Publié le 06 mars 2007

ENVIRONNEMENT

Climat : les banques françaises n'ont pas la moyenne

Avec le rapport Banques françaises, banques fossiles ?, Les Amis de la Terre dénoncent une fois encore le retard du monde bancaire sur les risques climatiques. Elle évalue les émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre des dix principales banques françaises. Le résultat n'étant pas brillant, l'ONG propose un guide à destination du grand public pour inciter les clients à choisir leur banque sur des critères environnementaux.

107214_GF.jpg

Classement des Banques par les Amis de la Terre

Crédit Coopératif : 4,5/10
Dexia :
4,3/10
Banque Populaire : 3,7/10
HSBC :
2,8/10
Caisses d'Epargne : 2,1/10
Crédit Agricole : 2/10
BNP Paribas :
2/10
Société Générale : 1,3/10
Crédit Mutuel :
0,5/10
La Banque Postale
Non évaluée, trop récente pour disposer de données suffisantes.

L'ONG « Les Amis de la Terre » a choisi non seulement d'évaluer la responsabilité des banques en matière de changement climatique à l'aune de leurs émissions directes de GES mais aussi et surtout indirectes, c'est-à-dire générées par les activités qu'elles financent. "Les émissions indirectes totales des banques françaises représentent 3,2 fois les émissions totales de la France" conclue le rapport qui s'est appuyé, pour ce calcul,
sur l'estimation de l'actif bancaire mondial (65 070 milliards d'euros) et français (4389 milliards d'euros en 2004) qu'il a comparé aux émissions globales de CO2 et au volume d'activité mondiale financée par les banques commerciales.
Après avoir analysé différentes sources d'informations et notamment les réponses des banques à un questionnaire établipar ses soins, l'ONG a noté les dix principales banques françaises (voir encadré) selon trois enjeux : politique globale de lutte contre le changement climatique (10% de la note), financements et investissements dans le secteur énergétique (80% de la note) et impacts climatiques et énergétiques directs (10% de la note). Les trois premières du classement sont le Crédit Coopératif, Dexia et Banque populaire avec respectivement 4,5/10, 4,3/10 et 3,7/10 ce qui signifie qu'aucune n'obtient la moyenne. "Le premier résultat de ce rapport c'est que les banques françaises n'ont aucune politique énergétique globale," fait remarquer Sebastien Godinot, responsable Finance aux Amis de la terre. Si aujourd'hui toutes les banques s'engagent sur leur responsabilité environnementale, aucune ne s'engage explicitement sur sa responsabilité indirecte. "Cela supposerait qu'elles calculent les émissions de GES de leur portefeuille de financement or, à ce jour, aucune n'a entrepris ce type de démarche. Comment une banque pourrait-elle mener une politique énergétique globale sans connaître l'ampleur des impacts de ses financements ?" explique-t-il.

Des efforts très disparates

Néanmoins, en un an, les offres de prêts aux particuliers pour la rénovation de l'habitat se sont développées et vont, de toute façon, être stimulées par la mise en place du livret de développement durable. Pour Sebastien Godinot, ce type de produits et de démarches vont se développer : "Les industriels ont des quotas et les banques qui les financent font encore ce qu'elles veulent. Vu les engagements de l'Union Européenne dans la réduction des émissions de GES et l'engagement français de réduire par 4 ses émissions d'ici 2050, il n'y a aucune raison que l'Etat ne se serve pas de la force du réseau bancaire pour y parvenir." Par ailleurs le rapport qui rappelle que les émissions directes de GES du secteur bancaire restent faibles, note que les banques semblent avancer peu à peu sur la prise en compte de ce problème et font preuve d'un peu plus de transparence quant à leurs impacts.

HSBC France pourtant saluée pour la politique sectorielle qu'elle met en place face au financement du secteur des énergies fossiles et des grands barrages, est handicapée par son manque de transparence. "Il est décevant d'entendre une banque arguer d'un prétexte légal pour ne pas fournir d'informations précises sur son portefeuille de financement quand une autre le fait. Le secteur bancaire reste confidentiel par principe, nombre de banques n'ont pas encore mesuré que leurs clients exigent aujourd'hui des preuves de leurs engagements," souligne Sebastien Godinot.

Les Amis de la Terre mette l'accent sur le financement du secteur énergétique par les banques et compare le financement accordé aux énergies "controversées", selon elle, à celui dont bénéficie les énergies renouvelables, à condition que les banques aient fourni ces données. Ainsi le bon classement de Dexia s'explique notamment par le fait que le financement des énergies renouvelables représente 31% de son portefeuille contre 3,1% pour le Crédit Agricole.
Les stratégies des banques sont tout aussi diverses Le Crédit Agricole finance, à hauteur de 18% de son portefeuille,le secteur des énergies fossiles alors que cela ne représente que 1,2% pour celui d'HSBC et 0% pour le Crédit coopératif. "Ces écarts témoignent du fait que les banques ne suivent pas toutes le marché de la même manière et qu'une banque peut être rentable sans financer les énergies fossiles. Ces décisions dépendent de choix stratégiques," remarque Sebastien Godinot.
Pour lui, il faut un changement mondial dans les choix d'investissement : "Financer les énergies fossiles est désastreux pour l'environnement local et global. On ne peut continuer à financer des secteurs qui ne sont pas compatibles avec le développement durable, notamment dans les zones protégées et les zones de conflit."

Un guide à destination du grand public

Face à la communication des banques sur leur engagement en faveur du développement durable, l'ONG rappelle que nombre d'entre elles et particulièrement les trois principaux groupes français (Crédit Agricole, BNP Paribas et Société Générale) financent des projets énergétiques très controversés comme l'oléoduc BTC en mer caspienne dans lequel on retrouve Banque Populaire, BNP-Paribas, Crédit Agricole, Dexia et Société Générale. C'est pourquoi, parallèlement à son rapport, l'ONG publie le guide "Environnement, comment choisir ma banque" qui classe les banques selon leur politique de respect pour l'environnement, précise leurs choix de financements et quelles offres spécifiques elles ont mis en œuvre en faveur du développement durable. Déborah Lambert-Perez qui a co-rédigé le rapport précise : "Nous diffuserons largement le guide et demandons aux clients-citoyens soit de faire pression pour que leur banque s'améliore, soit de la quitter pour une banque plus écologique."

Christophe Brunella
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Avec l explosion du CO2 les plantes vont atteindre un point de rupture

[Science] Les plantes absorbent 30 % du CO2 mondial mais cela pourrait ne plus durer

Et si les plantes atteignaient un point de rupture ? Jusqu'ici, grâce à la photosynthèse, les plantes ont réussi à adapter leur absorption du CO2 à l'explosion des émissions de ces dernières décennies. Mais les scientifiques doutent de leur capacité si l'augmentation continue à ce rythme. Et ce...

Capture d ecran 33e journee de ligue 1 LFP

Kylian Mbappé, Dimitri Payet et Nabil Fekir appelés à devenir les ballons d'or de l’environnement

La Ligue de football professionnel et le WWF France viennent de signer un partenariat d’un an pour promouvoir la protection de l’environnement au sein des clubs et des stades. L’ONG mise sur le sport préféré des Français pour porter son message et sensibiliser le plus largement possible à l’urgence...

Greve mondiale climat 15 mars paris marina fabre

Climat : "tous en grève le 24 mai pour exiger notre droit à un futur"

Les jeunes du monde entier sont appelés à troquer leurs cahiers contre des banderoles ce vendredi 24 mai, à l'occasion de la deuxième journée de grève mondiale pour le climat organisée dans 120 pays. À quelques jours du scrutin européen, cette nouvelle mobilisation entend alerter les électeurs sur...

Edouard philippe francois de rugy elysee

Le gouvernement renonce au projet minier Montagne d’Or en Guyane

C’est l’une des décisions prises par le tout nouveau Conseil de Défense écologique qui a tenu sa première réunion ce jeudi 23 mai en présence de 13 ministres et du Président de la République. L’exécutif a jugé le projet de mine Montagne d’or, en Guyane, incompatible avec les exigences...