Publié le 23 juillet 2019

ENVIRONNEMENT

Les députés ratifient le CETA, accord commercial jugé anti-climat, quelques heures après la venue de Greta Thunberg

Deux heures après avoir rencontré la jeune activiste Greta Thunberg, les députés ont ratifié le Ceta, traité considéré comme anti-climat par la plupart des associations environnementales. Cette ratification devient le symbole pour ses opposants de l'incapacité du gouvernement à inclure le climat dans toutes ses décisions politiques et surtout économiques. Le Président de la République juge toutefois que le traité va "dans le bon sens".

Stop ceta tomkucharz
Le Ceta a fait l'objet d'un bras de fer entre Nicolas Hulot, ancien ministre de l'Ecologie, et le chef de l'Etat, Emmanuel Macron.
@tomkucharz

Par 266 pour et 213 contre, les députés ont ratifié le Ceta, le traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada. Jamais un texte n'avait généré autant de contestations au sein de la majorité présidentielle, relève l'AFP. Conclu fin octobre 2016 et appliqué provisoirement depuis 2017, le Ceta va supprimer les droits de douane de 98 % des produits échangés entre les deux zone. Mais il inquiète sur ces conséquences environnementales et sanitaires. 

"Pas les garanties nécessaires sur le veto climatique", selon Nicolas Hulot

Le traité est aussi devenu le symbole pour ses opposants de l’incapacité gouvernementale à infuser le climat dans sa politique globale. Ironie du sort, le vote est intervenu quelques heures seulement après la présentation aux députés du rapport du GIEC sur les 1,5°C de réchauffement et la venue de la jeune activiste Greta Thunberg. 

La veille encore, ancien ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, avait exhorté les députés à voter contre ce traité dans une tribune publiée sur France Info. "Nous avons échoué à apporter les garanties nécessaires sur le veto climatique, les farines animales, les nouveaux OGM, la sauvegarde du principe de précaution à l’européenne….", liste-t-il, Pourquoi ne pas renégocier politiquement cet accord avec les Canadiens pour en supprimer les risques dispensables ?", demandait-il. Mais la voix de Nicolas Hulot ne semble plus porter si fort. Pourtant l’opposition était mobilisée et les sujets multiples.

Farines animales, antibiotiques, fret transatlantique

Les agriculteurs sont notamment montés au créneau, dénonçant un affaiblissement des normes sanitaires et écologiques. "Pourquoi les agriculteurs européens devraient-ils continuer de fournir des efforts imposés par l’UE alors qu’elle les sacrifie délibérément? ", s’interroge la FNSEA. Le gouvernement assure pourtant que les mêmes normes vont peser sur le Canada et l’UE. Mais sur les farines animales par exemple, ce ne sera pas entièrement le cas. Les éleveurs canadiens peuvent en effet nourrir leurs bœufs avec ce "qu’il reste de leurs congénères une fois découpés à l’abattoir, le sang, les poils et le gras", décrit Le Monde. Ces parties éliminent le risque de transmission de la vache folle mais sont interdites dans l’UE car considérées comme du cannibalisme entre espèces.

De même sur l’utilisation des antibiotiques, les perturbateurs endocriniens ou encore des néonicotinoïdes, les associations, dont la Fondation Nicolas Hulot, s’inquiètent du manque de clarté du traité. Sur le climat, Attac a dénoncé une "augmentation des émissions liées au fret translatlantique" et une "incitation à la production et l’exportation de carburants fossiles ultra-polluants et émetteurs".

Une décision qu’Emmanuel Macron pourrait payer cher

Face à ces critiques Emmanuel Macron a appelé à "regarder le réel". "J’ai aussi un sens des responsabilités. Quand on s’est battu pour améliorer un texte (…) on ne peut pas dire quelques mois plus tard le contraire. Ou alors il fallait le dire quand on était en responsabilité", a lancé le chef de l’État à l’adresse de Nicolas Hulot. Pour le Président, pas de doute, la ratification de ce traité va "dans le bon sens". 

Alors que le gouvernement est attaqué par quatre ONG pour inaction climatique et que les citoyens n’ont jamais été aussi mobilisés sur le climat, les accords de libre-échange comme le Ceta et le Mercosur sont de plus en plus décriés. Un choix que le Président pourrait payer cher alors qu’il tente de reconquérir l’électorat des Verts, arrivé en troisième place aux élections européennes. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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