Alors que les incendies ravagent toujours une partie des forêts canadiennes, la Sibérie, cette région du nord-est de la Russie, suffoque quant à elle sous des chaleurs inédites. Début juin, le mercure a dépassé plusieurs fois les 40°C. Une mauvaise nouvelle pour la planète, mais une aubaine pour la Russie.

"L’histoire climatique mondiale écrit une nouvelle page incroyable aujourd’hui avec une vague de chaleur extrême en Sibérie", écrivait le climatologue Maximiliano Herrera, le 3 juin dernier. Sur Twitter, ce dernier suit les records de température sur la planète, via le compte "Extreme Temperature Around The World".


Quatre jours après ce premier message, il relevait 38,5°C à Alejskaja, 40,1°C à Kljuci, 39,5°C à Rubcovsk, et 39°C à Volchiha. Des températures anormalement élevées dans cette région censée être l’une des plus froides du globe.

"Un phénomène exceptionnel"


Interrogé par CNN, le climatologue Maximiliano Herrera a confié qu’il s’agissait "d’un phénomène exceptionnel". Ajoutant que c’était "la pire vague de chaleur de l’histoire de la région" depuis le début des relevés il y a 50 et 70 ans. Et il n’est pas le seul scientifique à se montrer pessimiste. Le chef des services de surveillance du climat et de l’élaboration des politiques de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Omar Baddour, a expliqué sur CNN également que "la Sibérie est l’une des régions de la planète qui se réchauffe le plus rapidement avec des températures extrêmes de plus en plus intenses".
Ce n’est pas la première fois que la région est frappée par de fortes chaleurs. En juin 2020, un pic de température avait été enregistré dans la ville de Verkhoïansk, près du cercle polaire. Il y faisait 38°C, contre 20°C habituellement enregistrés. Cette canicule exceptionnelle a été attribuée par la suite, et ce "de façon très nette" au changement climatique, par les scientifiques du réseau "World Weather Attribution". Ces derniers avaient expliqué que "ces événements de chaleur record auraient été presque impossibles dans un climat non réchauffé".

La dangereuse fonte du pergélisol


Les scientifiques s’interrogent aujourd’hui sur les conséquences de ces pics de chaleur. Outre les méga-feux, l’une des craintes associées au réchauffement climatique, en particulier dans ces régions arctiques, concerne la fonte du pergélisol (ou permafrost en anglais). Il s’agit d’une véritable bombe à retardement climatique, car lorsque le pergélisol, habituellement gelé, fond, l’activité microbienne présente depuis des dizaines de milliers d’années en son sein augmente, fermente et relâche des quantités importantes de méthane et de CO2, deux gaz à effet de serre qui augmentent à leur tour le réchauffement climatique.
Les chercheurs estiment aujourd’hui que 1 500 milliards de tonnes sont ainsi stockées dans ces sols gelés, soit deux fois plus que dans l’atmosphère, et cinq fois plus que ce qui a été déjà émis par l’humain depuis le début de l’ère industrielle.
Avec ces pics de chaleur inhabituelle, mais de plus en plus répétés, la banquise disparaît peu à peu. Dans une étude récente, publiée dans la revue Nature Communications, des scientifiques ont expliqué que l’Arctique pourrait être privé de glace de mer en été dès les années 2030, soit 10 ans plus tôt que les projections du Giec.

Une aubaine économique ?


Cette mauvaise nouvelle pour la planète ne l’est pas forcément pour la Russie et son économie maritime. En effet, de nouvelles routes commerciales ont vu le jour, grâce ou à cause, du réchauffement climatique, facilitant ainsi la navigation entre l’Asie et l’Europe. Cette nouvelle route du nord, ouverte habituellement de juillet à octobre, est désormais accessible avec un mois d’avance. Le média Mer et Marine a annoncé le 8 juin dernier "le premier voyage d’un méthanier sur la partie orientale de la route maritime du nord".


Longeant les côtes russes au niveau de la Sibérie, cette route permet de rejoindre le port coréen de Pusan à celui de Rotterdam au Pays-Bas, en l’espace de 15 jours contre 40 jours par le canal de Suez. Toutefois, les bateaux traversant cette route doivent être accompagnés de navires brise-glaces et certifiés de classe polaire. Au sol, il faut ajouter que le réchauffement climatique et la fonte du pergélisol rendent peu à peu accessibles de nouveaux gisements d’hydrocarbures, que convoitent d’ores et déjà la Russie et les grands groupes pétroliers et gaziers du monde.
Blandine Garot

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes