Publié le 23 mars 2020

ENVIRONNEMENT

Coronavirus : les députés rejettent un amendement qui devait préparer un après-crise plus durable

45 députés ont déposé un amendement dans le cadre du projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire pour réfléchir au "jour d’après". Le texte a été rejeté sans même être débattu, après l’avis défavorable du gouvernement. Mais cette proposition aura tout de même permis de faire émerger le débat au sein de la société civile.  

A N
Le texte demandait que le gouvernement remette au Parlement un rapport relatif à la mise en œuvre d'un plan de relance de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale.
@CC0

Le Président de la République assure qu’il tirera les leçons de la crise du coronavirus. Mais les députés de sa majorité ont rejeté un amendement (1) prévoyant de réfléchir à un "Grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale" post-crise. Il avait été déposé dans la cadre du projet de loi sur l'état d'urgence sanitaire par 45 députés, parmi lesquels Matthieu Orphelin, ex-LREM, Barbara Pompili et Cédric Villani, de La République en Marche.

"Au lendemain de cette crise sanitaire, au moment même où nous devrons tout tenter pour relancer notre économie - quoi qu’il en coûte -, nous aurons alors à mener un autre combat : la lutte pour le climat, la biodiversité et la justice sociale. Pour la gagner, nous devrons tirer toutes les conséquences et engager des changements profonds en ce qui concerne nos modes production et de consommation pour respecter les limites planétaires, en matière de cohésion sociale, de la solidarité, d’éducation, de démocratie ou encore dans notre rapport à la science", écrivent les députés.

La relance écologique au moment venu

Le texte demandait que le gouvernement remette au Parlement, au plus tard six mois après la promulgation de la loi, un rapport relatif à la mise en œuvre de "ce plan de relance" qui aurait pris le relais du plan d’urgence, en concertation avec "toutes les forces vives de la Nation (élus, partis politiques, associations, syndicats, entreprises, universités, etc.)" et "le concours des citoyens via des dispositifs de démocratie participative et délibérative".

"Voter un amendement demandant un rapport de plus au gouvernement pour faire de la politique politicienne dans un texte sur l’urgence sanitaire : sans moi ! L’écologie, nous la faisons en actes. La relance écologique nous la ferons le moment venu", a réagi le député LREM Jean-Charles Colas-Roy sur Twitter. L’amendement, qui avait reçu un avis défavorable du gouvernement, a été rejeté sans débat.

"Nous continuerons, en transpartisan, à tenter de convaincre le gouvernement que les acteurs et citoyens sont prêts à préparer une grande transformation de notre société. Des annonces du Président à ce sujet dans les jours à venir ? À suivre !", a lancé Matthieu Orphelin. "Pour sortir de la crise de la bonne façon et sans replonger dans les travers du passé : il nous faut en effet un plan Marshall. L'amendement est rejeté mais pas l'idée !", veut croire Arnaud Gossement, avocat spécialisé dans l’environnement.

Passage de cap pour l’humanité

Plusieurs voix s’élèvent au sein de la société civile pour imaginer ce "jour d’après". Dans une tribune publiée ce 23 mars dans Le Monde (2), plusieurs membres d’Attac appellent ainsi à relocaliser notre économie. "Il est de notre responsabilité collective de faire basculer le monde du côté de la solidarité, de la soutenabilité, de la réduction des inégalités, en deux mots vers un monde vivable et désirable". Interrogé par BFM TV, Nicolas Hulot assure que nous assistons là "à un passage de cap pour l’humanité".

Philippe Zaouati, PDG de Mirova et cofondateur du think tank "Osons le progrès", poursuit le débat en lançant l’initiative collaborative #ConstruisonsLeMondeDApres. "La reprise ne doit pas être un 'business as usual'. Sur la forme, attention à ne pas reproduire encore des débats sur 'faut-il légiférer ou pas ?'. Construisons le consensus avant de faire des amendements !" a-t-il réagi sur les réseaux sociaux.

"Tout cela donnera raison aux écologistes", avance le neuropsychiatre et ethnologue Boris Cyrulnik, interrogé sur Europe 1. "Des gens vont vouloir redémarrer le sprint de la consommation, mais une grande partie de la population va s'y opposer et je pense que l'on va ralentir cette culture, parce qu'il faut absolument ralentir."  

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le texte de l'amendement.

(2) Voir la tribune


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