"Libérons le Louvre de l’industrie fossile !" L’ONG 350.org appelle le plus célèbre musée français à mettre un terme à son partenariat avec Total. Elle dénonce l’attitude de la compagnie pétrolière, qui voudrait ainsi se "racheter une image". La direction du musée insiste quant à elle sur "un soutien financier décisif". 

Pour Nicolas Haeringer, le porte-parole de l’ONG 350.org, "il n’est plus acceptable, d’un point de vue éthique, d’entretenir des liens avec l’industrie fossile".
L’association a lancé vendredi dernier un appel afin que le musée du Louvre mette fin à son partenariat avec Total. "La mission des musées est de préserver le patrimoine. Il n’y a aucun sens à s’associer avec des entreprises qui le détruisent, qui détruisent le climat et des communautés entières via ses activités", insiste le militant.
L’association espère "décarboner la culture". Comment? En dénonçant le "double jeu" et la "posture" de Total qui mise sur des partenariats avec de grandes institutions culturelles pour embellir son image.
"Total s’achète ici une image verte, une image d’entreprise responsable", dénonce Clémence Dubois, chargée de la campagne Zéro Fossile pour 350.org.

"Soutien financier décisif"



Jean-Luc Martinez, le Président-directeur du musée, justifie ce partenariat. "La Fondation Total nous permet aujourd’hui de mener un nombre important de dispositifs, de projets et de programmes majeurs", écrit-il. "Sans ce soutien financier décisif, nous serions dans l’obligation d’y renoncer à très court terme".
Le montant exact des dons reçus par le musée n’est pas public. Mais la liste des projets financés par le groupe pétrolier est en revanche publiée sur le site officiel du musée.
La fondation de Total, créée en 1992, a ainsi "successivement permis la  rénovation de la Galerie d’Apollon, la création du département des Arts de l’Islam, et soutenu six grandes expositions ces cinq dernières années". Elle finance aussi "La Petite Galerie du Louvre dédiée à l’éducation artistique et culturelle des jeunes publics".
"Ces montants sont assez faibles », explique John Jordan, l’un des initiateurs de la campagne Liberate Tate au Royaume-Uni, une action visant à rompre le lien entre le Tate Museum et le géant pétrolier Bristish Petroleum. "BP, par exemple, donnait 200 000 euros annuellement au Tate. Le budget du musée est d’environ 98 millions d’euros. C’est une goutte d’eau". Depuis, le partenariat a été rompu.
Ce mouvement a également ciblé en 2015 le Science Museum, sponsorisé par Shell. Avec le même succès.

Musée sous influence ?



"Ces partenariats rapportent plus aux compagnies pétrolières qu’aux institutions culturelles", estime Nicolas Haeringer. Au-delà des actions de mécénat, ces compagnies ont-elles une influence sur l’organisation des institutions culturelles ?
"Le mécénat en France ne peut se confondre avec des opérations de communication", répond le président du Louvre à 350.org. "Le mécénat de la Fondation Total consiste à soutenir des projets proposés par le musée du Louvre sans intervenir dans les choix artistiques du musée. Elle peut cependant apporter sa contribution dans la gestion de projets à caractère social en impliquant des associations ou les filiales du groupe".
Pour Isabelle Frémeaux, co-initiatrice de la campagne Liberate Tate, ces partenariats engagent de toute façon "un processus d’autocensure de la part des musées"."Ils filtrent au préalable ce qui pourraient déplaire à leurs mécènes", explique l’ancienne maître de conférences en média et études culturelles.
Elle appelle les artistes à se mobiliser et à pratiquer "l’art-activisme". Plusieurs "actions de désobéissance créative" auront d’ailleurs lieu tout au long de l’année 2017 pour faire pression sur le Louvre.

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes