Alors qu'une vague de chaleur a balayé une grande partie de l'hémisphère nord cette semaine, des scientifiques ont évalué les risques de canicule mortelle en fonction des différents scénarios climatiques. Actuellement, un tiers de la population mondiale est déjà exposée. Mais en 2100, si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, trois quarts des habitants de la planète pourraient littéralement mourir de chaud. Des vagues de chaleur de plus de 300 jours toucheraient l'Afrique de l'Ouest, tandis que des villes comme Miami ou Hong Kong connaîtraient jusqu’à 200 jours de chaleur potentiellement mortelle chaque année.

L’étude ne pouvait pas mieux tomber. En plein épisode caniculaire, une équipe américo-britannique s’est penchée sur les liens entre fortes chaleurs et mortalité. Ils ont passé en revue la littérature scientifique sur les cas de surmortalité lors de vagues de chaleur entre 1980 et 2014. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature (1) en début de semaine et sont pour le moins effrayants.
"Nous avons établi que les vagues de chaleur meurtrières sont déjà de plus en plus fréquentes au niveau mondial", déclare Camilo Mora, professeur à l’université d’Hawaï et principale auteur de l’étude, soulignant que la situation allait encore s’aggraver.
Les zones tropicales davantage touchées
Actuellement, environ 30 % de la population mondiale est déjà exposée à des vagues de chaleur potentiellement meurtrières pendant une période d’au moins 20 jours chaque année. Mais d’ici 2100, dans le scénario le plus pessimiste du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) avec un réchauffement global de 3,7°C, ce sont les trois quarts de la population mondiale qui seraient concernés.
Pour les chercheurs, le facteur déterminant de surmortalité est le couple température-humidité. "Quand il fait très chaud et très humide, la chaleur du corps ne peut pas être évacuée", explique Camilo Mora, car le mécanisme de la transpiration est ralenti. Les régions tropicales seront donc les premières visées en raison de leur fort taux d’humidité toute l’année et bien que la hausse des températures y soit modérée.
Vieillissement de la population, facteur aggravant
Ainsi, si les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter au rythme actuel, l’Indonésie, les Philippines, le nord du Brésil, le Venezuela, le Sri Lanka, le sud de l’Inde, le Nigeria et la plupart de l’Afrique de l’Ouest affronteraient des vagues de chaleur mortelles plus de 300 jours par an d’ici 2100. Mais même avec un réchauffement limité à +2°C d’ici la fin du siècle, la moitié de la population serait mise en péril et des villes comme Djakarta, Lagos, Caracas ou Manille dépasseront le seuil établi par les chercheurs la moitié de l’année, prévoit l’étude.
Washington serait confronté à une vague de chaleur meurtrière entre 15 et 85 jours par an, en fonction des hausses de températures retenues. Et des villes comme Miami ou Hong-Kong, situées dans des régions subtropicales, seront également fortement exposées entre 80 et 140 jours avec une hausse de la température limitée à 2°C et entre 150 et 200 jours avec une hausse autour de 4°C.
Malgré tout, il reste difficile de prévoir précisément la mortalité qu’occasionneront les futurs épisodes de chaleur extrême, soulignent les auteurs, car des équipements climatisés ou une politique publique de prévention par exemple permettraient de réduire leur impact. En revanche, la menace sera aggravée par le vieillissement de la population et sa concentration de plus en plus forte dans les villes, sujettes aux îlots de chaleur.
Concepcion Alvarez @conce1
(1) voir l’étude ici

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