Publié le 29 avril 2007

ENVIRONNEMENT

La 3ème réunion du GIEC s'ouvre dans un contexte politique défavorable

Un mois après son évaluation des conséquences du réchauffement climatique sur la planète, le GIEC est réuni à Bangkok jusqu'au 3 mai pour formuler ses recomandations. Ce nouveau rapport devrait préconiser l'efficacité énergétique et notamment la hausse du prix du carbone, pour stabiliser d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre. Mais le sommet Europe/Etats-Unis, qui se tient actuellement à Washington, est d'ores et déjà un échec pour la question climatique.

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WWF

La 3ème réunion du GIEC se déroule, à tout le moins, dans un contexte politique défavorable. En effet, le sommet Europe/Etats-Unis organisé à Washington le 30 avril, devait être une occasion de créér un consensus sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, avant la réunion du G8 prévue en juin. Mais les Etats-Unis ont une nouvelle fois éludé tout accord en indiquant qu'ils ne s'engageraient pas à atteindre des objectifs contraignants tant que la Chine ou l'Inde ne prendraient pas des mesures semblables. Les négociations se sont donc cantonnées à la promotion de nouvelles technologies, comme la séquestration et le stockage de carbone.
C'est dans ce contexte politique que s'est ouverte la 3ème réunion du GIEC, dont l'objet est cette fois le " passage à l'action ". Les experts vont en effet passer en revue tous les moyens d'atténuer les émissions de CO2 et l'impact de ces mesures sur le PIB mondial. Selon leurs calculs, une stabilisation des GES coûterait, en 2030, entre 0,2 et 0,3% du PIB mondial, tandis que le " laisser faire " conduirait à une augmentation des GES comprise entre " 25 à 90% d'ici 2030, par rapport à 2000 ", les deux tiers au moins provenant des pays développés. Avec un coût bien plus élevé au plan économique, humain et écologique.

Rendre le marché carbone efficace

Parmi les mesures clés proposées par le GIEC, l'augmentation du prix de la tonne de carbone aurait un impact considérable, mais à condition qu'il atteigne un montant de 100 dollars la tonne...alors qu'il se situe actuellement aux environs de 18 euros sur le marché européen, après avoir connu des cours à 3 euros ! Un prix dérisoire, du aux allocations trop généreuses des Etats membres envers leurs industries. Selon des chiffres publiés en mai 2006, plusieurs pays, dont les plus polluants comme l'Allemagne, ont eu un surplus de quotas représentant 44,1 millions de tonnes de CO2 en 2005... Par ailleurs, le gouvernement allemand prévoit la construction de plus d'une vingtaine de centrales électriques au charbon, un choix qui risque d'anéantir tous les efforts déployés pour contenir l'augmentation de CO2 dans le pays (voir article lié). La Commission européenne a néanmoins durci les " Plans Nationaux d'Allocation de Quotas de C02 " (PNAQ) pour la seconde période de fonctionnement du marché carbone, afin de le rendre plus efficace pour atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto. La France s'était ainsi fait " retoqué " son PNAQ en 2006 pour son trop grand laxisme.

Un potentiel économique

Le GIEC souligne le " potentiel économique pour l'atténuation des GES dans tous les secteurs dans les prochaines décennies ". Selon certains scénarios, la croissance du PIB mondial pourrait même profiter de la maîtrise de l'émission des gaz à effet de serre. Les experts passeront en revue tous les secteurs économiques pour évaluer les gains possibles d'éfficacité énergétique (recours aux énergies renouvelables, capture et stockage du CO2 entre autres). Enfin, le GIEC insiste sur les " coûts de l'atténuation " des émissions de GES. La mise en application du protocole de Kyoto dans les 36 pays signataires réduirait tout au plus la croissance de l'économie mondiale de 3 % d'ici 2030. Nicholas Stern, l'ancien président de la Banque mondiale, affirmait quant à lui, dans son rapport d'octobre 2006, qu'agir aujourd'hui couterait 1% du PIB mondial d'ici 10 ans mais qu'en revanche, agir demain couterait 5% à 20% du PIB mondial. Nicholas Stern évalue à 6,8 trillions de dollars le coût du réchauffement climatique si les choses restent inchangées. Du côté des assureurs, l'Association des assureurs britanniques (ABI) a déjà averti que les coûts mondiaux des tempêtes dues au changement climatique augmenteront probablement de 75% pour atteindre 27 milliards de dollars par an dans les 70 prochaines années. D'ici 2040, le coût moyen des ouragans passera pour les seuls Etats-Unis de 9,5 milliards de dollars à 11.4 milliards. Lors " d'une mauvaise année ", les ouragans aux USA coûteront quelques 71 milliards de dollars d'ici 2040....
Une nouvelle fois, les experts du GIEC pressent les gouvernements d'agir et de prolonger les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto, seul outil multilatéral existant et dont l'échéance est prévue 2012. "Je suis optimiste, mais je ne pense pas qu'ils (les gouvernements) prendront de décision claire et nette", a déclaré Achim Steiner, directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). "Ils sont encore nombreux à ne pas saisir l'importance de la question, espérant que tous ces problèmes disparaîtront d'eux-mêmes."

Véronique Smée
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