Publié le 02 octobre 2015

ENVIRONNEMENT

Climat : l’Inde mise sur les renouvelables pour réduire son intensité carbone

Troisième pollueur mondial, l’Inde a enfin rendu sa contribution climatique (INDC). Le pays s’engage à réduire l’intensité énergétique de son PIB, essentiellement par le biais des énergies renouvelables.

Inde construction d un parc solaire à Bhadla dans l état indien du Rajasthan août 2015. MONEY SHARMA AFP
Construction d'un parc solaire à Bhadla dans l'Etat indien du Rajasthan, en août 2015.
Money Sharma / AFP

L’Inde était le dernier gros pays émetteur à ne pas avoir dévoilé sa contribution à l’effort climatique (INDC). Il a rectifié le tir hier soir, le 1er octobre, avec une volumineuse contribution de 38 pages.

"C'est un énorme pas pour l'Inde" avec "un objectif très ambitieux", a assuré le ministre de l'Environnement Prakash Javadekar lors d'une conférence de presse rapportée par l’AFP.  

Comme l’on s’y attendait, l’Inde ne s’engage pourtant pas sur un objectif absolu de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle vise plutôt une réduction de l’intensité carbone de son PIB, de 35% d'ici 2030 par rapport au niveau de 2005. Cela passera notamment par la décarbonisation de son énergie : la part des sources d’énergies propres devrait ainsi s’établir à hauteur de 40 % de sa production d’électricité d’ici 2030.

Pour cela, l’Inde compte notamment sur les "transferts de technologie" et un "financement international à bas coût", le soutien du Nord donc. En janvier, l’Inde avait d’ailleurs conclu un accord avec les Etats-Unis portant sur une coopération renforcée sur les énergies renouvelables, à travers le soutien financier et technologique des Américains.

Selon la Fondation Nicolas Hulot, au final, il faut s'attendre à une multiplication par 2,5 des émissions de gaz à effet de serre de l'inde (hors puits de carbone)

 

L'Inde mise aussi sur le nucléaire et le charbon "propre"

 

Pour atteindre son objectif, le développement massif des énergies renouvelables sera indispensable. Aujourd’hui, elles représentent moins de 13 % de la production totale (36 GW) mais elles ont été multipliées par 6 depuis 2002. L’Inde doit encore mettre les bouchées doubles pour espérer atteindre son objectif de 175 GW de capacité de production d'ici 2030. Elle doit aussi sérieusement réduire sa dépendance au charbon qui compte pour 61 % de ses capacités installées.  

Dans sa contribution, en plus du solaire et de l’hydroélectricité, l’Inde met ainsi en avant le nucléaire et le charbon "propre". Un point qui fait tiquer Greenpeace : "L'engagement persistant de l'Inde à vouloir développer sa production d'électricité par le charbon est déroutante. Le développement des centrales au charbon va freiner les perspectives de développement de l'Inde", estime ainsi un responsable de l’ONG Pujarini Sen.  

Autre mesure mise en avant dans la contribution : les puits de carbone naturel que constituent les forêts. L’Inde mise sur une reforestation permettant de créer un puits de carbone additionnel de 2,5 à 3 milliards de tonnes équivalent CO2. Là encore Greenpeace avertit : si l’objectif est "admirable", il n’en reste pas moins que le gouvernement doit d’abord s’assurer de la non déforestation et de la régénération des forêts existantes en reconnaissant l’importance cruciale des forêts primaires et en évitant les plantations en monoculture ou les mines de charbon, ce qui n’est pas encore gagné.  

Selon la Fondation Nicolas Hulot, au final, il faut s'attendre à une multiplication par 2,5 des émissions de gaz à effet de serre de l'Inde (hors puits de carbone).

 

Assurer un développement propre à un pays dont 24 % de la population est privée d’électricité

 

Si la contribution de l’Inde était tant attendue par la communauté internationale c’est que le pays est le troisième émetteur mondial en volume (2,4 milliards de tonnes de CO2 émises en 2013). Même s’il émet 10 fois moins d’émissions de gaz à effet de serre par habitant que les Etats Unis (1,7 tonne/an contre 17) et quatre fois moins que la Chine. Une dichotomie que l’Inde n’hésite jamais à rappeler lors des négociations climatiques, où elle occupe une place centrale comme voix des pays en développement.

Mais le pays croît extrêmement vite, à tous les niveaux. Son PIB augmente de 7 à 8 % par an. Et sa population, qui compte près d’1,3 milliard d’habitants (17,5 % de la population mondiale), doit augmenter de 500 millions de personnes d’ici 2050. Résultat : entre 1990 et 2012, les émissions de GES du pays-continent ont augmenté de  67 %. Autant dire que le défi est immense.

D’autant que l’Inde est encore un pays très inégalitaire, notamment en ce qui concerne l’énergie. Comme elle le rappelle dans son INDC, 30 % de sa population vit dans la pauvreté et 24 % (304 millions de personnes) n’a toujours pas accès à l’électricité.

Pour le pays, pas question donc de sacrifier le développement économique à la lutte contre le changement climatique. Mais les deux iront forcément de pair, comme on le constate dans l’INDC. Car le gouvernement évalue les pertes liées au changement climatique à 1,8 % de son PIB annuel jusqu’en 2050.

Déjà fortement touché par le changement climatique, l’Inde estime qu’il lui faudra 1 000 milliards de dollars pour s’adapter à ses conséquences et 1 500 de plus pour atténuer son impact sur le réchauffement planétaire.

Béatrice Héraud
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