Publié le 06 juin 2017

ENVIRONNEMENT

L’Union européenne et la Chine ratent leur rendez-vous sur le climat

Le leadership climatique, abandonné par l'administration américaine, est de plus en plus endossé par la Chine qui se cherche un allié auprès de l’Union européenne. Mais, vendredi 2 juin, alors qu’une déclaration commune UE-Chine sur le climat était attendue, Pékin a fait passer ses intérêts commerciaux au premier plan.


Sean Gallup / Getty Images / AFP

Hasard du calendrier. L’Union européenne et la Chine tenaient leur sommet annuel au lendemain de l’annonce par Donald Trump du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Dans l’attente de la décision de Washington, les deux parties avaient rédigé un projet de déclaration commune qui devait sceller leur coopération dans la lutte contre le changement climatique et faire d’eux les nouveaux ambassadeurs mondiaux sur le climat.

Selon les informations que les services européens avaient laissé fuiter quelques jours auparavant, l’UE et la Chine devaient s’engager à réduire l’utilisation des énergies fossiles, à développer les technologies vertes et à contribuer au financement d’un fonds annuel de 90 milliards d’euros d’ici à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Pas de déclaration commune

Mais vendredi 2 juin, après plus de cinq heures de réunion - au lieu des deux prévues -, la Chine a finalement refusé de se prêter au jeu de la diplomatie climatique, en raison de divergences persistantes sur les questions commerciales, a déclaré à l'AFP une source européenne. "L'UE et la Chine sont d'accord sur tout, sauf sur la question du commerce, mais les différences sont en train de s'aplanir", a nuancé de son côté le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas.

"Malgré l'opportunité d'une déclaration forte sur le climat en réaction à la décision de Donald Trump de se retirer de l'Accord de Paris, la Chine a décidé de mettre en avant ses intérêts en demandant à ce que le statut d'Économie de Marché lui soit reconnu", a réagi le député européen (LR) Franck Proust, interrogé par La Tribune. Mais les Européens, comme les Américains, refusent d'accorder ce statut à Pékin, qu'ils accusent de dumping dans certains secteurs, en particulier celui de l'acier.

Poser les jalons

Pour autant, les deux puissances ont multiplié les déclarations rassurantes. "Notre partenariat (avec la Chine) aujourd'hui est plus important que jamais", a assuré Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. "Notre leadership conjoint apporte la certitude aux milieux d’affaires, investisseurs et chercheurs - à la fois en Europe, en Chine et à travers le monde - qu’ils doivent construire une économie globale à faible production de carbone", a-t-il ajouté.

De son côté, le Premier ministre chinois Li Keqiang a affirmé jeudi 1er juin, lors de sa visite à Berlin, que son pays mettra en œuvre "les promesses faites lors de l’accord de Paris" et continuera à "assumer ses responsabilités". Pour l’instant, Pékin fait figure de bon élève. Elle pourrait parvenir à une baisse de 1 % de ses émissions de CO2 en 2017. Son objectif est notamment de réduire sa dépendance au charbon à 55 % d’ici à 2020, contre 60% aujourd'hui.

Donald Tusk, Président du Conseil européen, a estimé qu'il venait d'assister "au sommet UE-Chine le plus prometteur de notre histoire". "Le résultat le plus important de cette rencontre est que nous devons trouver ce que nous avons en commun, au lieu de nous focaliser sur ce qui nous divise", a-t-il ajouté. Désormais les regards sont tournés vers le G20 de Hambourg qui se tiendra du 6 au 8 juillet, en espérant que cette fois les convergences l’emporteront.   

Concepcion Alvarez @conce1 


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