C’est l’histoire de l’arroseur arrosé… Six mois après la lettre de Larry Fink, le patron du plus grand gestionnaire d’actifs du monde exhortant les entreprises  à mieux prendre en compte le bien commun dans leur stratégie, trois ONG pointent du doigt le manque d’exemplarité de BlackRock. Parmi les points noirs soulevés par Friends of the Earth, The Sunrise Project et Amazon Watch : la stratégie climat et déforestation de l’investisseur.

"Les attentes du grand public à l’égard [des] entreprises n’ont jamais été aussi grandes. La société exige que les entreprises, à la fois publiques et privées, se mettent au service du bien commun". Voici ce qu’écrivait Larry Fink, le patron de BlackRock, il y a 6 mois. Dans sa lettre annuelle aux grands patrons, il plaidait ainsi pour les avantages d’un "capitalisme durable", axé sur une logique de long terme.
Un tel plaidoyer, quand il est porté par le plus grand gestionnaire d’actifs du monde gérant plus 6 300 milliards de dollars d’actifs, n’a rien d’anecdotique. L’écrit a fait mouche et a depuis été largement commenté dans les cercles économiques et financiers. Mais aussi par la société civile.
BlackRock ne montre pas l’exemple
Des ONG environnementales ont donc pris Larry Fink au mot. Trois d’entre elles – Friends of the Earth United States, The Sunrise Project et Amazon Watch – ont passé au crible son impact sur la société, en se focalisant sur sa politique climatique qu’elles considèrent comme l’un des défis majeurs du gestionnaire en termes d’impact social. Les résultats, publiés le 24 mai dans un livre blanc, montrent que l’investisseur est loin de donner le bon exemple.
Selon ces ONG, BlackRock reste ainsi un des investisseurs les plus actifs dans l’économie du charbon, le principal moteur du changement climatique, que ce soit par des investissements dans le développement de nouvelles centrales ou dans les mines. C’est même le deuxième investisseur mondial après le gouvernement indien.
Un paradoxe alors même que Larry Fink expliquait l’année dernière que le charbon était "mort". Une logique qui trouve notamment son origine dans le fait que le gestionnaire de fonds pratique en grande partie une gestion passive, c’est-à-dire liée aux indices boursiers existants (CAC40, Footsie, Dow Jones…), indices qui sont très carbonés.
Parmi les autres activités nocives pour la planète et notamment le climat : la déforestation. Or, BlackRock reste l’un des investisseurs américains les plus exposés à ce risque avec 600 millions de dollars investis dans des matières premières comme l’huile de palme, le caoutchouc, le bois ou la pâte à papier, soulignent les ONG.
Peu de soutien aux résolutions climatiques
Certes, BlackRock a toujours défendu une politique d’engagement actionnarial mettant en avant l’importance de son poids financier pour faire avancer les entreprises dans lesquelles il investit. Mais dans sa lettre, Larry Fink soulignait également que BlackRock "n’hésiterait pas à exercer son droit de vote, contre les recommandations du management", dans le cas où les progrès seraient inexistants ou jugés insuffisants. Ce n’est cependant pas la politique actuelle.
En 2017, BlackRock n’a supporté que 9 % des résolutions considérées comme majeures sur le climat (dont celles d’Exxon et d’Occidental Petroleum, les plus médiatisée). Et seulement 14 % de résolutions demandant un alignement de la stratégie des entreprises sur l’objectif de 2°C porté par l’Accord de Paris. Accord auquel Larry Fink a pourtant explicitement apporté son soutien.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

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