Publié le 22 janvier 2019

ENVIRONNEMENT

Grand débat national : les questions sont biaisées sur la transition écologique selon les experts

Pas de question sur l'alimentation durable, les déchets, une transition écologique conditionnée à la compétitivité économique... les questions posées dans le grand débat national sur le thème de la transition écologique sont trop orientées estiment plusieurs experts. Une semaine seulement après son lancement, le grand débat national exacerbe déjà les tensions qu'il devait soulager. 

Emmanuel Macron a répondu aux questions de plus de 600 maires à Grand Bourgtheroulde, le 15 janvier, pour le lancement du grand débat national.
PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Une semaine seulement après avoir été lancé, le grand débat national est déjà sous le feu des critiques. En cause, notamment, les questions de la fiche Transition écologique auxquelles les participants peuvent répondre en ligne. Ce thème fait partie des quatre grands retenus dans les échanges.

Sur la forme d'abord, les questions sont soit très globales : "Que faudrait-il faire selon vous pour apporter des réponses aux dérèglements climatiques ?" ou "Que pourrait faire la France pour faire partager ses choix en matière d'environnement au niveau européen et international". Réponse attendue...en trois à quatre lignes ! 

Des questions contestées sur le fond et la forme

A l'inverse, certaines questions sont très fermées. Il faudra ainsi décider, avec des réponses à cocher, entre sauver en priorité le climat, la biodiversité ou le littoral. Un choix cornélien pour des sujets pourtant intimement liés.

Sur le fond, les différents thèmes restent extrêmement cloisonnés entre eux. Ainsi, la fiscalité écologique est cantonnée au thème transition écologique, sans être mentionné dans celui de la fiscalité et des dépenses publiques... 

Mais surtout, les experts dénoncent des formulations orientées. La seule question sur la protection de la biodiversité est ainsi conditionnée aux performances économiques. "Que faudrait-il faire pour protéger la biodiversité et le climat tout en maintenant des activités agricoles et industrielles compétitives par rapport à leurs concurrents étrangers, notamment européens ?", interroge le formulaire en ligne.

La transition écologique, un coût plus qu'une opportunité

"La transition écologique est uniquement présentée comme un coût dont le financement pose problème. Jamais comme une source d’économies, d’emplois, d’opportunités d’activités", estime l'avocat en droit de l'environnement, Arnaud Gossement. Et ses enjeux "réduits à quelques banalités sur la voiture et le chauffage". Rien - ou presque - "sur la biodiversité, les déchets, les produits chimiques ou l’eau", étrille-t-il encore sur twitter.

Sur le même réseau social, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe de travail sur les sciences du climat du GIEC, fait, elle aussi, part de ses doutes sur la pertinence des questions posées. " Pas de référence au système alimentaire (agriculture - alimentation), ni de référence aux importations vis-à-vis des enjeux d’émissions de gaz à effet de serre qui ne baissent pas. Pourquoi ?", demande-t-elle.

La crainte des désillusions

Faut-il alors craindre une occasion manquée ? Le débat sur ce thème avait pourtant bien commencé. Yannick Jadot, tête de liste EELV aux élections européennes avait affirmé, la veille du lancement, que les écologistes participeraient à ce dernier. Le remplacement de Chantal Jouanno, démissionnaire de l’organisation du GDN, par Sébastien Lecornu, ancien secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, et par sa remplaçante, Emmanuelle Wargon, pouvait symboliser la place des enjeux écologiques dans le grand débat national.

Mais, pour l’instant, les experts semblent plutôt circonspects sur l'avenir de ce questionnaire, à l'instar de Jean-Marc Jancovici, fondateur et président de The Shift Project. "Tout cela sent bon l’amateurisme, la démagogie et la désillusion à venir, puisque des questions mal formulées ne pourront sûrement pas déboucher sur des réponses exploitables", dénonce-t-il sur le réseau Linkedin.

 Marina Fabre @fabre_marina

(1) sondage publié le 17 janvier par Odoxa Dentsu pour Franceinfo et Le Figaro


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

IMG ours renne @Izabela Kulaszewicz

Réchauffement climatique : les images inédites d'un ours chassant un renne

C'est une scène inhabituelle. Pour la première fois, un ours polaire a été filmé en train de chasser et se nourrir d'un renne dans l'archipel du Svalbard, au nord de la Norvège. Un phénomène qui semble se multiplier à mesure que la banquise, terrain de chasse des ours, disparaît.

Cow Pixabay vaches

Le méthane devient (enfin) un sujet majeur de la lutte contre le changement climatique

Si la réduction du CO2 dans l'atmosphère occupe le devant de la scène, la lutte contre les émissions de méthane s'est progressivement imposée comme une mesure indispensable et prometteuse pour atteindre les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Si la problématique émerge depuis...

Raffinerie Exxon Slagen Norvege 01

Les émissions mondiales du secteur pétrole et gaz sont largement sous-estimées, selon la coalition Climate Trace

Le secteur du pétrole et gaz aurait émis près d’un milliard de tonnes de CO2 de plus que celles reportées officiellement, selon un rapport de Climate Trace. Cette coalition d’ONG, d’entreprises de la tech et d’universités a développé une base de données sur les émissions des grands secteurs...

Neutralite carbone compensation credits carbone istock

COP26 : Le Pacte de Glasgow fixe enfin des règles pour les marchés carbone

À la COP26, les États sont enfin parvenus à un accord sur l'article 6 de l'Accord de Paris, régissant les marchés carbone. Ces derniers, en plein essor, n'étaient plus régulés depuis deux ans. Le texte négocié à Glasgow a permis d'exclure le risque de double-comptage, encore défendu ardemment par...