Publié le 14 août 2017

ENVIRONNEMENT

Et si Game of Thrones n’était qu’une grande allégorie sur le risque climatique

La septième saison de Game of Thrones bat des succès d’audience. L’œuvre fantastique propose de multiples niveaux de lecture sur la politique, la vengeance, l’économie… Beaucoup y voient une analogie sur le réchauffement planétaire. Si l’on considère les Marcheurs Blancs comme le changement climatique et les maisons nobles comme les États, on a peu ou prou la situation mondiale actuelle : un manque de réaction face à un danger imminent. 

Dans la septième saison de Game of Thrones, John Snow essaie de convaincre Daenerys Targaryen des risques à venir.

Dans Game of Thrones, le monde n’est pas menacé par le réchauffement climatique… au contraire. Comme le rappelle la devise de la famille Stark : Winter is coming (l’Hiver vient). Un hiver de plusieurs années qui apporte avec lui les Marcheurs Blancs (The White Walkers en version originale), des morts vivants capables d’exterminer les habitants de Westeros (le continent où se déroule l’intrigue). Et si Game of Thrones n’était qu’une grande œuvre pédagogique pour expliquer le changement climatique. George R. R. Martin, l’auteur des romans de "A Song of Ice and Fire" dont est tirée la série à succès, ne le nie d’ailleurs pas.

 

Plusieurs gouvernants nient l’arrivée des Marcheurs Blancs… comme certains pays nient le réchauffement climatique

Au nord de Westeros se tient le mur, un édifice de glace de 200 mètres de haut et 500 kilomètres de long, construit en des temps immémoriaux pour protéger le royaume des Sept Couronnes. Les frères de la Garde de Nuit, qui surveillent le mur, savent que quelque chose se passe dans ces terres sauvages. Ils découvriront qu’une armée de morts-vivants approche. Et deux d’entre eux, Samwell Tarly et John Snow, comprendront que le Verredragon (de l’obsidienne) peut terrasser cette menace.

Dans le vrai monde, l’érudit Samwell Tarly serait un expert du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Il constate le danger, le comprend (en partie) et propose des solutions… John Snow, le roi du Nord et ancien Lord commandant de la Garde de Nuit, pourrait être un activiste ou un lanceur d’alerte. Il prévient tout le monde que l’hiver arrive et des dangers qu’il recèle. Pourtant au sud, peu le prennent au sérieux. Même les dirigeants les plus éclairés comme Daenerys Targaryen et son conseiller Tyrion Lannister ne font pas de ce danger une priorité. Peut-être faut-il voir là, une similitude avec certains dirigeants aux États-Unis, en Chine, en Inde, qui tardent à agir pour endiguer le réchauffement.

 

Les Marcheurs Blancs sont précédés d’arrivées massives de réfugiés… Des réfugiés climatiques

Dans les saisons précédentes de Game of Thrones, la Garde de Nuit lutte contre l’arrivée des sauvageons, des hommes vivants au nord du mur, hors du royaume des Sept Couronnes. Leur volonté de passer au sud est vue comme une invasion et donne lieu à d’épiques batailles. Ces hommes fuient en réalité le danger des Marcheurs Blancs. Il faudra bien des morts pour que Jon Snow et Tormund, le chef des Sauvageons, finissent par s’entendre et même s’allier dans l’inévitable conflit à venir.

Les sauvageons sont les réfugiés climatiques à venir, voire ceux déjà existants. En effet, une partie des conflits actuels est déjà alimentée par les tensions sur les ressources en eau ou en nourriture. Le monde compterait déjà plus de 20 millions de réfugiés climatiques. Et ce chiffre va croître massivement dans les décennies à venir avec l’augmentation du niveau des eaux et la fréquence accrue des événements météorologiques extrêmes. Un enjeu qui devient même une question de sécurité pour les pays du Nord.

 

Des intérêts à court terme ne permettent pas de voir quels sont les enjeux de long terme

Si les dirigeants de Westeros refusent de voir le danger venu du Nord, c’est que les familles nobles ont déjà fort à faire dans leurs luttes pour être les plus compétitifs pour accéder au Trône de Fer, celui du suzerain des Sept Couronnes. Les alliances et trahison vont bon train chez les Lannister, Tyrell, Greyjoy et autres Tully. Dans le vrai monde, si les États-Unis, par la voix de Donald Trump, ont décidé de sortir de l’Accord de Paris sur le réchauffement, c’est pour des raisons de compétitivité face à la Chine. Ils considèrent qu’il y a un risque pour l’industrie et l’économie de limiter plus que d’autres leurs émissions de CO2.

Dans le magazine Vox, Chali Carpenter, professeur en géopolitique de l’Université du Massachussetts aux États-Unis, explique que Game of Thrones illustre comment "La poursuite d'objectifs à court terme détourne les acteurs (politiques) des problèmes vraiment urgents de survie humaine".  Dans une interview à Al Jazzera en 2014, George R. R. Martin, l’auteur de l’œuvre originale, explique que "Nous avons des défis dans notre monde, comme le changement climatique. C'est une menace pour le monde entier. Mais les gens l'utilisent comme un jeu  politique au lieu de travailler ensemble".

Les investisseurs se retirent des activités qui font peser un risque (attention spoils de la saison 7)

Ce n’est sans doute pas la partie la plus mise en avant dans l’œuvre, mais Game of Thrones aborde aussi la question du risque financier. L’ensemble des familles nobles de Westeros emprunte d’énormes sommes à la Banque de Fer de Braavos afin de financer leurs grands projets et leurs guerres. Or, la banque a perdu beaucoup d’argent à cause des troubles au Nord. Le roi Stannis Baratheon, l’un des prétendants au Trône de Fer, a emprunté une somme considérable pour rejoindre le mur, prêter main forte à la Garde du Nuit et trouver des alliés. Dans cette expédition, Stannis perdra la vie… et les banquiers tout espoir de revoir leurs deniers. Aussi, dans la saison 7, la Banque de Braavos, mise sous pression, réclame à la famille Lannister, engagée dans de multiples conflits, de rembourser ses dettes sous peine de cesser tout soutien.

Cette méfiance des investisseurs n’est pas sans rappeler les préoccupations d’actionnaires qui s’inquiètent du manque de prise en compte du changement climatique par certaines entreprises. Le 31 mai dernier par exemple, lors de l’Assemblée Générale d’Exxon, les actionnaires ont voté, contre l’avis de la direction, une résolution qui impose à la société de proposer des stratégies compatibles avec le maintien du réchauffement climatique en-dessous de 2 degrés. Est-ce que la Banque de Braavos va finir par n’investir que dans des familles qui prennent en compte le risque de l’hiver ? Pas sûr que les scénaristes aillent jusque là.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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