Publié le 09 avril 2015

ENVIRONNEMENT

Climat : en amont de la COP 21, des pays en développement publient aussi leur contribution nationale

Si les contributions nationales de lutte contre le changement climatique des États-Unis, de l’Europe ou de la Russie ont été largement relayées par les medias, d’autres, comme celles du Mexique et du Gabon, n’ont pas eu les mêmes faveurs. Elles ont pourtant leur importance car elles proviennent de pays en développement, des pays qui n’étaient jusque-là (avec le système du protocole de Kyoto) pas concernés par la prise d’engagement en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Décryptage.

Enrique Pena Nieto, le Président du Mexique, prononçant un discours aux Nations Unies le 23 septembre 2014 à l'occasion du climate summit.
Thimothy. A Clary / AFP

En termes d’émissions de gaz à effet de serre, les contributions nationales de lutte contre le changement climatique (INDC dans le langage onusien) du Mexique ou du Gabon ne pèsent certes pas beaucoup : moins de 2% des émissions globales. Mais la symbolique est forte. Car l’initiative de ces deux pays montre l’implication des pays en développement dans la lutte contre le changement climatique. Un revirement par rapport au système établi par le protocole de Kyoto où seuls les pays développés étaient mis à contribution.

 

L’impulsion mexicaine

 

Premier pays en développement à avoir publié sa contribution, le Mexique, qui compte pour 1,5% des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales mais se situe en 10ème place des émetteurs mondiaux de CO2 d’origine énergétique, a montré la voie et envoyé un signal d’ampleur au reste du monde.

Le pays s’engage à réduire de 22% ses émissions d’ici 2030 par rapport au scénario de référence de l’année 2013. Une contribution qui pourrait être revue à la hausse (-36%) dans le cas où l'accord prévoirait des aides financières, des transferts technologiques ou un prix international du carbone suffisamment importants pour répondre aux enjeux du changement climatique.

Certes, "lLa contribution manque de détails sur les mesures qui vont permettre au Mexique d’atteindre ces objectifs, mais il reste plusieurs mois pour l’amender et obtenir plus de précisions. Elle présente aussi des mesures d’adaptation plus détaillées, ce qui est intéressant pour un pays qui sera fortement impacté par le changement climatique", souligne Céline Ramstein, chef de projet COP21 à l’IDDRI. D’autant que ces engagements s’appuient sur une législation nationale sur le climat, entrée en vigueur en octobre 2014.

Ils s’inscrivent aussi dans la lignée d’une attitude pro-active du Mexique en la matière. En 2014, l’ancien président Mexicain, Felipe Calderon, s’est ainsi illustré par la publication d’un rapport décapant, intitulé "Better climate, better economy", co-rédigé avec l’économiste Nicholas Stern. Son  message principal : "La lutte contre le changement climatique et la croissance économique peuvent aller de pair".

Le Mexique s’est aussi distingué lors de la dernière conférence climatique à Lima, au Pérou. Il avait notamment milité en faveur d’une contribution, notamment financière, des pays en capacité de le faire. "Une position courageuse, ouvrant une brèche dans la division Nord/Sud qui continue de régner dans les négociations climatiques", précise l’experte de l’IDDRI. D’autant que le pays a tout de suite mis en pratique son discours en s’inscrivant comme l’un des rares pays donateurs du fonds vert, à hauteur de 10 millions de dollars. Surtout, "cette contribution montre aux autres pays que c’est possible", insiste Céline Ramstein.

 

La surprise gabonaise

 

Premier pays africain à afficher ses engagements climatiques, le Gabon a surpris tout le monde en publiant sa contribution le 31 mars. Celle-ci fixe un objectif de limitation de la croissance des émissions de gaz à effet de serre pour 2025 par rapport à leur niveau de 2010, ce qui revient à réduire d’au moins 50% ses émissions par rapport à l’évolution prévue en cas de politique inchangée. Une contribution qui devrait être enrichie d’ici la COP21 de décembre.

Le document est présenté par le gouvernement gabonais comme "une synthèse des ambitions et des politiques publiques du Gabon, qui au moment d’opérer un tournant dans son développement, fait le choix de s’engager  résolument dans un développement durable, basé sur des émissions de GES maîtrisé".

Parmi les principales mesures prises pour les maîtriser : la protection de la forêt, qui couvre 88% du pays et lui fait jouer un rôle de "puits de carbone" mais aussi la réduction du torchage (une technique fortement émettrice utilisée par l’industrie pétrolière), la mise en place d’un plan de développement industriel à faible intensité carbone, d’un mécanisme de marché, ou encore l’adoption prochaine d’un plan national d’affectation des terres. Le pays présente aussi sa stratégie d’adaptation du littoral, notamment pour la capitale, Libreville, particulièrement exposée à la montée des eaux. 

Cependant, de nombreux pays africains, et plus généralement les pays en développement de par le monde, vont avoir des difficultés à présenter leur contribution par manque de moyens techniques, financiers et humains. Certains pays vont donc les y aider. En France, 3,5 millions d’euros ont été débloqué pour aider une vingtaine de pays (pour l’heure le Burkina Faso, la République démocratique du Congo ou les îles Fidji) via l’Agence française de développement et Expertise France, l’agence française d’expertise technique internationale. Une aide qu’il faudra poursuivre pour assurer la mise en œuvre technique et financière de ces politiques dans ces mêmes pays, les plus vulnérables au changement climatique.

Béatrice Héraud
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