Publié le 23 avril 2007

ENVIRONNEMENT

Climat : un pas en avant, trois pas en arrière en Allemagne ?

Pour atteindre l'objectif européen de réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2) d'au moins 20% d'ici 2020, l'Allemagne, premier émetteur européen et sixième mondial, doit réduire ses émissions de 40%. Or, le gouvernement prévoit la construction de plus d'une vingtaine de centrales électriques au charbon. Ce choix risque d'anéantir tous les efforts déployés jusqu'à présent pour contenir l'augmentation de CO2.

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Selon des chiffres publiés par l'organisation environnementale Bund, les centrales au charbon fournissent plus de 45% de l'électricité en Allemagne. Ces proportions font d'elles les principaux fournisseurs d'énergie du pays. Les énergies renouvelables ont, dans le même temps, fourni 73,2 milliards de Kwh en 2006, soit 15% de plus que l'année précédente, selon des chiffres du Verband der Elektrizitätswirtschaft (VDEW). Cela signifie que la part des nouvelles énergies représente 12% de la production totale d'électricité et qu'elle est en hausse de 2% par rapport à 2006.
Ces chiffres en croissance ne rassurent pas les ONG, qui s'inquiètent des projets du gouvernement de construire au moins 26 nouvelles centrales au charbon. La Deutsche Umwelthilfe (DUH) a calculé que si ces centrales devaient effectivement voir le jour, elles émettront 150 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an.

Le groupe Alstom est en train de construire la plus grande centrale de lignite au monde à Neurath, dans l'ouest de l'Allemagne, pour le compte de RWE, une des quatre oligopoles énergétiques. Dans un communiqué, l'industriel français indique que « la centrale de Neurath utilisera une technologie permettant d'obtenir un rendement énergétique élevé et une réduction substantielle des émissions de gaz carbonique par kWh produit, comparée à celles des centrales au lignite existantes ». Ce que conteste l'ONG environnementale Germanwatch, spécialisée dans les questions du réchauffement climatique. Elle estime que la nouvelle centrale devrait émettre 1800 tonnes de dioxyde de carbone par heure, soit 30 millions de tonnes par an. Cela correspond aux émissions annuelles de la Norvège...

La mise en construction de la nouvelle centrale de Neurath ne laisse présager rien de bon pour les futures centrales, encore à l'état de projets aujourd'hui. Les ONG se mobilisent toujours plus, craignant qu'elles n'anéantissent les efforts déployés. L'ONG Urgewald a ainsi réalisé une étude qui argumente contre le bilan annuel officiel de RWE, publié à l'occasion de la présentation annuelle de ses chiffres. « RWE fait régulièrement l'objet de critiques en raison de sa position sur l'énergie atomique, le réchauffement climatique, ou sa politique de prix. Aussi avons-nous décidé pour la première fois de dresser un bilan approfondi sur le groupe et de rassembler l'ensemble des points critiques dans un contre bilan » explique Heffa Schücking, à la tête de l'ONG. Elle ajoute que c'est RWE qui émet le plus de gaz à effet de serre (GES) en Europe, alors qu'il n'est que le troisième producteur d'énergie. Chez RWE, on fait remarquer que la construction d'une nouvelle centrale entraîne nécessairement des besoins en charbon plus élevés.

La faute au PNAQ

Les ONG environnementales déplorent l'allocation excessive des quotas de CO2 au profit de l'industrie du charbon - et aux dépends notamment de l'industrie du gaz (qui fournit 11,6% de l'électricité en Allemagne). « Lorsqu'un investisseur se décide pour une centrale au lignite parce qu'elle bénéficie de quotas de CO2 multipliés par 2, on ne peut que relever le manque de motivation pour choisir un combustible moins polluant » déplore Bärbel Höhn, du groupe parlementaire Bündnis90/Die Grüne, dans une interview au quotidien Frankfurter Rundschau.

Le plan d'allocation des quotas de gaz à effet de serre (PNAQ), qui définit les crédits alloués aux différents secteurs industriels, a fait récemment l'objet de critiques pour son manque de transparence, notamment. « Les consortiums des nouvelles centrales au charbon qui doivent opérer d'ici 2010/2012 obtiennent des certificats d'emission d'une valeur globale de 4,2 milliards d'euros. Pour une centrale fonctionnant au gaz, le fournisseur obtiendrait des certificats d'une valeur de 1,98 milliard d'euros. Cela signifie que les fournisseurs d'énergie, s'ils choisissent de construire une centrale au charbon au lieu d'une centrale au gaz, auront un bénéfice supplémentaire pouvant aller jusqu'à 2,3 milliards d'euros» relève encore l'organisation Bund.

A la question de savoir pourquoi le gouvernement allemand choisit de soutenir l'énergie au charbon, via le PNAQ, l'hebdomadaire Der Spiegel avance l'argument de l'emploi : la construction de nouvelles centrales s'avère être un gigantesque programme permettant de respecter le retrait graduel du nucléaire, signé par le gouvernement précédent...mais remis en question par l'actuelle coalition. Paramètres valables jusqu'à ce qu'une nouvelle majorité politique arrive pour changer la donne.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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