Publié le 07 avril 2010

ENVIRONNEMENT

Danone affirme sa stratégie carbone

Si Danone n'appartient pas à un secteur d'activité soumis à Kyoto et aux quotas de C02, le groupe veut néanmoins atteindre la neutralité carbone pour ses marques d'eau et de produits laitiers. Réduire les émissions de gaz à effet de serre et agir sur la biodiversité constituent les deux axes de sa stratégie.

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Le Saloum (Sénégal)

Danone fait de son empreinte carbone une stratégie de long terme. N'étant pas soumis aux objectifs de Kyoto , le groupe s'est fixé son propre objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, à hauteur de 30% sur la période 2008-2012, sur l'ensemble de ses activités mondiales. La première étape de cette stratégie a consisté en 2008 à élaborer un outil de mesure -le « Danprint »-, audité par Pricewaterhouse Coopers et certifié par Carbon Truste et l'Ademe. Cette mesure des émissions de CO2 concerne aujourd'hui l'ensemble des filiales pour les activités Eau et produits frais ; les activités de nutrition infantile et médicale. A échéance 2011, Danone veut « consolider les chiffres du CO2 comme on consolide le chiffre d'affaires dans le rapport annuel », précise Myriam Cohen-Welgryn, directrice générale Nature du groupe. L'organisation de l'entreprise a été revue pour atteindre ces objectifs : deux « membres sponsors » du sujet rendent compte auprès du Comité exécutif du groupe, la nouvelle direction « Nature » sera notamment chargée de « reporter le CO2 comme on reporte des informations financières », souligne Myriam Cohen-Welgryn.

Dans les filiales, des « carbon masters » sont chargés de décliner la stratégie carbone du groupe. « Nous avons accéléré notre stratégie sur ces sujets, mais elle s'inscrit dans l'histoire du groupe et dans ses valeurs, explique Bernard Giraud, directeur développement durable de Danone. La qualité de l'eau, la nutrition et la santé apportés au plus grand nombre sont étroitement liés à la protection de l'environnement et posent la question de notre responsabilité ». Et celle du périmètre de cette responsabilité, que Danone a étendu sur l'ensemble du cycle de vie de ses produits jusqu'au consommateur et au recyclage final. Pour 2009, l'empreinte carbone du groupe s'élevait à 16, 8 millions de tonnes, dont 11% dues aux activités industrielles du groupe, 58% aux matières premières agricoles, 14% aux emballages et 17% au transport. Cependant, les objectifs du groupe ne portent pas sur ce total mais sur les activités directes de Danone, ils excluent donc la production agricole et laitière, qui n'est pas contrôlée par le groupe. L'objectif porte donc sur 6,9 millions de tonnes de CO2, soit 280g par produit.

Réduction et compensation

Deuxième étape : comment réduire les émissions de CO2 ? Par des moyens « classiques », comme la réduction de la consommation d'énergie et d'eau, le transport ferré, la réduction des emballages et la valorisation des déchets , mais également par des moyens plus innovants qui permettent par exemple l'allègement du poids des matières, une réduction du plastique, un recyclage plus important des bouteilles d'eau, etc. Parallèlement, un programme « Investissements verts » a été créé pour développer des projets dont la rentabilité n'est pas immédiate et se situe entre 3 et 5 ans. Ces investissements permettent de financer des processus comme la cogénération d'énergie, par exemple, et d'autres initiatives qui auparavant « n'auraient pas été présentées par les collaborateurs à cause de ce décalage dans la rentabilité. Le fait d'ouvrir un programme de moyen terme a débloqué des tas de projets au sein des équipes, qui auparavant s'autocensuraient », souligne Myriam Cohen-Welgryn.
Autre pilier de cette stratégie, le « pacte carbone » avec les fournisseurs. Danone a signé un accord avec 37 d'entre eux pour qu'ils s'engagent dans la même démarche : procéder à la mesure des émissions puis atteindre des objectifs de réduction. « C'est un élément crucial pour les produits frais, secteur dans lequel 95% des émissions de CO2 viennent des matériaux et du packaging, donc des fournisseurs », précise Bernard Giraud. Enfin, pour atteindre cette neutralité, le groupe compensera ses émissions résiduelles ; c'est l'objet de son projet de restauration de mangroves au Sénégal. 25 millions de palétuviers ont ainsi été replantés en Casamance et dans le Saloum (Sénégal), un puits de carbone dont il faudra ensuite comptabiliser les quantités de CO2 effectivement absorbées par ces écosystèmes.

Enjeu d'image

Pourquoi cette politique volontaire de réduction ? Comme pour tous les producteurs d'eau en bouteille, l'enjeu est de restaurer une image fortement écornée par les impacts environnementaux du secteur. Les ventes d'eau en bouteille ne cessent de baisser : -7,3 % en 2008 et la tendance pourrait s'accélérer en 2009. Nestlé, à travers la marque Vittel, s'est d'ailleurs engagé dans une stratégie similaire.
Pour Danone, afficher la neutralité carbone d'Evian en 2011 permet de rendre le produit plus « acceptable » au plan environnemental. Autre objectif, à plus long terme : anticiper les mutations industrielles d'une économie décarbonée . « Nous savons que le carbone aura un jour un prix élevé, projette Bernard Giraud. Le coût environnemental va être de plus intégré dans les produits et dans l'univers financier. Nous voulons anticiper aujourd'hui ce que sera Danone en 2020 ». « D'ores et déjà, la performance carbone est un critère pris en compte dans les bonus attribués aux 1400 managers du groupe. Elle sera bientôt un élément de reporting comme un autre pour les investisseurs», ajoute Myriam Cohen-Welgryn.

Véronique Smée
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