Publié le 31 octobre 2011

ENVIRONNEMENT

Le CCS, un enjeu à l'export pour les énergéticiens français

Malgré le faible recours au gaz et au charbon par les énergéticiens français, industriels et pouvoirs publics ambitionnent de développer les technologies de captage et de stockage du carbone. Objectif : conquérir de futurs marchés chez les grands émergents.

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Total en retard à Lacq

L'expérimentation CCS menée par Total sur le site de Lacq a pris du retard. Inauguré en janvier 2010, le pilote industriel intégralement financé par Total était censé stocker 120 000 tonnes de carbone d'ici fin janvier 2012. Face aux retards accumulés, qualifiés de « réglages de jeunesse » par Gérard Moutet, le groupe a finalement déposé auprès de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) une demande de prolongation de l'expérimentation de dix-huit mois. Et revoit son ambition à la baisse : l'objectif est désormais de stocker 90 000 tonnes de CO2 d'ici mi-2013. Pour l'heure, 20 000 tonnes ont d'ores et déjà été injetées dans le sous-sol jurançonnais.

Depuis plusieurs années, des grands énergéticiens nationaux développent des projets de séquestration géologique du CO2. Mieux connue sous l'acronyme CCS, pour Carbon capture and storage (captage et stockage du carbone), la technologie permettrait, d'après l'Agence nationale de la recherche, de réduire les émissions industrielles françaises de 33 à 54% à l'horizon 2050. Mandatée par le gouvernement pour sélectionner et co-financer les programmes de R&D en la matière, l'Ademe a donc lancé en 2008 un premier appel à manifestation d'intérêt (AMI). Quatre projets ont été retenus : le démonstrateur d'ArcelorMittal à Florange, le projet de stockage géologique France-Nord opéré par Total et GDF-Suez, et deux projets de captage portés par EDF, GDF Suez, Alstom et Armines pour le premier, et EDF, Alstom et Veolia pour le second. Montant des aides allouées par l'Ademe : 45 millions d'euros. Un second AMI est attendu pour le 15 novembre prochain, dans le cadre du volet « énergies décarbonées, renouvelables et chimie verte » des Investissements d'avenir. « Nous mettons désormais la priorité sur les démonstrateur de seconde génération, sur la valorisation du CO2 capté comme matière première [en remplacement de gaz réfrigérant par exemple] et sur les techniques de transports », précise François Moisan, directeur scientifique de l'Ademe.


Manque de visibilité internationale sur la contrainte carbone

Certes, l'électricité produite en France n'est pas des plus carbonée, nucléaire oblige. Seule 3,6% de la production est d'origine charbon ou gaz, ces ressources n'étant mobilisées que pour assurer les pointes de consommation. Développer la technologie CCS reste pour autant un axe stratégique pour les énergéticiens français, malgré les critiques répétées des associations environnementales. FNE fustige une « solution scientifique farfelue », les Amis de la Terre y voient une opération de greenwashing par « quelques sociétés pétrolières qui tentent désespérément de faire oublier leur passif environnemental et social », Greenpeace estime que « cette technologie n'offre aucune solution face à l'urgence climatique » et le WWF ne l'envisage que comme une « solution de second choix »... Tous soulignent les incertitudes portant encore sur les risques de fuites et de contamination des nappes phréatiques, risques qui soulèvent également bien des inquiétudes Outre-Rhin (voir article lié). Mais s'ils conviennent que l'acceptabilité sociale reste un défi à relever, les énergéticiens ne cachent pour autant pas leur objectif premier : gagner en légitimité sur des marchés à l'export prometteurs . « En 2030, 60% de la production électrique mondiale sera encore alimentée au charbon » avise François Griger, en charge de la stratégie et de la coordination des projets CSC chez EDF. Et d'ajouter : « en France, le caractère intermittent du recours au gaz et au charbon ne se prête pas vraiment à une implantation industrielle de grande ampleur. La technologie sera forcément plus facile à implanter sur des centrales à charbon, à l'étranger. » Autrement dit, chez les grands émergents. Cela étant, pour vendre le savoir-faire français, il faut une bonne carte de visite. « La France dispose d'équipes de recherche et d'industriels qui sont aux premiers rangs mondiaux, estime François Moisan, mais il faut afficher des références pour saisir des opportunités à l'export. » En France, cette technologie serait destinée selon Ademe « aux installations industrielles (...) comme le traitement et la valorisation des déchets, la sidérurgie, le raffinage ou encore la cimenterie, qui disposent de peu de solutions pour réduire leurs émissions de CO2 ».

Reste que ces projets ne pourront passer le cap de l'industrialisation sans une « révolution des mécanismes fixant le coût du CO2 au niveau mondial », tempère Jean-Pierre Birat. « Nous avons besoin d'une visibilité sur la contrainte CO2, sans quoi, ces investissements lourds seront difficiles à assumer », ajoute Gérard Moutet, directeur climat-énergie de Total. Or, en matière de régulation du marché carbone et de stabilité des marchés financiers mondiaux, l'heure est plutôt à l'incertitude...

Anne Farthouat
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