Publié le 18 juillet 2016

ENVIRONNEMENT

Climat : comment les entreprises peuvent-elles concrétiser l’Accord de Paris ?

C’est un fait établi. Depuis la COP21, les entreprises jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de l’accord sur le climat. Mais quels sont les outils à leur disposition ? Parmi les démarches privilégiées, deux instruments émergent : l’économie circulaire et le processus de certification. Illustration avec le groupe L’Oréal et le manufacturier Continental.

L’usine L’Oréal de Libramont produit sa propre énergie grâce au recyclage des effluents et déchets agricoles issus des exploitations et de l’industrie agro-alimentaire de la région.
Philippe Huguen / AFP

Installée à Libramont (Belgique) depuis 1975, l’usine belge du géant de la cosmétique L’Oréal est un site de référence pour le groupe, spécialisé dans la production de produits de coloration pour le marché européen. Son directeur, Etienne Genin, cherche à répondre à une problématique précise : comment produire plus avec le moins d’impact climatique possible ?

La réponse, il la trouve dans l’économie circulaire. Recyclage et neutralité carbone au programme. De quoi s’agit-il ? D’un concept économique dont l’objectif est de produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie.

Appliqué sur le site de Libramont, cela signifie que l’usine produit sa propre énergie grâce au recyclage des effluents et déchets agricoles issus des exploitations et de l’industrie agro-alimentaire de la région : le site se trouve en effet dans une zone traditionnellement tournée vers l’agriculture et donc capable de fournir une matière première abondante. En tout, ce sont 54000 tonnes de biomasse qui sont traitées annuellement par le procédé dit de biométhanisation. Cette méthode produit un biogaz qui fournit électricité et chaleur.

Ce procédé a déjà fait ses preuves ailleurs en Europe, notamment en Allemagne, dans l'alimentation énergétique des ménages et agriculteurs. "Mais c'est la première fois qu'il est dimensionné à l'échelle d'un site industriel", souligne Etienne Genin, qui précise qu’avec cette installation, ce sont plus de 11500 tonnes de CO2 qui sont économisées chaque année, soit une diminution de 180% (par rapport à 2005, date de référence du groupe). Et depuis cette année, le site est neutre en carbone.

 

Concilier les problématiques énergétiques et environnementales

 

De l’autre coté du Rhin, à Hanovre, au siège du manufacturier de pneus Continental, la réduction des gaz à effet de serre (GES) fait également partie intégrante de la stratégie environnementale et énergétique du groupe. Ce dernier s’est fixé un objectif de réduction des émissions de CO2 de 20% d’ici 2020. En 2014, elles s’élevaient à 2,64 millions de tonnes.

Pour l’équipementier automobile, pas d’économie circulaire mais l’application d’une norme internationale. Pourquoi ? Parce qu’elle permet de concilier les problématiques énergétiques et environnementales sur l’ensemble du groupe et non sur un établissement en particulier : l’industriel emploie 207 899 salariés répartis sur 430 sites dans 55 pays. 170 d’entre eux font l’objet d’une certification. "Nous voulons être perçus comme une entreprise durable et nous sommes persuadés que les questions liées à l’énergie et à l’environnement sont appelées à interagir de plus en plus", explique Thomas Sewald, responsable environnement du groupe. C’est pour ces deux raisons que Continental a fait le choix d’appliquer en Allemagne et sur ses sites à l’étranger la norme ISO 14001.

L’objectif de ce référentiel né en 1996 est de proposer un cadre de gestion environnementale axée sur la maîtrise de l’énergie, principale source émettrice de CO2. De fait, Continental est un grand consommateur d’énergie : la consommation d’électricité annuelle s’élève à 4,1 millions de MWh. A titre de comparaison, 25 600 MWh représente la consommation d’environ 8500 ménages.

 

Dialogue multisectoriel

 

Quel résultat d'une telle certification ? Depuis 2009, Continental soumet ses émissions de CO2 au CDP (ex carbon Disclosure Project). En 2015, le groupe figurait parmi les leaders climatiques de la branche des équipementiers automobiles. Il obtenait le score de 94 points sur 100, la moyenne se situant à 86 points.

Commentant l’adoption de l’Accord de Paris, Thomas Sewald anticipe des conséquences très importantes pour le secteur industriel. Dans cette optique, Continental a d’ores et déjà engagé un large processus de discussion avec d’autres acteurs multisectoriels afin de "définir une application favorable de la COP21 pour le secteur manufacturier".

Claire Stam
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