Publié le 12 novembre 2022

ENVIRONNEMENT

L’écolo bashing est-il un nouvel avatar du déni climatique type Don't Look Up ?

L’agitation médiatique créée par les jets de matières diverses sur les chefs d’œuvre de la peinture mondiale est-elle vraiment proportionnelle aux actions des jeunes activistes ? Ils ont inventé cette stratégie pour interpeler ceux qui ne veulent pas changer le mode de vie occidental. Cela ne devrait pas occulter un débat de fond concernant le changement climatique, ni masquer le travail en profondeur d’autres combattants du climat. En pleine COP27, ne serait-il pas temps de débattre du fond de l’adaptation aux temps qui changent plutôt que de crier à l’éco-terrorisme ?

Schipool Greenpeace
Des centaines d’activistes néerlandais ont envahi la partie de l’aéroport de Schippol réservée aux jets privés la semaine dernière.
© Marten van Dijl / Greenpeace Netherlands

Dans un tweet, Stéphane Foucard, le journaliste du Monde, expert de l’environnement, a mis bout à bout toutes les Unes des hebdomadaires qui dénoncent avec virulence "les bouffons du climat", les "écolos radicaux" ou "ultras", voire, pour le Figaro, "la montée des violences de l’écolo gauchisme".

Le point de vue partagé par cette presse radicalement anti-écolo est de rejeter le message des activistes au motif que leurs modes d’action seraient de plus en plus violents. Déjà acharnés à trainer dans la boue Greta Thunberg quand elle sermonnait les dirigeants du monde pour leur inaction climatique, ils ont donc adopté une nouvelle stratégie pour ne pas parler des actions nécessaires à mettre en œuvre pour lutter contre le changement climatique et préserver la biodiversité : dénoncer la violence de ceux qui portent le message qu’ils ne souhaitent pas entendre.

"Qui est le plus en faute entre un militant bloquant un jet privé, et le bénéficiaire de ce jet ?"

Cette stratégie a déjà été appliquée le week-end du 1er novembre dans les Deux-Sèvres. Le ministre de l’intérieur avait alors traité d’éco-terroristes les militants qui s’opposent à la mise en place des méga-bassines, réserves d’eau pour l’agriculture intensive. Ces propos ont aussitôt été dénoncés par le chercheur François Gemenne, auteur de "L’écologie n’est pas un consensus". Il a rappelé que 1 700 défenseurs de l’environnement ont été tués dans le monde depuis dix ans et que c’était cela le véritable éco-terrorisme.

Certaines actions ciblent plus directement les activités qui nuisent au climat à l’image des centaines d’activistes néerlandais qui ont envahi la partie de l’aéroport de Schippol réservée aux jets privés samedi dernier. Ils se sont assis devant une quinzaine d’entre eux pour les empêcher de décoller. Non-violentes ces manifestations se terminent par des arrestations pour les militants et des contre-temps pour les utilisateurs des avions privés. Côme Girshig, jeune conférencier engagé, résume ainsi ce débat : "Qui est le plus en faute entre un militant bloquant un jet privé, et le bénéficiaire de ce jet ? Sachant que l'histoire se passe en 2022 ? Comment arbitrer entre le premier, qui enfreint la loi des hommes, et le second, qui enfreint les limites planétaires ?"

C’est bien le problème que pose le traitement médiatique et politique de toutes ces actions spectaculaires. Il empêche le débat de fond, politique comme économique, et explique l’absence de la question climatique dans les campagnes présidentielles et législatives. Plutôt que de dénoncer les attaques des activistes ne serait-il pas urgent de faire de la lutte contre le changement climatique un thème politique majeur ? Le débat du moment ressemble désespérément à celui mis en scène par le film satirique Don't Look Up sorti en début d’année. Malheureusement la réalité dépasse souvent la fiction !  

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT_, directrice générale de Novethic


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