Publié le 11 septembre 2014

ENVIRONNEMENT

Commission européenne : le nouveau commissaire pour l’Énergie et le Climat suscite la polémique

Dévoilée hier, c’est l’une des principales nouveautés de la nouvelle commission Juncker : les directions Énergie et Climat vont être dirigées par une seule et même personne. Le portefeuille sera tenu par un Espagnol, Miguel Arias Cañete. Une nomination qui passe mal auprès des écologistes, tant les accointances du nouveau commissaire avec l’industrie pétrolière sont fortes. 

L'Espagnol Miguel Arias Canete est proposé comme nouveau commissaire de l'Energie et du Climat
© AFP PHOTO / PEDRO ARMESTRE

"L’Union européenne doit parler d’une seule voix forte, avant la réunion des Nations Unies qui se tiendra à Paris en 2015. Le commissaire chargé de l’action pour le climat et de l’énergie (Miguel Arias Cañete) disposera de tous les instruments nécessaires à cet effet." C’est par ces mots que la Commission européenne justifie, par voie de communiqué, la nomination d’un seul commissaire pour chapeauter les directions générales (DG) de l’Energie et du Climat. Les deux administrations resteront distinctes, tient à préciser la Commission. Le commissaire travaillera sous la coordination de la vice-présidente de l’Union de l’énergie, la Slovène Alenka Bratusĕk, qui sera chargée de réformer et réorganiser la politique énergétique européenne dans le cadre d’une nouvelle Union européenne de l’énergie.

 

Pour la commission, "l’action pour le climat et la politique énergétique se renforcent mutuellement". Deux actions sont présentées comme prioritaires. D’une part, le développement des énergies renouvelables. Celui-ci est décrit comme un moyen de lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi comme une nécessité pour disposer d’une énergie abordable et indépendante à moyen terme. D’autre part, le renforcement de l’efficacité énergétique, que le nouveau président de la commission Jean-Claude Juncker veut voir augmenter de 30% à l'horizon 2030. Cela favorisera "la création d’emplois dans des secteurs clés ainsi que des baisses de coûts pour les consommateurs ; mais aussi le caractère durable de la politique énergétique de l’Union européenne", estime la Commission.

 

La nouvelle organisation permettrait donc de tendre vers l’équilibre parfait si l’on en croit l’équipe Juncker. Un optimisme que ne partagent pas tous les acteurs européens. Il y a une semaine, alors que les rumeurs de fusion des portefeuilles circulaient déjà, plusieurs eurodéputés (Verts mais aussi conservateurs, sociaux-démocrates ou libéraux) avaient exprimé leurs inquiétudes dans une lettre adressée à Jean-Claude Juncker. S’ils reconnaissaient bien le lien entre les deux sujets et la nécessité d’une coordination étroite entre les deux directions, ils y soulignaient aussi qu’un seul portefeuille pour l’Energie et le Climat affaiblirait le rôle de l’UE dans les négociations internationales sur le climat. Et que les différends pouvant éclater autour de la question des forages pétroliers, par exemple, seraient sans doute plus judicieusement tranchés entre commissaires plutôt "qu’à huis clos derrière les murs d’une direction générale".

 

Un choix qui dessert la transparence

 

Mais c’est surtout la personne du commissaire Miguel Arias Cañete qui a suscité la polémique. Sous son mandat, l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’Environnement du gouvernement Rajoy (depuis 2011), n’avait pas convaincu la société civile espagnole sur la question des énergies renouvelables. La présidente de la délégation socialiste au Parlement européen ne mâche pas ses mots : "cela semble être une plaisanterie de mauvais goût que le candidat d’un parti négationniste quant au changement climatique, et d’un gouvernement qui a été averti par la Commission européenne pour ses coupes budgétaires en matière d’énergies renouvelables, soit celui qui va prendre en main ce portefeuille".
Ses propos ouvertement sexistes n’ont pas arrangé sa réputation. Encore moins sa déclaration de conflits d’intérêts  qui mentionne des parts dans … des sociétés pétrolières !
"Miguel Cañete a une longue carrière politique, mais aussi une longue liste de liens avec le secteur privé derrière lui. Pour un tel poste, qui doit en plus être la cible de lobbies, il est outrageant de nommer un ancien président d’une entreprise pétrolière (une filiale de Mercantil Petrolífera Ducar, NDLR)", s’exaspère Corporate Europe Observatory, une organisation non gouvernementale qui suit de près les questions de transparence à Bruxelles.

 

Une nouvelle organisation sous haute surveillance

 


"Ce n’est pas le meilleur signal que l’on pouvait attendre, reconnaît Célia Gautier, chargée des politiques européennes pour le Réseau Action Climat France. Mais le jeu d’acteurs est bouleversé par cette nouvelle commission. Il faudra voir comment s’articulent les rôles et les personnalités du commissaire et de la vice-présidente chargée de l’Union de l’énergie et le rapport de force qui s’opérera entre les deux directions générales, analyse-t-elle. D’un côté, on perd un commissaire pro climat (Connie Hedeegaard, NDLR), d’un autre, on peut envisager que la question climatique se diffuse plus largement dans tous les portefeuilles… »
 
Les auditions des commissaires devant les commissions parlementaires, prévues entre fin septembre et début octobre, sont donc attendues avec impatience. L’approbation des députés est en effet indispensable à la mise en place de la nouvelle commission.
 
Les nouveaux commissaires seront de toute façon mis rapidement à l’épreuve du terrain. Le paquet Energie Climat, qui doit fixer les ambitions de l’UE en la matière, sera sur la table du Conseil européen des 23 et 24 octobre. Si le texte élaboré par l’ancienne commission est adopté, il faudra alors que la nouvelle équipe prépare le document législatif qui sera examiné au Parlement. Au niveau international, la position de la Commission lors du sommet climatique de Ban Ki-Moon le 23 septembre, puis lors de la Conférence onusienne sur le climat de Lima en décembre (COP20), devrait aussi donner des indications sur les effets de cette nouvelle organisation.

Béatrice Héraud
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