Publié le 25 mai 2020

ENVIRONNEMENT

La crise du Covid-19 est l’occasion de réinventer les négociations climat et biodiversité, aujourd’hui à bout de souffle

Congrès mondial de la nature, sommet biodiversité de New York, COP15 sur la diversité biologique, COP26 sur le climat : tous les grands événements environnementaux de 2020 ont été reportés à l’année prochaine en raison de la crise du Covid-19. Une occasion manquée ou une opportunité pour accélérer la transition écologique ? Cela dépendra de la façon dont la diplomatie internationale saura se réinventer.

Session a bonn negociations internationales CCNUCC
Session plénière lors des négociations climatiques onusiennes au World conference center de Bonn.
UNFCCC / IISD

"Je plaide pour que nous passions d’une diplomatie spécifique à une diplomatie de la reconstruction écologique, basée sur les objectifs de développement durable", lance Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le climat, lors d’un webinaire organisé par l’Iddri fin avril. Une façon d'évoquer la fin des traditionnelles COP onusiennes sur l'environnement (climat, biodiversité, désertification) dont les limites ont encore été démontrées à Madrid en décembre dernier. La COP25 sur le climat s'était en effet achevée sur une série de divergences entre les différents États.

"Je ne crois plus à une approche spécifique. Il n’est plus possible de penser les problèmes séparément, en silo. En ce sens, les négociations onusiennes commencent à montrer leurs limites. Le choc que nous vivons peut donc être salutaire car il va nous obliger à penser les sujets de façon intégrée. La première réaction de la Convention citoyenne pour le climat a d’ailleurs été de dire que la crise sanitaire et la crise écologique étaient liées. Cette année de retard peut être l’occasion de repenser la diplomatie internationale", explique l'une des architectes de l’Accord de Paris.

Une coalition mondiale pour des plans de relance verts

C’est aussi sur cette "théorie du changement" que parie l’Iddri. "Il faut faire échanger entre eux plusieurs grands blocs économiques - UE-Chine, UE-Inde, Inde-Chine - pour coordonner une sortie de crise la plus verte possible et créer ainsi une diplomatie de la reconstruction. Car ce qui occupe les États en ce moment, ce sont les plans de relance avec à la clé des décisions économiques massives prises par de grands pays émetteurs de CO2", analyse Sébastien Treyer, le directeur de l’institut.

"Si on est capables de faire discuter les acteurs économiques et de la société civile de ces pays entre eux, alors ils auront plus de poids, une fois chez eux, pour que les arbitrages soient pris en faveur du climat et de la biodiversité", ajoute-t-il. "Une coalition de pays pourrait être lancée pour porter ce message notamment lors du sommet du G20, en novembre. Le Japon a déjà déclaré qu’il était favorable à un tel mécanisme."

Dans leur plan d’action, publié le 15 avril, les ministres des finances du G20, présidé cette année par l’Arabie saoudite, avaient ainsi plaidé pour une relance soutenable pour l’environnement. Le texte avait notamment été signé par les États-Unis. Plus récemment, le rapprochement inespéré entre la France et l’Allemagne, appelant de leurs vœux à un plan de relance vert basé sur la mutualisation de la dette, permet également d’espérer qu’une telle coalition verra le jour, peut-être à l’initiative de l’Union européenne. 

Vers une convergence des COP ?

Faut-il dès lors faire converger les conférences onusiennes sur le climat, la biodiversité et la désertification en une seule conférence globale sur l'environnement ? Yann Werlhing, l’ambassadeur chargé de l’environnement pour la France ou encore la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) y sont favorables. "Cela permettrait de faire remonter des suggestions d’engagements et d’actions qui ne favoriseraient pas la solution d’un problème au détriment d’un ou plusieurs autres", explique la FRB.

La date de 2022 pourrait être retenue, une fois passés les événements décisifs de 2021 et à l’occasion des 30 ans du sommet de la terre de Rio et des 50 ans de la conférence sur l’environnement de Stockholm. Basile Van Havre, co-président du groupe de négociation sur le cadre post 2020 de la Convention sur la diversité biologique, appelle cependant à la prudence : "Il est nécessaire de conserver des objectifs séparés, propres à chaque convention", assure-t-il. "En revanche, il pourrait être utile d’organiser régulièrement une grande conférence sur la mise en place de mesures plus globales suivant un agenda climat, biodiversité et santé".

Même prudence du côté de l’Iddri. "La fusion des COP n’est pas l’urgence aujourd’hui. En revanche, il faut davantage de cohérence entre les différents documents que les États doivent présenter", explique Sébastien Treyer. Pour lui, la pandémie de Covid-19 permet "un meilleur alignement des étoiles en 2021 qu’en 2020". "Mais même comme ça, la COP26 à venir ne fera qu’entériner ce qui aura été fait avant. C’est donc dès maintenant qu’il faut travailler à ce que les plans de relance soient bien alignés avec les objectifs climat et biodiversité."      

Concepcion Alvarez, @conce1  


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