Publié le 01 juin 2020

ENVIRONNEMENT

Entre durabilité et lutte contre les épidémies, les grandes villes vont-elles devoir choisir ?

La densité urbaine des mégalopoles a été pointée du doigt partout à travers le monde pour son rôle dans la propagation du virus. Si Paris veut entamer une "cure d'hygiène" en pensant à agrandir les trottoirs, ces aménagements semblent insuffisants pour rassurer des habitants en mal de nature. Un défi d'autant plus complexe que la densité permet en revanche de lutter contre le réchauffement climatique en limitant l'étalement urbain. Une double injonction qui représente un vrai défi pour les villes. 

Densite urbaine covid contre rechauffement climatique
L'hyper densité des mégalopoles a été très critiquée pour son rôle dans la propagation de l'épidémie de Covid-19.
CC0

Les villes d’aujourd’hui, Paris comme les autres, ont été remodelées au rythme des grandes épidémies. Fièvre jaune, tuberculose, choléra… La capitale porte les marques de ces maladies, à l’instar de ces grandes artères dessinées par le baron Haussmann et devenues si caractéristiques de la Ville Lumière. Après le Covid-19, les métropoles vont-elles, une nouvelle fois, subir des transformations ? À Paris en tout cas, les aménagements sont en réflexion.

La ville pourrait même s’offrir une "cure d’hygiénisme" pour le déconfinement, explique Le Monde. La ville a commandé des distributeurs de gel hydroalcoolique pour les installer dans l’espace public et réfléchit même à élargir les trottoirs pour permettre la distanciation sociale. Des aménagements qui ne seront peut-être pas suffisants pour redonner confiance aux habitants des grandes villes. Avec la pandémie, les critiques sur l’hyper-densité des mégalopoles sont vives.  

Une double injonction contradictoire

"New York, la ville la plus peuplée des États-Unis, totalise à elle seule environ 23 % des décès dus au virus dans le pays. Au Royaume-Uni, Londres a également enregistré 23 % des victimes britanniques ; Madrid 32 % environ des décès en Espagne et à Stockholm la proportion serait encore plus forte", constate dans le Financial Times, la journaliste Camilla Cavendish. "Les grands centres urbains sont les nouveaux foyers de peste. Le Covid-19 met clairement au défi les mégalopoles", résume-t-elle. 

Or ces villes sont confrontées à une double injonction contradictoire. D’un côté réduire la densification pour lutter contre les épidémies en limitant les interactions et en favorisant la distanciation sociale. De l’autre, accélérer la densification pour lutter contre le réchauffement climatique. Car la densification permet de limiter l’étalement urbain. "Dans l’ensemble, la densité est une bonne chose : les villes plus denses sont plus économes en énergie. Je pense donc qu’à long terme, il y a aura un conflit entre les exigences concurrentes de la santé publique et du climat", prédit dans le Guardian, Richard Sennett, professeur d’études urbaines au MIT. 

Faut-il alors choisir son combat entre climat et santé ? "La catastrophe environnementale annoncée a été prise de vitesse par le cataclysme sanitaire, mais c’est au fond un seul et même problème auquel notre société technique globalisée doit se confronter", écrit l’architecte Jacques Ferrier. Plusieurs recherches ont montré que la perte de biodiversité et d'habitat a été un des facteurs de transmission du virus de l'animal à l'homme. "Pour faire face à la récurrence annoncée de tels événements, notre modèle de ville doit être repensé."

Un retour à la nature plébiscité

Treize chercheurs du Muséum d’histoire naturelle ont publié mi-avril une tribune dans Le Monde appelant à mettre la biodiversité au cœur de la ville de demain. "Les plantes participent à l’épuration de l’air, de l’eau et du sol. Les arbres, notamment, fixent d’importantes quantités de polluants atmosphériques. Ils jouent un rôle non négligeable dans le cycle du carbone et réduisent les îlots de chaleur urbains, abaissant de plusieurs degrés lors des fortes canicules la température de quartiers entiers", expliquent-ils. Un bénéfice puisque la pollution pourrait être un facteur aggravant du Covid-19, rappelle l’architecte italien Stefano Boeri. 

D'autant qu'au-delà de toute préoccupation sanitaire et écologique, le Covid-19 a mis en lumière la nécessité du "bien vivre" dans la cité à travers un retour à la nature. Un Parisien sur dix a ainsi quitté la capitale après l'annonce du confinement pour rejoindre la Normandie, la Bourgogne ou encore la Bretagne. Avec le basculement massif vers le télétravail, certains se sont rendu compte qu'il était possible de travailler sans habiter dans un centre urbain. Reste à savoir si ce phénomène est éphémère ou s'il marquera durablement nos modes de vie post-Coronavirus.

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Assemblee nationale PLFR3

PLFR3 : Les entreprises aidées publiquement sont désormais soumises à des engagements écologiques

L'Assemblée nationale vient d'adopter en première lecture le troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR3). Demandée depuis le début du confinement par de nombreux élus et ONG, l'écoconditionnalité des aides versées aux grandes entreprises est entérinée. Les grandes entreprises dans...

Action greenpeace notre dame climat

Greenpeace dénonce "l'écologie de façade" du gouvernement en déployant une banderole au-dessus de Notre-Dame

L'ONG Greenpeace a déployé ce matin à 6h une banderole en haut de la grue de Notre-Dame de Paris pour dénoncer l'inaction climatique du gouvernement. Une action vue par la nouvelle ministre de l'Écologie, Barbara Pompili, comme un "cadeau de bienvenu". La pression monte sur les épaules de la...

Jeanne barseghian maire ecolo de Strasbourg PATRICK HERTZOG AFP

État d’urgence climatique déclaré à Strasbourg et Bordeaux, deux villes emportées par des écologistes

C'est leur premier acte en tant que maire : à Strasbourg et Bordeaux, Jeanne Barseghian et Pierre Hurmic, deux écologistes tout juste élus, déclarent l'état d'urgence climatique sur leur territoire. Des centaines de conseils municipaux à travers le monde ont pris le même engagement. Mais celui-ci...

Le Haut conseil pour le climat torpille la politique climatique de la France dans un nouveau rapport

La France n'est toujours pas sur la bonne trajectoire climatique pour atteindre la neutralité carbone en 2050, alerte une nouvelle fois le Haut conseil pour le climat. Installée par Emmanuel Macron fin 2018, en pleine crise des Gilets jaunes, l'instance est la vigie de l'action climatique du...