Publié le 25 octobre 2010

ENVIRONNEMENT

La Californie choisit son gouverneur... et sa politique climatique

Le 2 novembre, les électeurs de Californie choisiront leur gouverneur et devront également se prononcer, par référendum, sur la politique environnementale de leur Etat. Parmi les mesures figure la « proposition 23 », qui supprimerait la législation contre les émissions de gaz à effet de serre. Elle émane de groupes pétroliers et pourrait séduire l'électorat républicain.

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Des investisseurs en campagne contre la proposition 23

Attention, la proposition 23, qui demande un report de la législation californienne sur les réductions des émissions de GES, pourrait mettre en péril les investissements de long terme dans les technologies vertes, avertit un groupe de gros gestionnaires d'investissements américains, représentant des encours de 415 milliards de dollars. Ces investisseurs rejoignent donc le camp des célébrités, tel James Cameron, le réalisateur d'Avatar, ou les entrepreneurs comme Gordon Moore, le co-fondateur d'Intel, qui se sont lancés dans la campagne « No on 23 » contre l'adoption de la proposition 23, rapporte le site américain spécialisé Responsible-investor.com. Pour ces 68 investisseurs (dont la Deutsche bank climate change advisors, la National Venture capital association, etc), regroupés au sein de la coalition d'investisseurs pour l'environnement (Ceres), et qui disent déjà avoir investi des milliards dans les projets de clean tech de la région, la Californie se priverait ainsi de l'une de ses industries les plus dynamiques. Si la proposition 23 est adoptée, « la Californie perdra des milliards de dollars d'investissements et des milliers d'emplois au profit des concurrents comme la Chine, le Japon, l'Allemagne ou d'autres Etats américains qui sont plus stables dans leurs engagements en faveur des clean tech », souligne leur déclaration commune (voir document lié).
B.H.

Les Californiens vont bientôt donner leur avis sur la stratégie climatique de leur État. Lors des élections du 2 novembre, ils ne voteront pas seulement pour élire un nouveau gouverneur, ils participeront également à un referendum sur le maintien ou non du « Global Warming Solutions Act » de 2006, c'est-à-dire la législation californienne sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cette loi adoptée par les élus californiens, 4 ans plus tôt, prévoit une réduction des émissions de CO2 de 30% d'ici 2020 et de 80% en 2050. L'objectif est de revenir en 2020 au niveau moins polluant des années 1990. Les adversaires de cette législation veulent qu'on mette cette loi en attente. La proposition 23, sur laquelle les Californiens se prononceront début novembre, invoque la récession et le chômage pour retarder la mise en application de la loi. Le taux de chômage en Californie atteignant aujourd'hui les 12,4%, la proposition suggère qu'on attende un retour du chômage a 5,5% ou en dessous pendant au moins un an, pour prendre à nouveau des mesures de réduction des émissions de GES.

Economie versus environnement

Derrière cette proposition 23, se profilent de puissants groupes pétroliers. Un groupe du Kansas, Koch Industries, et deux entreprises texanes, Valero Energy et Tesoro Oil, qui ont des centrales électriques et des raffineries en Californie. Les trois géants ont mis plus de 8 millions de dollars dans la campagne pour expliquer leur point de vue.
La Californie, huitième puissance économique au monde, a perdu un tiers des emplois du secteur secondaire au cours de la décennie. Aujourd'hui, l'État californien doit résorber un déficit de 20 milliards de dollars et son chômage, supérieur à 12%, dépasse nettement la moyenne américaine de 9,6%. Dans ces conditions, expliquent les partisans de la proposition 23, la Californie n'a pas les moyens de s'offrir un coûteux programme écologique. Celui-ci ferait augmenter la facture d'électricité de 60% et ferait croitre le prix du gaz naturel de 57%..."Last but not least", les entreprises, incapables d'assumer ces hausses, licencieraient 1 million de salariés.

Les écologistes, bien entendu, contestent ces chiffres. Pour eux, l'industrie verte a déjà créé près d'un demi million d'emplois dans le solaire, l'éolien et d'autres énergies renouvelables. Mais au delà des chiffres, ils craignent le pire : une mise en sommeil de la loi sur le réchauffement climatique. Selon les prévisions économiques du « Législative analyst's office », un organisme lié au Congrès californien, le chômage devrait en effet rester supérieur a 8% sur les 5 prochaines années...Bien loin des 5,5% de la proposition 23. Et il faudra attendre de nombreuses années pour passer sous la barre des 5%.

Sauver le Western Climate Initiative

Pour les militants verts, le leadership de la Californie en matière de réchauffement de la planète est en jeu. Quand Washington s'est enlisé dans des discussions et négociations sans fin, la Californie a avancé. Le gouverneur républicain sortant, Arnold Schwarzenegger, a en effet mis en oeuvre tout un programme énergétique. L'objectif : obtenir qu'un tiers de l'électricité de l'État provienne des énergies renouvelables. Par ailleurs, un marché carbone est programmé pour 2012. Or, si jamais la proposition 23 passait, l'existence de cette bourse d'échange du CO2 serait remise en cause, tout comme la « Western Climate Initiative », un marché carbone qui réunit plusieurs états de l'Ouest des États-Unis et des provinces du Canada, dont le lancement est prévu pour janvier 2012.

Les candidats au poste de gouverneur, en campagne pour succéder à Arnold Schwarzenegger, ont d'ores et déjà donné leur point de vue sur la proposition 23. Le démocrate Jerry Brown, connu pour ses penchants « verts », est contre. Mais la républicaine Meg Whitman, ancienne PDG d'Ebay, avoue qu'elle est favorable à la suspension de la loi sur le changement climatique pendant...un an.

Actualisation 4 novembre 2010: La proposition a finalement été rejetée lors des élections.

Caroline Crosdale à New York
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