Publié le 03 juin 2009

ENVIRONNEMENT

La crise climatique devient une crise humanitaire

La question climatique dépasse largement les seuls impacts environnementaux. Deux rapports récents, l'un publié par le Forum humanitaire mondial (fondation présidée par Kofi Annan), l'autre par la Commission internationale sur le changement climatique et le développement, créée par le gouvernement suédois, alertent sur les crises humanitaires et sanitaires en cours, dues aux changements climatiques.

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300 000 morts par an sont dues aux changements climatiques. Le bilan dressé par le Forum humanitaire mondial dans son rapport intitulé « L'impact humain du changement climatique - anatomie d'une crise silencieuse", n'est pas une projection de plus, mais bel et bien un état de fait. Une mortalité dont la cause principale est la malnutrition, due à la baisse des rendements agricoles et aux difficultés d'accès à l'eau. Sécheresses, cyclones tropicaux et inondations mettent d'ores et déjà en péril la sécurité alimentaire des pays du sud. D'ici à 2030, le bilan annuel des morts dues aux changements climatiques atteindra un demi-million de personnes, tandis que le nombre de personnes affectées chaque année par la dégradation sévère de leur environnement devrait s'élever à plus de 600 millions.
Seconde cause de mortalité, la santé. Le réchauffement accélère en effet la diffusion de certaines maladies et augmente le nombre de personnes exposées au paludisme, à la malaria et aux maladies hydriques. Dix millions de nouveaux cas de malaria et environ 55 000 morts ont ainsi été identifiés dans les pays pauvres, qui sont les plus touchés par les conséquences climatiques.

Fonds insuffisants

Dans ce rapport, le Forum humanitaire mondial veut alerter les gouvernements sur une « crise humanitaire majeure » qui dépasse la seule question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. A Copenhague, l'enjeu ne sera pas uniquement de maintenir le réchauffement à 2°, mais bien de permettre aux pays pauvres de s'adapter aux impacts climatiques. Or, pour l'heure, les fonds mondiaux prévus pour cette adaptation restent insuffisants : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), estime qu'il faudrait au minimum 50 milliards de dollars par an d'ici à 2030, tandis que les pays riches ont annoncé la somme de 182 millions de dollars affectés aux fonds internationaux d'adaptation... Lors du Forum des économies majeures (FEM), qui réunit les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre, le Mexique a proposé la création d'un « Fonds vert mondial », financé en grande partie par les pays les plus développés, proposition qui sera discutée lors du prochain FEM en juin à Mexico.

Vers le principe pollueur-payeur ?

De fait, la question de la justice climatique est au cœur des crises humanitaires et sanitaires qui se profilent : selon le rapport du Forum humanitaire mondial, 99% des personnes qui meurent de causes liées au changement climatique vivent dans les pays en développement, alors que ceux-ci génèrent moins de 1% du total des émissions des gaz à effet de serre (GES). Somalie, Burundi, Yémen, Niger, Erythrée, Afghanistan, Ethiopie, Tchad, Rwanda et Comores sont à la fois les pays les plus vulnérables au réchauffement et ceux qui ont le moins de moyens pour y faire face.
Un autre rapport récent, émanant cette fois de la Commission internationale sur le changement climatique et le développement (CCCD)*, créée en 2008 par le gouvernement suédois, demande aux pays riches de mobiliser rapidement « entre un et deux milliards de dollars » pour aider les pays les plus vulnérables : les petits Etats insulaires à faible revenu et, en particulier, les pays d'Afrique. « Conformément au principe pollueur payeur, les pays industrialisés sont tenus d'aider les pays en voie de développement à s'adapter au changement climatique », souligne le rapport. La position suédoise devrait être relayée lorsque le pays présidera l'Union européenne (UE), en juillet 2009. La Suède dirige en outre l'élaboration d'un plan de financement européen pour le sommet de Copenhague sur le climat en décembre.
Reste à savoir sur quelles bases appliquer le principe pollueur-payeur. Oxfam, dans son étude publiée en mai 2007*, a calculé l'apport financier que chaque pays doit fournir en matière d'adaptation, selon sa responsabilité en matière d'émissions de CO2 pour la période allant de 1992 (date de la Conférence de Rio) à 2003, et sa capacité de payer. Il en ressort que les Etats-Unis doivent couvrir près de 44% des coûts d'adaptation des pays en développement, le Japon, presque 13%, l'Allemagne, plus de 7% , le Royaume-Uni, plus de 5%, l'Italie, la France et le Canada, 4 à 5% chacun , puis l'Espagne, l'Australie et la Corée du Sud, 3% chacun. « En accord avec le principe du « pollueur - payeur », ces fonds sont dus par les pays riches aux pays pauvres, non pas en tant qu'aide, mais en tant que fonds compensatoires », estime Oxfam international.

*La CCCD est composée de 13 membres, dont Wangari Maathai, lauréat kenyan du prix Nobel, Sunita Narain, écologiste indienne, Angela Cropper, directrice adjointe du PNUE , Margareta Wahlström, directrice adjointe du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, et Jacques Aigrain, directeur de Swiss Re, un des leaders mondiaux de la réassurance.

*L'adaptation au changement climatique- Ce dont les pays pauvres ont besoin et qui devrait payer

Véronique Smée
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