Publié le 07 juillet 2017

ENVIRONNEMENT

Vers des stress-tests climatiques pour les banques françaises ?

Lors du G20, qui se déroule les 7 et 8 juillet à Hambourg, la finance verte doit occuper une place importante. L'enjeu est de savoir si les 20 pays représentant 85 % de l'économie mondiale, reconnaissent que le changement climatique est un risque financier et mettent donc en place des stratégies pour s'en prémunir. Cela pourrait prendre la forme de stress-tests climatiques appliqués au secteur bancaire. Pour certains experts, cela est une garantie de stabilité financière. 


@GrandDuchéduLuxembourg

Lors du G20, qui se déroule les 7 et 8 juillet à Hambourg en Allemagne, les principales puissances de la planète (85 % de l’économie mondiale) vont discuter l'adoption du rapport de la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures). Il pose le cadre du reporting climat attendu des entreprises et l’adoption de position sur les risques systématiques qu’apporte le changement climatique. Des discussions qui ne sont pas simples tant ces pays peinent encore parfois à s’aligner sur la "simple" réalité du réchauffement, à l’image des États-Unis dont le Président Donald Trump a décidé de sortir de l’Accord de Paris.

Si toutefois le G20 finissait par s’entendre sur le risque financier que représente le changement climatique, cela pourrait se traduire par la mise en place de stress-tests dédiés pour les banques, quand bien même ces dernières s’y opposent. La prise de position de Mark Carney, gouverneur de la banque d’Angleterre et président du conseil de stabilité financière du G20, n’est pas pour rien dans cette idée. Il met en avant le lien entre risques climatiques et stabilité financière. Et il vient d’ailleurs d’annoncer qu’une revue allait être menée pour mesurer l’exposition du système bancaire britannique au risque climat.

Des banques exposées au risque physique

En France, un rapport sur l’évaluation des risques liés au climat par le secteur bancaire est en cours de finalisation. Il est élaboré par la direction générale du Trésor, avec le concours de la Banque de France et de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).

Deux chiffres sont à retenir : le risque physique (l'impact direct des catastrophes climatiques) concerne potentiellement 39 % des expositions nettes de crédit du secteur bancaire français. Le risque de transition (changement de modèle économique) représente en moyenne 13 % de l’exposition totale. "Les banques considèrent être globalement peu sensibles aux risques physiques car ils sont couverts par des contrats d’assurance, poursuit Anne-Sophie Borie-Tessier, adjointe au directeur des études à l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR)Mais justement, notre prochain chantier va être de travailler avec les organismes d'assurance pour mieux capturer ces risques-là et s'assurer que les analyses s'opèrent à un niveau plus granulaire."

Une prochaine étape, plus lointaine, pourrait être justement l'élaboration de "stress-tests climatiques" recoupant divers scénarios. "Il existe des difficultés méthodologiques concrètes à se lancer trop vite dans cet exercice, tempère Anne-Sophie Borie-Tessier. Sur quel scénario se baser ? Faut-il traiter le risque physique et le risque de transition ensemble ? À quel horizon ? Avec quel historique de données ?" Selon elle, il faudrait commencer par des tests de sensibilité sur un risque ciblé, comme par exemple l’introduction d’un prix carbone pour évaluer le risque de transition sur les portefeuilles de crédits.

Une moindre pénalisation prudentielle

Pour la Fédération bancaire française, les stress-tests climatiques ne peuvent pas s'appliquer au secteur bancaire dont les engagements moyens sont à très courte durée. La fédération propose à la place le "Green Supporting Factor", qui consiste en une moindre pénalisation prudentielle (1), pour pousser les clients à se tourner vers les investissements les plus verts. Ces produits verts seraient labellisés par des organismes extérieurs et indépendants. "Le véhicule législatif existe, précise Benoît de La Chapelle, directeur général délégué de la Fédération bancaire française. Une directive européenne est en cours de révision sur ce sujet, il suffirait de porter un amendement pour lancer le dispositif".

Au niveau international, une coalition de 30 institutions financières privées et publiques, réunies sous la Climate Action in Financial Institutions Initiative, travaille aussi sur la question des risques climatiques et sur une cartographie des initiatives de reporting climat. Deux groupes de travail viennent d’être constitués sur ces thématiques. "Dès le départ, nous avons évoqué le sujet des stress-tests climatiques mais nous allons d’abord nous atteler à mieux identifier les risques auxquels nous sommes exposés avant de réfléchir à comment les adresser", explique Marine de Bazelaire, directrice développement durable chez HSBC France et coordinatrice de l’initiative. Un rapport d’étape sera rendu pour la COP23 en novembre prochain.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Les banques sont obligées de prévoir un ratio prudentiel lorsqu'elles accordent un prêt pour être considérées comme solvables. Elles doivent ainsi disposer de fonds propres proportionnés aux risques auxquels elle s'expose. Dans le cas d'investissements verts, la FBF propose que ce ratio soit moins important que pour les investissements classiques. 


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