignent les chercheurs. Une conclusion particulièrement effrayante puisque la matière organique va commencer à se décompenser à mesure que le pergélisol fond et va ainsi libérer des gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane.

Méthane, CO2 et mercure

Moins connu que le CO2, le méthane est pourtant un des pires ennemis de la lutte contre le changement climatique. Ce gaz à effet de serre a un pouvoir de réchauffement 82 fois plus important que le CO2 sur vingt ans. Il est aujourd’hui responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre mondiale, même si sa durée de vie dans l’atmosphère est beaucoup moins importante que le CO2. Une autre étude publiée dans la revue National Snow and Ice Data Center avait par ailleurs révélé en 2018 que le permafrost cachait des stocks deux fois plus importants de mercure que sur le reste de la Terre. Or avec le dégel, ce métal pourrait finir en partie dans les océans et contaminer toute la chaîne alimentaire.

"Notre modélisation montre que ces écosystèmes fragiles sont au bord du précipice et que même une atténuation modérée conduit à la perte généralisée de climats adaptés au pergélisol tourbeux d'ici la fin du siècle", affirme Richard Fewster, auteur principal de l’étude et Docteur à l’Ecole de géographie de Leeds. "Mais cela ne signifie pas que nous devons jeter l'éponge. Le rythme et l'ampleur de la perte de climats appropriés pourraient être limités, voire partiellement inversés, par des politiques d'atténuation du changement climatique rigoureuses". Le dernier volet du sixième rapport d'évaluation du Giec, prévu le 4 avril prochain, portera justement sur l'atténuation, c'est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un rapport très attendu. Car ces tourbières gelées ne sont pas le seul écosystème en danger. Une autre étude publiée là aussi dans la revue Nature Climate Change début mars a révélé que la forêt amazonienne, un des poumons de la Terre, pourrait elle aussi atteindre plus rapidement que prévu son point de non-retour. Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse, les incendies, la pression de l’agriculture intensive… elle pourrait ne plus être en capacité de se régénérer et ainsi se transformer en savane. "Nous constatons que plus des trois quarts de la forêt amazonienne perdent leur résilience depuis le début des années 2000, ce qui correspond à l'approche d'une transition critique. La perte de résilience est plus rapide dans les régions moins pluvieuses et dans les parties de la forêt tropicale qui sont plus proches de l'activité humaine", écrivent les chercheurs. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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