Alors que les inquiétudes montent concernant un détricotage de leurs propositions, les 150 citoyens de la Convention pour le climat ont décidé d'interpeller directement le Président de la République. Dans une lettre, ils dénoncent les déclarations discordantes de certains ministres à l'encontre de leurs mesures. Emmanuel Macron a immédiatement répondu en assurant qu'il était toujours déterminé à agir tout en confirmant que certaines propositions devraient être reportées en raison de la crise du Covid.

[Mise à jour à 17h13] Cela faisait déjà plusieurs semaines que la situation était tendue, mais ils ne s’étaient encore pas publiquement exprimés. Finalement, les citoyens de la Convention climat (CCC) ont décidé de prendre leur plume en début de semaine pour interpeller personnellement et directement le Président de la République. Dans une lettre qui met en garde contre "des déclarations ministérielles discordantes" sur plusieurs mesures, ils en appellent à son "engagement formel et public en faveur de l’examen sans filtre des propositions". 
"Nous avons le sentiment de manquer d’un soutien clair et défini de la part de l’exécutif dont les prises de position nous apparaissent parfois contradictoires", écrivent-ils. "Nous sommes à l’écoute des contraintes et conscients des défis que soulève la mise en œuvre de nos préconisations, mais nous ne pouvons continuer à défendre chacune d’entre elles quand nous peinons à trouver dans les actions du gouvernement l’ambition générale d’une transition écologique efficace", dénoncent-ils encore. 
Emmanuel Macron s’était engagé fin juin à reprendre 146 des 149 propositions faites par "les 150". Mais depuis, tour à tour, les ministres du gouvernement, Bercy en tête, ont critiqué la hausse de l’écotaxe sur les vols aériens, le malus automobile intégrant le poids, la baisse de la TVA sur les billets de train ou encore la régulation de la publicité sur les produits très polluants. La publication du budget 2021 n’a pas rassuré, les ONG dénonçant "des trahisons à l’encontre des 150". Et la sortie du Président sur la 5G et les Amish n’a fait que rajouter de l’huile sur un feu déjà bien attisé.  
Un tableau de bord publié dans les prochains jours  
Fin septembre, les représentants des "150" avaient été reçus par le Premier ministre Jean Castex et la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili qui ont tenté de les rassurer. Mais quelques jours plus tard, l’exécutif lui-même reconnaissait envisager de reporter certaines mesures, en raison de la récession due à la crise du Covid-19. Après avoir été interpellé lundi 12 octobre, le Président a réaffirmé "sa détermination à agir" tout en confirmant que certaines mesures nécessiteraient "des ajustements" et "une temporalité différente".   
"Parfois, pour le même objectif, des solutions différentes peuvent émerger. Cela ne remet en rien en cause votre ambition, ni la mienne" écrit en réponse Emmanuel Macron. "Ce débat est sain et ne doit pas vous effrayer, et encore moins nous conduire à renoncer. Près d’un an après le lancement de votre convention, la crise sanitaire que traverse notre pays n’a en rien affaibli ma volonté d’agir ni celle du gouvernement, car la crise climatique n’a pas disparu", a ajouté le chef de l’Etat.
"C’est ce ‘mais’ qui nous chiffonne un petit peu parce que là où on attendait une réaffirmation d’une grande ambition on a eu un ‘oui mais’, et c’est dommage", a déclaré à l’AFP ce mardi Grégoire Fraty, co-président de l’association des 150. Laurence Tubiana, co-présidente du comité de gouvernance de la CCC, a elle réclamé du "respect" pour ces citoyens, suggérant d’autre part à l’exécutif de proposer un plan B s’il ne veut pas de certaines mesures. Le gouvernement doit publier un tableau de bord dans les prochains jours afin de disposer d’une vision précise de la mise en œuvre des propositions.  
Concepcion Alvarez avec AFP

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