Publié le 28 avril 2021

ENVIRONNEMENT

La Chine ne renonce pas à investir dans les centrales à charbon à l'étranger, malgré ses objectifs climatiques

Pas simple de se passer du charbon. La Chine a annoncé mardi 27 avril que les entreprises chinoises continueraient à financer des centrales à charbon dans les pays en voie de développement, justifiant la démarche par un "manque d'alternatives" face à la demande croissante en énergie. L'annonce est dénoncée par des militants écologistes, qui n'ont pas manqué de rappeler les objectifs climatiques du pays. La Chine est elle-même plus que jamais dépendante du charbon et continue à investir dans le secteur.

IStock @vidiawan chargement de charbon au port fluvial de Mahakam à Samarinda, Indonésie 2016
Chargement de charbon à Samarinda, en Indonésie.
@vidiawan/Istock

Les engagements climatiques chinois font grise mine. Si le président Xi Jinping a annoncé en septembre que le pays réduirait ses émissions de CO2 "avant 2030" pour atteindre la neutralité carbone en 2060, le pays a revendiqué mardi qu'il continuerait à soutenir la construction de centrales à charbon dans les pays en développement. 

Les entreprises chinoises en financent aujourd'hui des dizaines, du Zimbabwe à l'Indonésie, dans le cadre des "Nouvelles routes de la soie". Cette initiative lancée par Pékin en 2013 vise à construire des infrastructures à l'étranger pour y accroître l'influence chinoise. Des militants écologistes ont relevé ce qui apparaît à leurs yeux comme une contradiction : la Chine, via ses entreprises publiques, est également le premier investisseur mondial dans des centrales à charbon.

Un "manque d’alternatives"

Alors que l'énergie issue du secteur est responsable d'environ 40 % des émissions planétaires de CO2, la Chine a justifié son action par une absence d’alternatives face à une demande croissante en énergie. "Beaucoup de pays en développement ne produisent pas assez d'électricité. Dans ce contexte, comment en produire sans centrale à charbon ? Les énergies renouvelables sont-elles suffisantes ?", s'est interrogé Li Gao, chef du service changement climatique au ministère de l'Environnement chinois. 

"On ne peut pas simplement arrêter de soutenir les pays en développement dans leur construction de centrales au charbon. La lutte contre le changement climatique doit également permettre aux habitants d'avoir de meilleures conditions de vie", a-t-il plaidé devant la presse. Les centrales à charbon "répondent pleinement aux besoins concrets de ces pays" et seront construites selon "des normes très élevées", a souligné le chef de service. 

Un défi ambitieux y compris sur le sol chinois

Sur la question de la dépendance au charbon, le pays sait cependant de quoi il parle : le combustible représente un peu moins de 60 % du bilan énergétique en Chine. Si sa part dans la consommation d’énergie totale du pays est en baisse constante, dans un contexte où la demande ne cesse d’augmenter, le secteur du charbon continue lui aussi à croître. 

Si bien que la Chine va également poursuivre la construction de centrales à charbon sur son sol afin d'assurer un approvisionnement électrique stable. Li Gao a toutefois promis des centrales de taille plus modestes avec des "émissions moins élevées" que les structures traditionnelles. Dans l’étude "Un nouveau boom du charbon en Chine", publiée en juin 2020, le Global Energy Monitor et le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) mentionnent toutefois que le pays envisage d’augmenter de 21 % les capacités de ses centrales à charbon. Du côté des énergies renouvelables, dans son nouveau plan quinquennal (2021-2025), la Chine fixe à "20 % environ" la part que les énergies non-fossiles (éolien, solaire, hydroélectricité) devraient atteindre d'ici 2025.

Pauline Fricot, @PaulineFricot avec AFP


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