Publié le 21 novembre 2013

ENVIRONNEMENT

Le coût croissant des phénomènes climatiques

La question de la compensation des pertes et des préjudices liés au changement climatique est au cœur de la Conférence de Varsovie. Les dommages créés par les événements climatiques extrêmes sont décryptés par la Banque Mondiale et le réassureur Munich Re, qui viennent de publier des données sur les coûts des catastrophes naturelles. Entre 1980 et 2012, ces dernières ont tué 2,5 millions de personnes et coûté 3 800 milliards de dollars.

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Les ravages du typhon Haiyan aux Philippines
© Oxfam

Les pertes et préjudices au cœur des négociations de Varsovie

La question des pertes et préjudices liés au changement climatique est actuellement discutée en Pologne. Mais les échanges tendus, faute de consensus. Mercredi, les pays en développement (Bolivie et pays du G77) ont claqué la porte, mécontents que leur demande de mise en place d'un mécanisme de compensation ne soit pas soutenu par les pays développés. Le clan des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), pour sa part, soutient les pays pauvres sans pour autant s'engager pour la mise en place d'un mécanisme de compensation. L'Union Européenne, quant à elle, opte pour une solution plus souple. Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action climatique, précise : « L'UE est ouverte à ce concept de pertes et préjudices. Nous réfléchissons plus à un système, et pas un mécanisme. »

Même si le lien scientifique n'est pas démontré, la tendance est incontestable : à mesure que le climat se réchauffe, les phénomènes climatiques extrêmes (inondations, cyclones, tempêtes, vagues de chaleur...) se font plus fréquents. Le typhon Haiyan qui a dévasté le centre des Philippines il y a deux semaines, est venu le rappeler cruellement aux négociateurs des 194 Etats qui planchent depuis le 11 novembre sur un futur accord climatique, à Varsovie. Les conséquences financières suivent la même évolution, avec des coûts et dommages en nette augmentation. C'est une des conclusions du dernier rapport de la Banque Mondiale, publié le 18 novembre 2013 dans le cadre de la Conférence des Nations Unies. Dans son étude, l'institution financière internationale s'est intéressée aux des catastrophes climatiques et à la manière d'accompagner les pays pour qu'ils s'adaptent aux risques climatiques.

Ainsi, les pertes et dommages dus à des catastrophes naturelles sont passées de 50 Mds$ dans les années 1980, à près de 200 Mds$ au cours de la dernière décennie. La compagnie de réassurance allemande Munich Re a étudié l'impact économique de telles catastrophes : selon elle, les pertes déclarées dues aux catastrophes naturelles avoisinent 3 800 milliards de dollars entre 1980 et 2012, dont les trois-quart résultent d'événements climatiques extrêmes.

Conséquences sur le PIB

Selon la Banque Mondiale, ce sont surtout les pays émergents qui voient leur PIB affaibli par ces phénomènes climatiques, avec un impact de 1% du PIB en moyenne entre 2001 et 2006, soit 10 fois moins que les pays à revenu élevé. Une autre étude publiée le 30 octobre 2013 par Munich Re avance un impact moyen de 2,9 % du PIB chaque année dans les pays émergents, contre 1,3 % dans les pays en voie de développement et 0,8 % dans les pays industrialisé. Munich Re détaille deux catastrophes récentes : lors des inondations de 2011, la Thaïlande a enregistré des pertes directes de 43 Mds$, soit 12 % de son PIB. Au Chili, le tremblement de terre de 2012 a engendré 30 Mds$ de pertes directes, soit 14 % du PIB... Michael Menhart, économiste en chef à Munich Re, explique : « Souvent, les pays émergents n'ont pas les ressources ou l'efficacité nécessaire pour mieux se protéger contre les conséquences des catastrophes naturelles. En plus de cela, il y a le phénomène d'urbanisation des zones côtières qui, en Asie par exemple, sont très menacées par les cyclones. Cela explique les coûts fortement disproportionnés de ces pays en cas de catastrophes naturelles. »

L'Asie particulièrement touchée

Munich Re s'est également intéressé aux impacts économiques en Extrême Orient, une région particulièrement menacée par les inondations et les typhons. Au cours des trois dernières décennies, les catastrophes naturelles y ont été multipliées par quatre, causant des pertes globales d'environ 700 Mds$ sur la période. La compagnie précise que seules 76 Mds$ des pertes étaient assurées, soit 10% du coût total. Ainsi, le Japon est principalement affecté par les typhons, les pluies torrentielles et les inondations. Le typhon Mireille de 1991 avait coûté plus de 10 Mds$, et le typhon Sondga de 2004 environ 9 Mds$. En Corée du Sud, le typhon Maemi de 2003 reste la plus forte tempête connue par le pays avec un coût de 4,8 Mds$. La Chine, elle aussi, a subi un lourd préjudice économique : le débordement de la rivière Yangtze et Songhua en 1998, pire catastrophe de l'histoire du pays, a engendré des pertes supérieures à 30 Mds$. En Thaïlande, l'inondation de 2011 représente une des catastrophes d'inondation les plus chères de la planète avec 43 Mds$.

En Europe, les inondations se chiffrent en dizaine de milliards

En Europe, même si les phénomènes et leurs conséquences sont à bien moindre échelle, le coût économique reste conséquent. Selon Munich Re, sur les neuf premiers mois de 2013, les pertes dues aux catastrophes naturelles ont atteint 17 Mds€ sur le vieux continent. A ce titre, les inondations en Allemagne et en Europe de l'Est (Autriche, République Tchèque, Suisse) de mai 2013 se chiffrent à plus de 12Mds€. Dans son rapport, la compagnie d'assurance confirme que les phénomènes météorologiques violents ont presque triplé dans le monde depuis 1980 et que les inondations en Allemagne et en Europe centrale ont doublé depuis cette date.

Mieux se préparer

Devant la multiplication de ces phénomènes et leur impact financier colossal, la Banque Mondiale appelle à aider les pays les plus vulnérables à s'adapter à ce changement climatique et, donc, à mieux se préparer au risque de catastrophes naturelles. Si la Banque Mondiale souligne que la construction d'infrastructure plus résistantes coûte 10 à 50 % plus cher que le replacement des structures d'origine, elle préconise la mise en place de systèmes d'alertes précoces qui « procurent d'ordinaire des avantages sont la valeur est de 4 à 36 fois plus élevée que leur coût initial de mise en place. » Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque Mondiale chargée du développement durable, affirme : « Nous devons consacrer encore plus d'efforts à l'intégration de la gestion des risques de catastrophe et du développement. Nous pouvons aider les pouvoir publics à améliorer leurs processus de planification, à appliquer des normes qui rendront leurs structures plus résistantes aux catastrophes et à mettre en place des systèmes d'alerte précoce. »

Céline Oziel
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