Publié le 10 avril 2020

ENVIRONNEMENT

[Édito] Le coronavirus n’est pas qu’une crise, c’est un rappel à l’ordre

Depuis des années, les scientifiques et des observateurs avertis, comme la CIA, nous assurent que des pandémies mondiales sont inéluctables et que leurs effets seront dévastateurs. À l’exception de quelques-uns, peu d’États et d’entreprises s’y sont préparés. Nous n’avons pas écouté les lanceurs d’alerte. C’est une leçon sévère à retenir pour les prochaines crises annoncées, comme celle du climat.

Bateau militaire medical New York USNS Comfort SpencerPlatt GettyImageNorthAmerica AFP
Le navire militaire médicalisé USNS Confort s'est installé à New York pour soutenir la lutte contre la pandémie de coronavirus.
@SpencerPlatt-GettyImageNorthAmerica-AFP

Il y a eu un effet de sidération quand la crise du coronavirus est arrivée en Europe. Lorsque la maladie a explosé à Wuhan en Chine, c’était un évènement asiatique et lointain vu d’ici. Lorsque la pandémie et surtout le confinement a finalement atteint notre continent, nous sommes restés sans voix, sidérés, surpris…. Qui aurait pu prévoir un tel événement ? Qui aurait pu prévoir qu’un seul virus viendrait mettre à genoux toutes nos économies ? En vérité, nous aurions tous pu et dû le prévoir. Les alertes ont été si nombreuses.

L’habitude humaine tend à faire oublier un peu la gravité des épidémies anciennes comme la grippe espagnole de 1918-1919, celle de la variole en 1977, celle du SRAS en 2003… Bien des experts ne cessaient de nous rappeler que nous ne nous sommes pas encore tout à fait rendus maîtres de la nature, alors que des virus ou bactéries pouvaient encore nous foudroyer. "Le monde souffre du genre de pandémie dont la survenue était presque inévitable, comme l’ont alerté de nombreux experts. Malheureusement, à quelques exceptions près, les gouvernements du monde entier n’ont pas réussi à se préparer adéquatement", accusent les experts du Bulletin of Atomic Science, vigie scientifique des menaces depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Des millions de morts annoncés

Et l’alerte ne vient pas que des scientifiques. Chaque année, les spécialistes du forum économique de Davos placent quasiment toujours le risque d’épidémie dans le top des menaces les plus dangereuses. "Si quelque chose tue plus de 10 millions de gens dans les prochaines décennies, ça sera probablement un virus hautement contagieux plutôt qu'une guerre", assurait Bill Gates en 2015 après la grande flambée d’Ebola qui avait fini par atteindre les États-Unis y tuant quatre personnes. "Nous ne sommes pas prêts", assure le milliardaire philanthrope, qui depuis a essayé de mobiliser Donald Trump sur ce sujet.  

Plus fort encore, on retrouve des alertes venant de la CIA qui, en 2009, avait fait un rapport sur les risques dans le monde en 2025. Dans un extrait largement partagé sur les réseaux depuis quelques jours, on peut lire : "Si une maladie pandémique se déclare, ce sera sans doute dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux, comme il en existe en Chine et dans le Sud-Est asiatique". Les experts américains du renseignement évoquaient possiblement des dizaines de millions de morts, y compris en Occident.

Singapour, EDF et Wimbledon

Ils sont rares, ceux qui ont pris ces alertes aux sérieux. Il y a bien sûr les États comme la Corée du Sud, Singapour ou Hong Kong qui gardent un souvenir amer de l’épidémie de SRAS en 2003. Ils ont employé les grands moyens dès le début de la crise. On trouve aussi, en France, des entreprises d’utilité vitale comme EDF. L’électricien français a activé depuis le 15 mars son plan pandémie, mis en place depuis 2000 et actualisé régulièrement. Ainsi préparée, l’entreprise peut faire tourner ses installations de production d’électricité avec moins de la moitié de l’effectif normal et a ainsi assuré notre approvisionnement à tous. Autre exemple, celui du tournoi de tennis de Wimbledon. Annulé à l’instar de très nombreux autres évènements sportifs, les organisateurs ont révélé avoir souscrit, depuis l’épisode du Sras en 2003, une assurance face au risque épidémique.

Ces exemples prouvent qu’il était possible de prévoir et de rendre nos économies un peu plus résilientes. La crise du coronavirus doit être un rappel à l’ordre. Car il y a une autre crise inéluctable à laquelle les scientifiques nous hurlent de nous préparer : celle du climat. À bien des égards la crise du coronavirus est une répétition miniature et accélérée de celle du réchauffement. Heureusement, les appels des climatologues sont de plus en plus entendus, grâce en soit rendue aux manifestations pour le climat. Et ceux-ci ajoutent qu’il n’est jamais trop tard pour agir.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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