Publié le 25 avril 2022

ENVIRONNEMENT

"L'Inde brûle" : L'Asie du Sud subit une vague de chaleur extrême, signe du changement climatique

+44°C en Inde, +50°C au Pakistan... l'Asie du Sud connait une vague de chaleur extrême alors que l'Inde a enregistré son mois de mars le plus chaud depuis 122 ans. Ces températures sont un signe manifeste des impacts du changement climatique. Selon la NASA, cette zone pourrait devenir inhabitable dès 2050 en raison de la chaleur mêlée à l'humidité qui empêche au corps de suer et donc de se refroidir. Un risque que les experts du climat, le GIEC, avaient déjà identifié dans l'un de leurs rapports, et qui commence à se matérialiser. 

Changement climatique Asie du sud Scott Duncan
Les météorologistes prévoient des températures record en Inde et au Pakistan cette semaine après une brève accalmie la semaine dernière.
Scott Duncan

"L’Inde brûle". Voilà les premiers mots de la chronique de Chandra Bhushan, un des plus grands experts de l'environnement et du changement climatique en Inde, diffusé dans Times of India. Depuis le mois de mars, le pays connaît des vagues de chaleur extrêmes. Selon le Département météorologique indien (IMD), le mois de mars 2022 est même le plus chaud depuis 122 ans, soit la date du début des enregistrements réalisés par l’IMD. La température moyenne nationale a été de 33,1°C avec des pics de chaleur dépassant les 40°C.

"Les températures et les vagues de chaleur ont augmenté de façon perceptible depuis les années 1980. Chacune des quatre dernières décennies a été progressivement plus chaude que la décennie qui l'a précédée. La dernière décennie (2011-2020) a été la plus chaude depuis le début des relevés en 1901 et 11 des 15 années les plus chaudes ont été enregistrées entre 2007 et 2021", explique dans sa chronique Chandra Bhushan.

"Tempêtes de poussières chaudes"

Alors qu’au début du mois d’avril, certaines régions ont bénéficié des pluies de pré-mousson, les conditions caniculaires se poursuivent dans d’autres États indiens. Selon l’IMD, des "hots dust storms", des "tempêtes de poussières chaudes" devraient affecter le Punjab, l’Haryana, ou encore Dehli dans les prochaines 24 heures. Alors que la capitale indienne n’a connu qu’une journée en dessous de 40°C la semaine dernière, le 21 avril précisément, le thermomètre devrait dépasser les 44°C cette semaine.

"Les chances que les pluies apportent un peu de répit à la chaleur accablante sont également extrêmement faibles car la plupart des régions devraient rester sèches au cours des prochains jours", note The Weather Channel. Selon le météorologiste Scott Duncan, le mercure devrait même dépasser les 50°C dans le pays voisin, au Pakistan. "Plus d’un milliard de personnes connaîtront des températures supérieures à 38°C pendant des jours", précise le compte spécialisé US Storm Watch.

L'humidité, facteur de mortalité

Un phénomène inquiète particulièrement les experts, celui du taux d’humidité. Comme l’explique sur Twitter le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, alors que "la mousson n’a pas commencé, l’humidité augmente déjà", cela rendant la "tolérance corporelle difficile". Un des rapports du GIEC, le groupe intergouvernemental des experts sur le climat, avait justement mis en évidence l’intensification des vagues de chaleur et du stress thermique lié à l’humidité dans l’Asie du Sud en raison du changement climatique.

La NASA a d’ailleurs publié une étude prenant en compte le traditionnel indice de chaleur, "heat index", qui combine la température de l’air ambiant et l’humidité relative dans les zones ombragées et l’indice de température du "thermomètre mouillé" (wet bulbe). Ce dernier calcule la "température la plus basse à laquelle un objet peut se refroidir lorsque l’humidité s’en évapore".

Cet indice est crucial : si l’air ambiant est trop humide, le corps humain ne pourra pas évacuer l’humidité en transpirant et ne pourra donc pas se refroidir. Or l’Asie du Sud a été identifié par la NASA comme potentiel zone inhabitable d’ici 2050 en raison notamment de ce wet bulbe. D’autant qu’une récente étude a abaissé le seuil de tolérance. Jusqu’ici, il était admis que le maximum qu’un humain puisse supporter était 35°C au "thermomètre mouillé". Le seuil serait en réalité de 31°C, même pour des personnes en bonne santé.

"La canicule est un inconfort théorique pour certains d'entre nous qui passent d'une maison climatisée à une voiture climatisée, puis à un bureau climatisé. Mais c'est une question de vie ou de mort pour une personne pauvre dépendant du travail manuel et vivant dans une maison dans un bidonville urbain ou un village", rappelle Chandra Bhushan qui poursuit : "L'Inde a donc besoin d'un plan d'action contre la chaleur qui permette de sauver la majorité des gens des extrêmes de chaleur".

Marina Fabre Soundron @fabre_marina 


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