Publié le 11 décembre 2018

ENVIRONNEMENT

Face à "l’état d’urgence économique et sociale", Emmanuel Macron tourne la page du Président du climat

Quatre semaines après le début du mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron est enfin sorti de son silence pour répondre aux manifestants. S’il fait des annonces fortes sur le SMIC, les heures supplémentaires ou les retraites, on note en revanche la quasi-absence de références à la transition énergétique. C’est pourtant une taxe sur le carbone qui a mis le feu aux poudres.

EmmanuelMacron Gilets Jaunes 10 decembre
Emmanuel Macron a annoncé 8 à 10 milliards d'euros de dépenses en faveurs des travailleurs modestes et des retraités.
@Elysée

Depuis mi-novembre, le Premier ministre Édouard Philippe était monté au front face aux gilets jaunes. Ce 10 décembre, après un nouveau samedi de manifestation, c’est le Président de la République qui s’est adressé aux Français. S’il engage un virage social, il ne fait nullement mention de la transition écologique et encore moins de la transition juste pourtant appelée de leurs vœux par les manifestants.

Car ce fut bien une taxe sur les émissions de carbone et la hausse sur le prix des carburants, qui ont déclenché l’étincelle de la colère. Pourtant, le Président écarte vite ce sujet. "Ce fut d'abord la colère contre une taxe et le Premier ministre a apporté une réponse en annulant et en supprimant toutes les augmentations prévues pour le début d'année prochaine, mais cette colère est plus profonde ", assure-t-il, évoquant en particulier les travailleurs pauvres.

État d'urgence économique et sociale

Pour redonner du pouvoir d’achat et faire face à "l'état d'urgence économique et sociale", il fait trois annonces: augmentation immédiate de 100 euros du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2 000 euros par mois, heures supplémentaires payées "sans impôts, ni charges". De plus, il appelle "les employeurs qui le peuvent" à verser "une prime de fin d'année à leurs employés" qui elle aussi sera sans impôts, ni charges. Un ensemble de mesures estimé entre 8 et 10 milliards d’euros, par le gouvernement. 12 à 15 milliards d’euros par le Parlement.

En revanche, le Président, auteur du slogan "Make our Planet Great Again", fait presque l’impasse sur le climat. Il évoque l’environnement à deux reprises pendant son discours de 13 minutes. Une première fois, il invoque  "le devoir de changer pour tenir compte de l’urgence de notre dette climatique et budgétaire". Une seconde fois, il dit : "Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques". En revanche, aucune mesure concrète n’y est associée.

 

Yannick Jadot, député européen EELV, réagit : "Le Président Emmanuel Macron n’a dressé aucune perspective pour une transition écologique et sociale juste. Rien sur le climat, la mobilité, le logement, l’agriculture, les services publics". Pour l’ancien ministre de François Hollande, Benoit Hamon, "les entreprises polluantes passent encore entre les gouttes et peuvent dormir tranquille".

Un parallèle avec Nicolas Sarkozy

Le Président de la République adresse tout de même un message aux entreprises. "Le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales. Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt, c’est la simple justice".

Une sorte de parallèle entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron semble apparaître. Le premier avait organisé, en 2007, le prometteur Grenelle de l’Environnement et avait fait du ministre de l’Environnement un ministre d’État, en deuxième position après le Premier ministre. Emmanuel Macon fera pareil en organisant, en 2017, le One Planet Summit et en créant le ministère d’État de la transition écologique et solidaire.

Mais dès 2010, Nicolas Sarkozy, face aux difficultés économiques, finira par dire au Salon de l’Agriculture que "ces questions d'environnement (…) ça commence à bien faire". L’histoire va-t-elle, là aussi, se renouveler ?

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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