Publié le 12 juin 2023

ENVIRONNEMENT

COP28 : comment les pays se préparent au premier bilan mondial de l'Accord de Paris

Les représentants de près de 200 pays sont réunis jusqu'au 15 juin à Bonn, en Allemagne, pour préparer la COP28. La prochaine conférence mondiale sur le climat, qui se tiendra à Dubaï en décembre, est particulièrement attendue car elle doit dresser le premier bilan mondial de l’action climatique, tel que prévu dans l’Accord de Paris. Où en sont les pays à quelques mois de l'échéance ?

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Les représentants de près de 200 pays sont réunis jusqu'au 15 juin à Bonn, en Allemagne, pour préparer la COP28, la prochaine conférence mondiale sur le climat.
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C’est la Cop la plus importante depuis celle qui a débouché sur l'Accord de Paris en 2015. Et pour cause, le sommet sur le climat qui se tiendra à Dubaï à la fin de l’année doit notamment dresser le premier "bilan mondial" (Global Stocktake) des progrès réalisés afin de maintenir le réchauffement climatique sous 1,5°C voire 2°C. Or, pour l’instant, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Science le 8 juin, en marge de l’intersession de négociations de Bonn, on est encore loin du compte. Selon les chercheurs, nous nous dirigerions vers un réchauffement de 2,4°C, avec encore une probabilité de 10% de dépasser les 3°C.

"Notre analyse montre que la plupart des pays n'inspirent pas une grande confiance dans le fait qu'ils tiendront leurs engagements. Le monde est toujours sur un chemin à haut risque en termes climatiques et nous sommes loin de mettre en place un climat sûr pour l'avenir", a commenté Joeri Rogelj, Professeur en sciences et politiques climatiques à l'Imperial College de Londres et auteur principal de l'étude. "Des niveaux de réchauffement désastreux ne peuvent pas encore être exclus", prévient-il.

Faible niveau de confiance dans les politiques

Les chercheurs ont établi cinq scénarios allant du plus pessimiste au plus optimiste. Si l’on ne prend en compte que les promesses les plus crédibles à l’horizon 2030, le réchauffement atteindrait 2,6°C d'ici la fin du siècle. En revanche, si l’on intègre l’ensemble des engagements des États à 2030 et à 2050, sans être trop regardant, on arrive à un réchauffement limité à 1,7°C, soit un niveau proche de l’objectif inscrit dans l’Accord de Paris.

"Cela pourrait suggérer que, si toutes les politiques de neutralité carbone sont pleinement appliquées, les objectifs de l'Accord de Paris sont atteignables, souligne l'Imperial College de Londres dans un communiqué. Mais avec autant de politiques classées comme ayant un faible niveau de confiance, cela serait prendre nos désirs pour des réalités en l'absence d'efforts supplémentaires".

En partant de cette fourchette encore large et incertaine, les chercheurs ont donc imaginé trois scénarios supplémentaires dans lesquels les cibles de neutralité carbone sont évaluées selon leur crédibilité à partir de trois critères : l’engagement est-il juridiquement contraignant ? Est-il accompagné d'un plan de mise en œuvre clair ? Et enfin, les politiques actuelles du pays le placent-ils déjà sur une trajectoire descendante ? "Notre meilleure estimation est une trajectoire de réchauffement de 2,4°C", concluent les chercheurs. Bien loin donc des objectifs de l’Accord de Paris.

Les bons et les mauvais élèves

Une autre étude, publiée par le Climate action tracker, pointe quant à elle les bons et les mauvais élèves. Sans surprise, parmi les pays qui vont dans la mauvaise direction, on trouve les plus grands producteurs mondiaux d’énergies fossiles (Norvège, Canada, États-Unis, Australie, Émirats arabes unis, Russie…). Aucun ne s'est engagé à mettre fin aux nouveaux investissements dans la production de pétrole et de gaz et au contraire, les augmentent. "Les pays développés doivent en priorité montrer la voie et fixer des dates de fin pour la production de pétrole et de gaz", appellent les chercheurs.

La plupart des gouvernements n'ont pas non plus réussi à éliminer les subventions aux combustibles fossiles malgré des promesses de longue date en ce sens. "Le dernier sommet du G7 a ainsi confirmé son soutien à l'investissement public dans le gaz fossile en utilisant la crise de l'énergie comme excuse", s'indignent les auteurs. Seule la Nouvelle-Zélande fait figure de pionnière sur le sujet.

Sur le développement des énergies renouvelables, les efforts de la Chine et de l’Inde sont salués. Bien qu'elle continue à dépendre fortement des énergies fossiles, la Chine vise à construire 1 200 gigawatts d'énergie éolienne et solaire d'ici 2030, un objectif qu’elle devrait même dépasser. L'Inde prévoit aussi d'ajouter des quantités considérables d'énergie solaire et éolienne d'ici 2031-2032.

"La COP28 aux Émirats arabes unis doit envoyer un signal clair en amorçant une élimination progressive de la production de pétrole et de gaz et en fixant un nouvel objectif mondial sur les énergies renouvelables", plaide le Climate action tracker. Un message que le président contesté de la COP28, Sultan Al Jaber, également à la tête de la compagnie nationale pétrolière Adnoc, semble avoir entendu. "La réduction des énergies fossiles est inévitable", a-t-il déclaré lors d'une réception à Bonn en marge de négociations préalables à la COP28, sans toutefois préciser de date. "Le temps est arrivé pour qu'un accord soit trouvé à Dubaï sur la sortie des fossiles et faire de ce sommet une COP historique", conclut Mohammed Adow, le directeur Energie et climat du Power Shift Africa

Concepcion Alvarez


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