À l'approche de la COP26, qui débute fin octobre à Glasgow, au Royaume-Uni, les entreprises sont toujours plus nombreuses à prendre des engagements en faveur du climat. Mais leur impact se trouve limité par un problème de mesure des émissions de CO2 et une définition de la neutralité carbone trop souvent basée sur la compensation carbone. 

Il n’y a pas de doute, la dynamique est lancée. Une grande entreprise cotée sur cinq à travers le monde – représentant 14 000 millions de dollars de chiffre d’affaires – s’est engagée à atteindre la neutralité carbone. Et il ne se passe pas un jour sans une nouvelle annonce. Mais au-delà de cette prise de conscience, qu’en est-il vraiment de l’impact ? C’est ce qu’a cherché à mesurer le cabinet BCG Gamma, dans une étude publiée le 13 octobre.
Si 85 % des entreprises interrogées cherchent à réduire leurs émissions de CO2, seules 9 % les mesurent de façon précise, et 11 % les ont réduites à hauteur de leurs ambitions ces cinq dernières années. "On note qu’il y a un écart important entre l’envie de faire et la réalité", explique Charlotte Degot, directrice associée au BCG Gamma et coauteure du rapport. "Le problème réside dans la mesure des émissions. Les entreprises se heurtent à la complexité de la collecte des données et de leur traitement. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de leur part ou du greenwashing, mais c’est tout simplement très compliqué sans outils adaptés", ajoute-t-elle.

Marge d’erreur de 30 à 40 %


L’étude révèle d’autres chiffres étonnants. Ainsi, 66 % des entreprises ne déclarent aucune de leurs émissions externes alors qu’elles comptent pour 90 % de la moyenne totale des émissions. 86 % déclarent leurs émissions manuellement à l’aide de feuilles de calcul Excel et la marge d’erreur des calculs rapportés est évaluée entre 30 et 40 %. Selon le cabinet, l’intelligence artificielle pourrait permettre d’améliorer ce travail de reporting.
"Nous avons travaillé avec une société de la grande distribution qui ne décomposait pas et ne mesurait pas ses émissions liées à ses bouteilles en verre par entrée – c’est-à-dire par type de fournisseur, couleur, matériaux ou pays d’origine. Lorsqu’elle l’a fait, elle a constaté que les émissions étaient 45 % plus élevées que celles mesurées initialement", explique Sylvain Duranton, directeur Monde de BCG Gamma et co-auteur du rapport.

Viser un vrai zéro plutôt qu’un net-zéro


Outre la mesure des émissions, indispensable pour construire une trajectoire et évaluer les progrès, l’autre obstacle réside dans le manque de clarté de leurs engagements. Selon un rapport de l’Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), publié en mars (1), seulement 20 % des objectifs des entreprises remplissent les critères de base tels que définis par la campagne ‘Race to Zero’ soutenue par l’ONU. "La priorité la plus importante est la réduction immédiate des émissions", a averti Thomas Hale, le co-auteur du rapport, "les entreprises ne peuvent pas simplement compter sur l’achat de compensations carbone".  
Par exemple, le plan climat de Shell repose sur la compensation de 120 millions de tonnes de CO2 par an d’ici à 2030, c’est plus que la capacité totale du marché mondial de la compensation volontaire du carbone en 2019. Le plan climat de Walmart néglige entièrement les émissions de niveau 3 (c’est-à-dire les émissions associées aux produits qu’il vend), alors qu’elles représentent environ 95 % de son empreinte carbone. Total prévoit une augmentation de 50 % de sa production de pétrole et de gaz à l’échelle du groupe entre 2015 et 2025, malgré son engagement à être neutre en carbone en 2050.
"En fin de compte, les programmes ‘zéro émission nette’ ne sont qu’une nouvelle tentative des grands pollueurs de maintenir le statu quo et de continuer à faire des bénéfices. La planète et ses habitants ont besoin que les gouvernements du monde entier fassent tout ce qu’ils peuvent immédiatement pour réduire les émissions à un vrai zéro plutôt qu’un net-zéro" conclut la Corporate Accountability, à l’origine d’un autre rapport publié en juin, baptisé "La grosse arnaque", et d’où sont tirés les exemples ci-dessus (2).  
Concepcion Alvarez @conce1
(1) Voir le rapport de l’Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU)
(2) Voir le rapport "La Grosse Arnaque" de la Corporate Accountability     

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