Publié le 15 janvier 2018

ENVIRONNEMENT

La Terre sur la voie d’un réchauffement de 1,5°C dès 2040, selon le GIEC

Le monde devra engager des transformations drastiques et immédiates s'il veut avoir quelques chances de rester sous le seuil critique de 1,5°C de réchauffement, souligne un projet de rapport du groupe des experts du climat de l'ONU (Giec). Au regard de la tendance actuelle, cette hausse de température sera atteinte dès 2040… avec 60 ans d’avance sur l’Accord de Paris. 

Un réchauffement à 1,5°C va déjà entraîner des conséquences majeures sur la planète et les écosystèmes.

"Il existe un fort risque que, au vu des trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre et des engagements nationaux actuels, la Terre se réchauffe de plus de 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels", limite la plus ambitieuse fixée par l'accord de Paris, relève le texte consulté par l'AFP. En rester à ces engagements rend "extrêmement improbable" la tenue de cet objectif.

"Aux taux de réchauffement présents, la température globale moyenne atteindrait 1,5°C d'ici les années 2040", selon ce document. Vu la persistance des gaz dans l'atmosphère, le monde n'a plus devant lui que 12 à 16 ans d'émissions au rythme actuel, s'il veut garder 50 % de chances de s'arrêter à ce niveau de température.

Le rapport sur l'objectif 1,5°C a été commandé au Giec après l'adoption de l'accord de Paris fin 2015 sous l'égide de l'ONU. Cette somme d'un millier de pages, synthèse des recherches scientifiques mondiales, doit être publiée à l'automne 2018, et accompagnée d'un "résumé pour les décideurs politiques" adopté par consensus par les gouvernements.

Le texte est "l'oeuvre de scientifiques", explique à l'AFP Jonathan Lynn, porte-parole de l'institution. "Le Giec a été créé pour fournir des outils aux gouvernements. Son rôle est de permettre de baser les décisions politiques sur la science". Avec l'accord climat, entré en vigueur fin 2016, les États se sont engagés à agir pour limiter le réchauffement "bien en deçà de 2°C", et à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C". À ce jour, le monde a déjà gagné 1°C.

Impossible de se stabiliser à 1,5 °C

Le Giec rappelle que +1,5° ou +2°C, cela fait une différence (intensité des cyclones, des sécheresses, ressource en eau...). Pour autant, à +1,5°C, le seuil pourrait déjà être franchi pour la fonte des calottes du Groenland et de l'Ouest Antarctique, promesse d'élévation majeure du niveau des océans.

Le "seul" moyen de rester à +1,5°C est d'"accélérer la mise en œuvre d'actions rapides, profondes, multi-sectorielles", dit le projet de texte : réduire "fortement" la demande d'énergie par habitant, développer les énergies renouvelables (qui doivent devenir source dominante d'énergie primaire à partir de 2050), décarboner le secteur électrique d'ici la moitié du siècle, en finir "rapidement" avec le charbon.

D'après les modèles climatiques, le monde a déjà perdu 66 % de chances de s'arrêter à +1,5°C, ajoute le projet de rapport. Il serait envisageable de franchir ce seuil pendant quelques années, avant de parvenir à faire rechuter la température. Mais avec un risque d'impact sur certains écosystèmes (pertes d'espèces).

Pour rester sous 1,5°C, il faudrait aussi extraire du CO2 de l'atmosphère, en particulier via les forêts. Mais la démarche n'est pas sans "risques" (pression sur les sols, concurrence avec l'agriculture). Il faudra en outre s'attaquer aux gaz autres que le CO2, notamment le méthane.

Le projet de rapport du Giec met d'ailleurs en garde contre certaines de ces solutions de géo-ingénierie, qui voudraient notamment manipuler le rayonnement solaire, invoquant "des questions d'éthique" comme d'efficacité.

La Rédaction avec AFP


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