Publié le 07 février 2019

ENVIRONNEMENT

Le Conseil de sécurité de l’ONU échoue (encore) à établir un consensus sur le lien entre climat et conflits armés

Combien d’études faudra-t-il pour que le sujet du changement climatique soit véritablement intégré aux stratégies et décisions du Conseil de sécurité de l’Onu ? Réuni fin janvier pour un quatrième débat sur l'impact du climat dans les conflits et les migrations, signe d’une réelle prise de conscience, les États n’ont malgré tout pas réussi à trouver de position commune et n’ont pas entériné de mesures concrètes. Il y a pourtant urgence à agir.

Migrants bateau libyens refugies Taha JAWASHI AFP
Une nouvelle étude a établi le lien causal entre changement climatique, conflits et migrations.
Taha JAWASHI / AFP

Voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le Conseil de sécurité de l’Onu a tenu un débat public le 25 janvier dernier sur l’impact du climat dans les conflits et les migrations. 80 États membres y ont participé. C’est seulement la quatrième fois de son histoire que cela se produit, avec une accélération ces deux dernières années, signe que les liens entre climat et sécurité commencent à devenir de plus en plus réels pour les diplomates et les gouvernements. Mais l'adoption de résolutions spécifiques sur le sujet semble encore exclue pour l’instant en raison des positions russe et américaine.

"Il ne s’agit pas d’un scénario lointain mais d’une réalité pour des millions de personnes aujourd’hui dans le monde", explique Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe aux Affaires politiques et à la consolidation de la paix. "Le changement climatique a intensifié la concurrence sur les ressources en terres, en fourrage et en eau dans certains pays, alimentant les tensions entre éleveurs et agriculteurs, aggravant l'exclusion socio-économique et augmentant les risques que des jeunes ne soient recrutés par des groupes armés".

Le cas du Darfour

Mais pour le représentant russe, le Conseil de sécurité n’est pas l’organe adapté pour lutter contre le changement climatique. Réitérant l’opposition de longue date de son pays à la "sécurisation" du changement climatique, l'ambassadeur russe Vassily Nebenzia a souligné que son examen par le Conseil était à la fois "excessif et contre-productif". "De plus, le changement climatique n'est pas un défi universel et ne doit pas être considéré comme tel", a-t-il ajouté, soulignant que cela pourrait conduire à la fausse hypothèse selon laquelle le changement climatique conduit toujours à un conflit.

"Quelle est la plus grande menace à la sécurité pour nous ?", a rétorqué le Ministre des affaires étrangères des Maldives. "Le changement climatique n'est pas seulement un fait quotidien pour les Maldives, mais une menace existentielle." Citant aussi son propre cas, le délégué soudanais a rappelé que la violence au Darfour a éclaté en raison de la concurrence pour des ressources limitées dans un pays fortement dépendant de l’agriculture.

Plus de la moitié des installations militaires américaines menacées

À la veille de ce débat, une nouvelle étude publiée dans la revue Global Environmental Change, par l'IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis), a établi pour la première fois un lien de causalité entre climat, conflits et migrations. "Les changements climatiques ne provoqueront pas de conflits et de demandes d'asile subséquents dans le monde entier. Mais dans un contexte de gouvernance médiocre et de démocratie moyenne, des conditions climatiques extrêmes peuvent créer des conflits pour des ressources rares", a déclaré Crespo Cuaresma, l’un des chercheurs.

De leur côté, les États-Unis se sont contentés de souligner l'importance de mieux gérer les catastrophes naturelles sans évoquer une seule fois le changement climatique. Pourtant, mi-janvier, le Pentagone a publié un rapport alarmant sur l’impact physique des changements climatiques sur les forces armées et la sécurité du pays. Il estime que près des deux tiers des 79 installations militaires essentielles aux missions américaines sont ou seront vulnérables aux inondations, et plus de la moitié à la sécheresse et aux incendies de forêt.

Malgré les multiples alertes et le consensus scientifique selon lequel le changement climatique est réel, le président Donald Trump continue de le nier. Une position de plus en plus isolée. Selon le dernier rapport sur les risques globaux 2019, établi sur un échantillon d'un millier de décideurs mondiaux, les événements naturels extrêmes, le changement climatique, l'échec des politiques de réduction des gaz à effet de serre et la perte de biodiversité apparaissent parmi les risques qui ont le plus de chance de se produire et auront le plus d'impact sur l'Humanité.  

Concepcion Alvarez, @conce1


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