Publié le 01 mai 2019

ENVIRONNEMENT

En Suède, le "Flygskam", la honte de prendre l’avion, fait chuter le trafic aérien

Le boycott des vols a des répercussions. En Suède, le flygskam, la honte de prendre l'avion, est en partie responsable d'une baisse du trafic aérien. Ce mouvement, né d'une conscience écologique, a pris de l'ampleur en même temps que la médiatisation de la jeune suédoise et figure emblématique de la lutte contre le changement climatique Greta Thunberg. Un coup dur pour les compagnies aériennes qui profite au trafic ferroviaire. 

Pour la première en une décennie l’opérateur Swedavia AB accuse un recul de son trafic.
©CC0

C’est un phénomène nouveau qui prend de l’ampleur en Suède. Le Flygskam, la "honte de voler" pour des raisons écologiques, commence à avoir des répercussions sur le trafic aérien. En un an, le nombre de passagers a baissé de 4,4 % selon l'Agence suédoise des transports. 

L’opérateur Swedavia AB qui gère plusieurs aéroports dont les deux plus gros du pays atteste d’une chute de son trafic pour la première fois en 10 ans. Le recul est de 6 % sur les vols intérieurs et 2 % sur les vols internationaux. Si Swedavia reconnaît l'impact du Flygskam dans ce recul, il y voit d'autres facteurs. Il cite, dans Les Echos, l'impact d'une nouvelle taxe sur l'aviation notamment. A contrario, le nombre de passagers chez l’exploitant de trains d’État SJ a atteint un record avec 32 millions de passagers l’année dernière. 

L'effet Greta Thunberg

Ce boycott des avions a été beaucoup relayé sur les réseaux sociaux au moment où Greta Thunberg, la jeune activiste suédoise qui lutte contre le réchauffement climatique, émergeait sur la scène médiatique. Celle qui a lancé un mouvement de grève internationale des écoliers voyage exclusivement en train. Pour rejoindre Davos, lors du Forum économique mondiale en janvier, la jeune fille a voyagé pendant 32 heures.

"J’ai arrêté de prendre l’avion par conviction parce que je ne veux pas dire une chose et agir autrement", avait-elle déclaré à l’AFP, "J’estime qu’il est insensé que des personnes qui discutent notamment ici du dérèglement climatique, arrivent en jet privé". D’autant que cette année, le nombre de jets privés utilisés pour se rendre à Davos a atteint un nouveau record et augmenté de 11 % par rapport à 2018.

Les compagnies aériennes s'adaptent 

Ce paradoxe, de plus en plus de Suédois le rejettent. Le 1er avril, 250 réalisateurs et producteurs du pays ont publié une tribune dans le journal Dagens Nyheter dans laquelle ils appellent l’industrie cinématographique à limiter les tournages à l’étranger et les déplacements en avion. Même chose du côté des sportifs, politiciens et anonymes sur les réseaux sociaux depuis fin 2018. Une situation qui inquiète les compagnies aériennes et les poussent à revoir leur stratégie.

Scandinavian Airlines System (SAS) a décidé de remplacer ses anciens modèles d’avions par des modèles plus économes en carburant. Elle chercherait également à se tourner davantage vers le biocarburant. "Il est important que les gens puissent continuer à se rencontrer et que le monde continue à voyager", a déclaré à Bloomberg le directeur général de SAS, "mais nous ne pouvons pas continuer à voyager sans nous adapter à une approche durable".

Pour rappel, en mars dernier, cinq États membres de l’Union européenne, dont la France, ont soutenu une taxation carbone sur le secteur aérien, pour l’instant épargné sur le plan environnemental. Aujourd’hui le secteur représente 2 % des émissions mondiales de CO2 et devrait atteindre les 20 % en 2050 selon les prévisions. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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