Publié le 28 mars 2013

ENVIRONNEMENT

Dérèglements climatiques : comment les entreprises gèrent les risques

Le changement climatique s'accompagne d'une augmentation de la fréquence des événements météorologiques extrêmes. Les entreprises, particulièrement vulnérables à ces aléas, s'emploient à les anticiper pour minimiser leurs pertes financières.

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La météo, principal facteur déterminant le coût d'un accident nucléaire

Selon une étude de l'IRSN (basée sur 2007) sur les risques nucléaires rendue publique le 12 mars dernier, le coût d'un accident nucléaire majeur en France serait principalement déterminé par les conditions météorologiques. Selon l'institut, le coût médian d'un accident nucléaire serait de l'ordre de 120 à 430 milliards d'euros. Cette fourchette s'explique principalement par la variation de la météo. De mauvaises conditions météo entraineraient en effet une augmentation des surfaces contaminées ainsi que du nombre de relogements, faisant monter le coût total de 40 %. L'étude souligne que dans le pire des scénarios les indemnisations s'élèveraient à près de 5.000 milliards d'euros. La France pourrait même être amenée à indemniser les victimes situées en dehors de ses frontières.

Des tempêtes de plus en plus fréquentes, des périodes de sécheresse qui s'allongent, des pluies de plus en plus fortes... Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, le changement climatique a provoqué une augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes. Et cette dynamique se poursuit. Dans leur dernier rapport publié en 2007, le panel d'experts du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) considèrent comme très probable « une hausse de la fréquence des températures extrêmement élevées, des vagues de chaleur et des épisodes de fortes précipitations » pour les prochaines décennies.

Un budget assurance en hausse

Tout autant que les populations bouleversées par le passage d'une forte tempête ou d'importantes inondations, les entreprises sont exposées aux conséquences du réchauffement climatique. Selon Metnext, filiale de Météo France spécialisée dans la gestion des risques météo-climatiques, 25 % du PIB en France est directement impacté par la météo. Dans le rapport Global Risks 2013 du World Economic Forum qui dresse la liste des principaux risques pour l'économie mondiale et la planète, les experts insistent également sur les enjeux du réchauffement climatique : « La logique de gestion des risques nous encourage à investir aujourd'hui pour protéger les infrastructures essentielles et les centres d'activités économiques contre les futurs dégâts environnementaux. » Les auteurs avertissent des « lourdes pertes économiques » que pourrait engendrer une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (voir Davos s'inquiète des risques climatiques ). Dans sa dernière étude publiée le 27 mars, le réassureur Swiss Re chiffre ainsi à 152 milliards d'euros le coût, au niveau mondial des catastrophes naturelles en 2012...

L'augmentation du coût des assurances pour les entreprises est directement liée à l'amplification des événements météorologiques. Une étude réalisée par la Fédération Française des Sociétés d'Assurances (FFSA) indique qu'« au cours des vingt dernières années, le coût global des aléas naturels en France se chiffre à 34 milliards d'euros pour les seuls assureurs ». Et la fédération prévoit un doublement du coût des catastrophes pour les vingt prochaines années. La part de la couverture contre les événements naturels dans le budget assurance des entreprises passerait ainsi à près de 25 %, contre 16 % actuellement. De plus, les assureurs incitent les entreprises à se saisir de la gravité du risque climatique par la mise en place d'un signal prix. Pour Luc de Lignères, Directeur de la Gestion des Risques IARD et Opérationnels d'Axa France, « il est nécessaire d'encourager les clients à prévoir les risques climatiques. Cela passe par une meilleure information mais aussi par la diminution du coût des primes pour les clients qui ont mis en place les dispositions adéquates. »

Les mesures de prévention du secteur de l'énergie

Le secteur de l'énergie est particulièrement soumis aux aléas météorologiques. De faibles écarts de températures ou de précipitations modifient considérablement la demande en énergie des consommateurs. A titre d'exemple, pour le secteur de l'électricité, 1°C de température en dessous des normales, équivaut à 2 300 MW, soit la production de deux réacteurs nucléaires. Les entreprises doivent donc anticiper les besoins des consommateurs pour mieux prévoir leur production, répondre à la demande et éviter les pics très coûteux et potentiellement déstabilisateurs pour les réseaux. Pour se préparer à ces variations parfois brutales, les énergéticiens travaillent en permanence à partir des prévisions de Météo-France.
Pour les centrales photovoltaïques ou les réseaux de distribution d'eau, des prévisions plus locales que pour les centrales nucléaires sont nécessaires. Les entreprises élaborent également des modèles spécifiques à leurs activités. GDF Suez modélise ainsi les réserves en eau des nappes phréatiques ou l'écoulement des eaux de surfaces afin de prévoir des épisodes d'inondation. Dalkia, filiale du groupe Véolia, concepteur et exploitant de réseaux de chauffage et de refroidissement collectifs, adapte ses outils de production grâce à des simulations de périodes de froid ou de chaleur, visant à optimiser la production d'énergie en cas d'alerte.

Mémoriser les anciennes catastrophes s'avère également nécessaire dans l'anticipation des nouvelles. La canicule de l'été 2003 a en effet coûté environ 300 millions d'euros à EDF. Depuis, le groupe a investi 500 millions d'euros pour développer outils et systèmes d'anticipation, utiles pour faire face à l'épisode de sécheresse de l'été 2011. Enfin, les industriels de l'énergie misent également sur la sensibilisation du public à la réduction de leur consommation d'eau ou d'énergie, lorsqu'un événement extrême survient.

Oriane Dioux
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