Publié le 04 mars 2010

ENVIRONNEMENT

La Chine tente de concilier croissance et environnement

La Chine, 2ème pays pollueur au monde, a évoqué pour la première fois une date pour la diminution de ses émissions de C02. Pour arriver à ce résultat, le pays mise plus que jamais sur les énergies propres. Une prise de conscience qui bute pourtant sur ses impératifs de croissance.

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« Nous allons faire notre possible pour diminuer fortement les émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB d'ici 2020 par rapport au niveau de 2005 ». Lancée à la tribune de l'ONU en septembre dernier, cette petite phrase du président chinois HU Jintao a fait l'effet d'une bombe. Pour la première fois en effet la Chine, le plus gros pollueur de la planète, prenait ouvertement position sur les risques de l'inaction. Pour la première fois également, un président chinois inscrivait en tête de l'agenda politique les questions environnementales. Depuis, il y a eu le bilan très mitigé de Copenhague, et l'entêtement chinois à n'accepter aucun contrôle quant à ses émissions de CO2, ni aucun accord contraignant. Mais cette exigence chinoise de ne jamais « brader » sa souveraineté, qu'elle soit politique ou environnementale, ne doit pas occulter les faits.

Car les décisions prises par la Chine dans ce domaine ne sont pas seulement cosmétiques. Chaque année, la Chine double sa capacité de production d'électricité éolienne et entend accroître la part des énergies non fossiles dans la consommation du pays à environ 15% d'ici 2020.

Leader des énergies renouvelables

Le coup d'accélérateur date de 2008. L'année des jeux olympiques de Pékin. L'année de l'ouverture de la Chine au monde. Des Olympiades, à l'Exposition universelle de Shanghai qui débute en mai prochain, aucun événement organisé en Chine n'échappe plus à « l'étiquette verte ». Pendant les Jeux, on a rêvé d'une capitale sans pollution et, de fait, certaines usines ont dû fermer car elles ne respectaient plus les normes environnementales. Les Jeux ont été l'occasion de faire le ménage dans la capitale chinoise, même si parfois le problème a été simplement déplacé en périphérie. Les hauts-fourneaux d'antan ont ainsi été priés d'aller polluer plus loin... dans les zones rurales. Mais les JO ont aussi inauguré la circulation alternée, et au final, le ciel n'aura jamais été aussi bleu à Pékin depuis 10 ans. L'empreinte carbone de l'Expo 2010 devrait faire l'objet de la même attention de la part des autorités. Des véhicules électriques sillonneront la capitale économique chinoise et la plupart des innovations présentées tourneront autour des énergies renouvelables.

L'année des JO a également vu apparaître le premier ministère de l'Environnement chinois. « La Chine a pris conscience qu'elle ne pouvait plus continuer cette folle course en avant, explique l'économiste Wang Li. La pollution devenait un véritable fléau, le cancer est la première cause de mortalité et l'image de la Chine dans le monde en pâtissait ». Officiellement, la pollution coûte 64 milliards de dollars par an au pays, soit 3% de son PIB. Pour l'heure, le gouvernement s'est engagé dans trois domaines principaux : le biogaz avec le financement d'installations pour les exploitations agricoles notamment dans l'ouest de la Chine ; l'énergie éolienne dont les capacités augmentent de 10% par an, plaçant la Chine au deuxième rang mondial dans ce domaine juste derrière les Etats-Unis; et le solaire. La Chine construit actuellement la plus grande centrale du monde, d'une capacité de deux gigawatts. Le gouvernement vient également de voter une loi obligeant les distributeurs d'électricité à acheter toute l'énergie propre produite par le pays.

80% de l'électricité fournie par d'anciennes centrales à charbon

Dans le domaine des transports également, la Chine tente de promouvoir les voitures électriques. Des constructeurs nationaux ont vu le jour, comme BYD, qui vient de lancer sur le marché une berline capable de rouler 400 kilomètres avec une seule charge. BYD a d'ailleurs le vent en poupe : l'Américain Warren Buffet a pris 10% du capital et son patron, Wang Chuanfu, vient d'être classé comme l'homme le plus riche de Chine avec un patrimoine estimé à 5,1 milliards de dollars.

Pour autant, il sera difficile pour Pékin de rattraper 30 ans de course effrénée à la croissance. Car si la volonté politique s'affirme, sur le terrain, les discours ont encore du mal à être respectés. Le gouvernement oblige certes les grandes entreprises à maîtriser leur bilan énergétique et à respecter des normes anti-pollution de plus en plus strictes, mais dans la réalité, 80% de l'électricité du pays provient toujours de vieilles centrales à charbon particulièrement polluantes. Malgré la circulation alternée, 2000 nouvelles voitures sont immatriculées chaque jour à Pékin et la Banque mondiale estime que la pollution de l'air causerait chaque année un demi-million de décès prématurés.

Maintenir la croissance à 8% par an

De fait, c'est une véritable course contre la montre qui se joue en Chine. La croissance économique est telle que les décisions gouvernementales sont généralement à la traîne du développement. L'exemple du bâtiment est à cet égard révélateur. D'ici 2020, pas moins de 20 milliards de mètres carrés supplémentaires sortiront de terre dans le pays. Dans 10 ans, les constructions représenteront plus du tiers de la consommation énergétique, contre 28% aujourd'hui. Il faut donc là encore agir en imposant des normes environnementales très strictes dans le bâtiment. La tâche est titanesque, mais le gouvernement s'est fixé comme objectif de réduire l'utilisation énergétique de 65%, dans les principales villes du pays, à savoir Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing dans les dix ans à venir.

Nouvelles normes et prise de conscience ; mais sans contrôle international... La Chine refuse en effet d'inscrire dans le marbre tout ce qui risquerait un jour de remettre en cause sa course effrénée à la croissance. La protection de l'environnement oui, mais seulement si la croissance économique reste supérieure à 8% par an. Chiffre en dessous duquel le pays ne créerait plus d'emplois. Et la Chine, on le sait, redoute par dessus tout une explosion sociale.

Stéphane Pambrun à Pékin
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