Publié le 27 septembre 2016

ENVIRONNEMENT

COP22 : la prochaine Conférence mondiale sur le climat sera africaine

La COP22 se tiendra à Marrakech du 7 au 18 novembre. À deux mois de la prochaine Conférence mondiale sur le climat, et alors que s'est tenu en début de semaine Climate Chance, le sommet des acteurs non étatiques, le Maroc mobilise gouvernements africains et société civile du continent autour de la question climatique. Car le pays hôte de la COP22 entend faire de la prochaine conférence sur le climat une COP africaine. Signe de la montée en puissance des Africains dans les négociations. Décryptage.

Le projet de Muraille verte, c'est 7 100 kilomètres de verdure, de Dakar à Djibouti, pour contrer la désertification.
Simply Creative Photography / iStock

En juin dernier, le Maroc dévoilait les axes directeurs de l’organisation de la COP22. Trois axes présentés comme "l’initiative Triple A : Adaptation, Agriculture, Afrique". Que le continent africain se retrouve au centre des enjeux ne doit pas surprendre : lors de la COP21, le groupe des négociateurs pour les pays africains s’était distingué par une action coordonnée efficace. Et par des personnalités au charisme fort.

C’est, depuis Copenhague, une réelle évolution : "Lors des séances de négociation avant et pendant la COP21, on a vu l’émergence de négociateurs africains plus aguerris, plus expérimentés au processus de négociation", observe Francois Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’université de Liège et à Sciences-Po Paris, auteur de "Géopolitique du climat - négociations, stratégies, impacts".

 

Des négociateurs africains charismatiques

 

Une référence à l’ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko, porte-parole de l’influent groupe de négociation G77. Docteur en philosophie, diplômée d’Oxford, la très distinguée "Ambassador Diseko" a déployé une extrême habilité à faire parler d’une même voix un groupe composé de 134 pays (sur les 195 signataires de la Convention climat des Nations Unies) aux intérêts souvent antagonistes.

Autre figure charismatique parmi les négociateurs africains : Seyni Nafo, Malien trentenaire, porte-parole du groupe Africain, composé de 54 pays et représentant près d’un milliard de personnes. Expert de la finance, aussi à l’aise en français qu’en anglais, maîtrisant parfaitement les codes de langage occidentaux, il a lui aussi su défendre les intérêts des pays africains qu’il représente.

À quelques semaines de la COP22, quelles sont les revendications des délégations africaines ? La mise en place de leviers pour concrétiser les avancées obtenues à Paris en décembre dernier. Elles ont en effet durement bataillé, notamment pour que soit relancé le projet de Grande Muraille verte, dont l’objectif est d’endiguer l’avancée du Sahel grâce à la reforestation. La mise en valeur du fleuve Niger et la restauration du lac Tchad vont aussi bénéficier de moyens supplémentaires, tout comme le vaste programme d’implantation des énergies vertes sur le continent, l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI). Et la confirmation par les pays développés qu’ils vont tenir leurs promesses de financer à hauteur de 100 milliards de dollars par an l’adaptation au changement climatique, une revendication majeure des représentants du continent africain.

 

Une société civile mobilisée

 

Aux côtés des négociateurs, la société civile africaine se fait également entendre. C'est une nouveauté : "J’assiste à la montée en puissance d’ONG africaines mobilisées sur les questions climat, mais aussi à la montée en puissance de la recherche africaine sur le sujet : je constate un nombre croissant de chercheurs et de doctorants africains qui s’investissent sur ce thème", poursuit Francois Gemenne. Une mobilisation que coordonne le pôle Société civile du Comité de pilotage de la COP22, sous la houlette de Driss El Yazami. Celui-ci indique, dans un communiqué transmis à Novethic : "Nous voulons écouter cette société civile africaine, voir quelles sont ses priorités pour la COP22 et quelles sont ses attentes pour l’accueillir au mieux et faire entendre d’une manière forte sa voix à Marrakech. D’autant plus que là se tiendra la première édition du Sommet de haut niveau entre les acteurs non étatiques et les États".

Depuis le 13 aout, le pôle Société civile visite réseaux et autres coalitions civiles de 12 pays africains. Pour Francois Gemenne, cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement de fond mondial en faveur de l’action climatique : "De plus en plus de pays, qu’ils soient émergents, en développement ou industrialisés, sont conscients des enjeux liés au réchauffement climatique. De voir la Chine premier pays majeur à ratifier l’Accord de Paris est une évolution très positive. On assiste à un changement complet de paradigme".

Claire Stam
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