Publié le 09 novembre 2016

ENVIRONNEMENT

Donald Trump, une victoire pour le charbon et les climato-sceptiques

Au terme d'une campagne très rude, c'est bien le républicain Donald Trump qui va accéder à la Maison Blanche. Quelles seront les conséquences de cette surprise électorale ? Les défenseurs de l'environnement voient le scénario catastrophe se préciser. Analyse de ce vote et de ses répercussions environnementales, pour les États-Unis et le monde. 

Au terme d'une soirée électorale qui a déjoué la plupart des pronostics, le républicain Donald Trump va bel et bien devenir le 45ème président des États-Unis..
Chip Somodevilla / Getty Images North America / AFP

Au milieu de la nuit américaine, le camp Clinton a tardé à reconnaître formellement sa défaite. Mais le républicain Donald Trump va bel et bien devenir le 45ème président américain, au terme d'une soirée électorale qui a déjoué la plupart des pronostics. Et qui aura de lourdes conséquences, notamment en matière climatique. 

 

Une vague pro-Trump dans la "Rust belt" et les États charbonniers 


Alors que les observateurs scrutaient depuis des mois l'électorat féminin ou hispanique, c'est une fracture très économique et sociale qui est apparue dans la nuit de mardi à mercredi sur la carte électorale américaine. Le profil de l'électeur qui a finalement fait la différence : blanc, habitant dans une région en proie à des difficultés économiques et qui se sent déclassé sur le plan social. 

Parmi les États qui ont penché en faveur du candidat républicain et ont finalement fait la différence, il y a ainsi ceux de la "Rust belt" (ou "ceinture de rouille"), comme le Michigan, l'Ohio et en partie le Wisconsin, qui ont vu leur industrie lourde s'écrouler au fil des dernières décennies.

Il faut aussi compter avec les États charbonniers, qui ont également basculé en faveur de Donald Trump, comme la Pennsylvanie et la Virginie occidentale. Là, pendant des mois, le candidat républicain a promis qu'il "rendrait" leur travail aux ouvriers du charbon, alors que la démocrate Hillary Clinton proposait une reconversion partielle vers les énergies renouvelables.

 

Une victoire pour le climato-scepticisme

 

Donald Trump, qui a multiplié les déclarations climato-sceptiques au cours des dernières années, a répété pendant la campagne que le changement climatique était une invention du gouvernement chinois pour affaiblir l'économie américaine. Un discours qui a porté, y compris dans des États américains qui souffrent d'ores et déjà des conséquences de ce changement climatique. 

C'est le cas par exemple de la Louisiane, frappée en août dernier par des inondations d'une ampleur historique et qui a choisi le candidat républicain à plus de 58%. C'est aussi le cas de l'État clé de Floride, en première ligne face à la montée des eaux et qui a basculé au profit de Donald Trump avec 49,1% des voix contre 47,7% pour Hillary Clinton. 

 

Le programme de Trump, un cauchemar climatique

 

Au cours de la campagne, le candidat républicain a promis, sur la scène intérieure, de détricoter toutes les réglementations environnementales et de supprimer l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Et sur la scène extérieure de revenir sur l'Accord de Paris. Une perspective qui inquiète particulièrement alors que la COP22, qui doit discuter de la mise en œuvre du texte, vient juste d'ouvrir à Marrakech. 

 

Congrès et Cour suprême, deux autres atouts pour les républicains

 

Au-delà de la bataille pour la Maison Blanche, le camp républicain peut se réjouir d'une autre victoire : il conserve la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, pourtant annoncé comme prenable par les démocrates.

Contrairement à Barack Obama, qui a dû batailler contre un Congrès hostile pendant une large partie de ses deux mandats pour établir des réglementations environnementales (comme pour le Clean Power Plan), Donald Trump n'aura aucun mal à les détricoter.

À plus long terme, le nouveau président américain aura aussi le pouvoir de nommer au moins un nouveau juge à la Cour suprême, voire deux ou trois si on prend en compte l'âge avancé de ces sages, nommés à vie. La plus haute autorité judiciaire des États-Unis devrait donc logiquement basculer du côté conservateur. Or, parmi les dossiers qu'elle aura à trancher définitivement dans les mois à venir, se trouve le Clean Power Act, clé de voûte de la politique climatique de Barack Obama combattue de longue date par les républicains.

"Si nous perdons ce soir, nous continuerons à lutter contre chaque pipeline, contre chaque projet de fracturation hydraulique", promettait au début de la soirée électorale Jamie Henn, le co-fondateur de l'ONG 350.org, n'osant pas croire à la victoire de Donald Trump.

Pour les défenseurs de l'environnement, la bataille ne fait que commencer.

Fannie Rascle, à Washington
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