Publié le 15 juillet 2009

ENVIRONNEMENT

Compensation carbone : quelle transparence ?

Pour compenser leurs émissions de CO2, les Français ont désormais l'embarras du choix. La plupart des compagnies aériennes proposent une option de compensation volontaire, et de nombreux organismes spécialisés (CO2 Solidaire, Climat Mundi, Action Carbone, EcoAct, etc...) se sont engagés dans cette voie. Mais la multiplication de ces acteurs ne garantit en rien la transparence du secteur.

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Le marché mondial de la compensation volontaire, destiné aux particuliers, reste encore marginal à côté des mécanismes de compensation réglementés, type marché carbone européen ou mécanismes de développement propres de Kyoto (MDP), destinés aux acteurs économiques. En 2006, il pesait en effet 24 millions de tonnes équivalent CO2 (tCO2), pour une valeur de 91 milliards de dollars, quand les MDP représentaient 475 millions de tCO2 (5,3 milliards de $), et le marché européen 1,1 milliard de tCO2 (24,3 milliards de $ ).
Pourtant, ce type de démarche est de plus en plus plébiscité par le grand public. Un mouvement qui ne laisse pas indifférents de nombreux opérateurs de la compensation, aux motivations biens diverses.

Du calcul des émissions à la validation des projets, les paramètres varient..

Pour un vol aller-retour Paris-New York, Air France évalue les émissions d'un passager à 1,1 tCO2, quand Climat Mundi et CO2 Solidaire les chiffrent à 2,57 tCO2, et Atmosfair, opérateur allemand de référence en Europe, en compte 3,74 tCO2. Alors, qui croire ? Selon Jean-Pierre Moussally, membre du Réseau Action Climat France, « si certains opérateurs français se basent sur la méthode Bilan Carbone de l'Ademe, aucune réglementation ne les y oblige, ce qui permet par exemple à certaines compagnies aériennes de sous-estimer l'impact réel de leurs vols sur le climat. Sans compter que bien souvent, le consommateur n'a aucun moyen de s'assurer de la qualité de la compensation qu'il achète : attention à ne pas acheter de la bonne conscience à bas prix ! » Le WWF a donc mené en novembre 2007 une étude comparative de 15 compensateurs européens. Et sur cette question du calcul des émissions, aucun n'obtient de note supérieure à 3/5. Et bien souvent, la compensation pour l'achat d'un billet d'avion se limite à une somme ajoutée au billet, sans que l'on sache à quoi servira cet argent.

Autres objets de controverse, la vérification et la validation des projets choisis par les opérateurs sont, selon Jean-Pierre Moussally, « ce qu'il y a de plus pervers dans le système de compensation volontaire. » Et pour cause, ce sont les porteurs de projets eux-mêmes qui choisissent les organismes vérificateurs. Ce lien contractuel fait donc souvent grincer les dents de ceux qui réclament la création d'une institution internationale indépendante dédiée à la vérification. Certains opérateurs s'engagent toutefois à faire appel à des bureaux de vérification accrédités par la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). C'est le cas notamment de CO2 Solidaire, programme de compensation crée en 2004 par l'association Énergies Renouvelables, Environnement et Solidarité (Geres), qui préfère le terme de « solidarité climatique » à celui de compensation carbone pour qualifier son activité. Renaud Bettin, responsable du programme, rappelle que l'expérience du Geres (crée en 1976) garantie la fiabilité desdits projets. « D'autant qu'au titre d'ONG, notre but n'est absolument pas lucratif. Pour nous, il s'agit de monter des projets qui certes ont un impact environnemental, mais qui contribuent aussi et surtout à l'amélioration des conditions de vie locales. » Quant à Climat Mundi, la société garantit à ses clients de n'acheter que des crédits carbone délivrés (pour lesquels la réduction d'émissions est déjà avérée), et diffuse sur son site tous les audits réalisés par les organismes de vérification, également accrédités par la CCNUCC. Éric Parent, co-directeur de Climat Mundi, ne néglige pour autant pas les défauts du système, et notamment le manque d'harmonisation des registres de crédits : « bien sûr, la disparité des registres est telle que le risque d'une double vente existe. Mais le monde de la compensation volontaire est petit : tout se sait. Ce risque de doublon est donc assez faible. »

Comment réduire efficacement ces émissions ?

Pour aider le consommateur à y voir plus clair, l'adhésion de l'opérateur à un label international est un plus. Communément admis comme étant le plus performant, le Gold Standard a été crée en 2003, à l'initiative des ONG internationales WWF, SouthSouthNorth et Helio International et garantit la meilleure traçabilité des projets à l'heure actuelle. D'autres se positionnent également comme labels de référence, à l'image du « VCS » créé en 2006, et adopté par la Caisse des dépôts pour la création de son registre de crédits carbone en mars 2009.
Outre les labels, le choix du projet est également primordial. Les projets de reforestation sont par exemple très controversés, au point que Climat Mundi se refuse à en financer. Éric Parent le justifie notamment par la difficulté d'évaluer la quantité de carbone stockée dans une forêt. « Et compenser une tonne de CO2 émise par une voiture pendant un an, par la plantation d'un arbre qui met trente ans à pousser, ce n'est pas très pertinent... Nous préférons choisir des projets de réduction, et non de captation. De toute façon, la meilleure façon de lutter contre le changement climatique est de modifier les pratiques dès le départ. Et planter un arbre n'a jamais changé l'économie.»
Tous insistent en effet sur ce point : le premier objectif à remplir reste celui de la réduction à la source. La compensation doit venir en dernier recours.

Anne Farthouat
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