Publié le 30 septembre 2013

ENVIRONNEMENT

Climat : le GIEC tire la sonnette d'alarme

Le groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat a rendu vendredi 27 septembre la première partie de son rapport, consacrée aux bases scientifiques. Les résultats confirment l'urgence de la situation : les changements climatiques sont déjà en marche et vont s'aggraver dans les décennies à venir.

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Le rôle des entreprises

Dès aujourd'hui, il faut savoir que 10% des plus grandes entreprises cotées du monde sont responsables de 73% des 3 600 milliards de tonnes métriques d'émissions de gaz à effet de serre du CDP Global 500 (les plus grosses capitalisations boursières mondiales), selon le rapport 2013 du Carbon disclosure project. Ces entreprises les plus émettrices opèrent dans les secteurs de l'énergie, des matériaux et des services aux collectivités. Leurs émissions ont augmenté de 1,65% au cours des 4 dernières années, soit l'équivalent de plus de 8,5 millions de camions de plus sur les routes ou l'approvisionnement en électricité de 6 millions de ménages pendant un an. Le rapport montre aussi que ce sont les entreprises qui s'engagent le plus fortement dans la réduction de leur empreinte environnementale qui génèrent les meilleurs résultats financiers et environnementaux.

« Ceci est une fois de plus un signal d'alarme : ceux qui refusent de croire la science ou préfèrent les excuses plutôt que l'action jouent avec le feu. » Ces mots sont ceux de John Kerry, le Secrétaire d'Etat américain, après la lecture du résumé pour les décideurs publié le vendredi 27 septembre par les experts du groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, connu sous l'acronyme GIEC. En France, Laurent Fabius - le ministre des Affaires étrangères-, Philippe Martin - le ministre de l'Ecologie- et Pascal Canfin- ministre délégué en charge du Développement-, se fendent d'un communiqué commun pour assurer que « La France est mobilisée pour construire un pacte mondial sur le climat en 2015 qui engagera toutes les parties prenantes sur une limitation des émissions de gaz à effet de serre afin de contenir l'évolution des températures en deçà de 2°C à l'horizon 2100. »

« L'influence de l'homme sur le système climatique est clair »

Les paroles des politiques seront-elles suivies d'effet ? C'est en tout cas l'objectif ultime des 259 scientifiques du GIEC. Après avoir épluché pendant des mois plus de 9 000 publications scientifiques et près de 55 000 commentaires, ils se sont réunis à Stockholm pendant 4 jours et deux nuits pour élaborer un résumé « aussi clair, précis et compréhensible que possible » de la première partie du rapport destiné à être finalisée fin 2014. Celle-ci concerne les bases scientifiques du changement climatique (CC). Il sera suivi de deux autres parties : l'un concernant les impacts et la vulnérabilité au CC (mars 2014), l'autre traitant des stratégies d'atténuation et d'adaptation (avril 2014). Le rapport final est prévu pour octobre 2014.

Ce premier volet confirme surtout ce que le GIEC prédit et assène depuis sa création. Le réchauffement climatique est « sans équivoque » :« chacune des trois dernières décennies a successivement été plus chaude à la surface de la terre que toutes les décennies précédentes depuis 1850 ». Les raisons sont connues : « L'influence de l'homme sur le système climatique est claire (...) L'influence humaine a été détectée dans le réchauffement de l'atmosphère et des océans, les changements dans le cycle de l'eau, la diminution de la quantité de neige et de glace, l'augmentation du niveau moyen de la mer, et dans les changements de certains phénomènes météorologiques extrêmes. », ont écrit les scientifiques du Groupe 1. « Le réchauffement observé depuis 1950 est au moins explicable pour moitié par l'activité humaine », précise Serge Planton, ingénieur Météo-France et chercheur au Centre national de recherche météorologique. Cependant, depuis le dernier rapport, les modèles de scénarios ont été complètement revus. Et le président du GIEC, Rajendra Pauchauri, tient à préciser que « près des 2/3 des publications étudiées datent d'après 2007 et plus de 60 % des auteurs sont nouveaux ». Une façon de répondre aux critiques adressées depuis quelques années aux méthodes utilisées par le groupe d'experts qui a dû opérer de gros changements dans son mode de fonctionnement (Voir l'interview d'Hervé Le Treut ).

Une compréhension plus globale du système climatique

La fourchette de la hausse probable des températures est certes revue à la baisse par rapport à 2007 mais elle reste trop élevée, de l'ordre de 0,3°C à 4,8°C entre 2081 et 2100 par rapport à la période 1986-2005. Seulement, un seul des 4 scénarios de développement, celui qui demande une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre mais aussi le plus improbable, pourrait amener à circonscrire la hausse à la limite du seuil fatidique des 2°C (là où l'emballement des températures deviendrait incontrôlable). Pour le reste, l'amélioration des connaissances scientifiques a permis d'affiner les connaissances sur les autres composantes du système climatique, sur la montée des eaux, les précipitations et évènements extrêmes, la fonte des glaces ou encore l'importance du rôle des océans. Là encore, les résultats n'incitent guère à l'optimisme. « La tendance à la réduction de la banquise arctique est très marquée et le niveau des océans monte désormais de 3,2 mm par an », annonce Serge Planton. Et cela devrait s'aggraver : les prédictions les plus pessimistes parlent de 98 cm d'élévation moyenne dans la période de 2081-2100 (26 cm pour la fourchette basse). Quant à la banquise arctique, elle pourrait avoir disparu au milieu du siècle et son alter ego du sud pourrait subir le même sort, dans les scénarios les plus noirs. Toutes les régions du monde ne seront pas soumises aux mêmes aléas climatiques, précise le GIEC. Celui-ci cherche d'ailleurs à augmenter encore la précision de ces modèles locaux.

Une réponse aux climato-sceptiques

Dans son premier volet, le GIEC n'a pas non plus omis de répondre aux attaques des climato-sceptiques, qui à l'approche de la parution de la publication, ont redoublées de vigueur. L'un des faits les plus débattus de ces derniers mois, le « plateau » ou la pause de la hausse des températures depuis le début des années 2000, a donc été traité par les scientifiques, à la demande aussi des gouvernements. « Ce plateau s'explique par le fait que le climat ne se réchauffe pas de manière continue. L'évolution climatique est une fluctuation autour des grandes tendances. L'exemple le plus parlant est peut-être le froid du mois de juin de cette année 2013, qui a battu des records et la chaleur du mois de juillet, qui a aussi battu des records », explique Christophe Cassou, chargé de recherche CNRS au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique.

Les techniques

Pour la première fois, le résumé du GIEC destiné aux décideurs aborde -dans un petit paragraphe- un point très controversé : celui de la géo-ingénieurie, soit la manipulation du climat par des techniques comme la gestion des radiations solaires ou la séquestration du carbone par exemple. Les scientifiques du GIEC en pointent essentiellement les limites. Mais aussi les risques de modification du cycle de l'eau. Ces méthodes sont porteuses « d'effets secondaires et des conséquences de long terme sur une échelle globale », prévient ainsi le GIEC.

Conséquences économiques

Ce premier volet n'aborde que la partie scientifique du changement climatique. Mais une étude parue dans Nature climate change (août 2013) a calculé ce que ce bouleversement coûterait aux 136 plus grandes villes côtières du monde. Résultat : si rien n'est fait, les seules inondations pourraient engendrer plus de 1000 milliards de dollars chaque année. Peu de temps avant la publication du rapport du GIEC, l'ancien chef économiste de la Banque mondiale, Lord Nicholas Stern, a également annoncé le lancement d'un projet sur « la nouvelle économie du climat » par la Global Commission on the Economy and Climate. Celui-ci va réunir un panel des plus grands experts économiques mondiaux pour plancher sur les possibilités de concilier de bonnes performances économiques et une bonne politique climatique. Les résultats, qui doivent permettre d'alimenter le débat et d'éclairer les gouvernements, investisseurs et acteurs économiques, sont attendus en septembre 2014.

(1) En 2007, la fourchette était de +1 °C à + 6,4 °C.

Pour la version française du rapport lire ici.

Béatrice Héraud
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