Publié le 10 décembre 2020

ENVIRONNEMENT

Cinq ans après l’Accord de Paris, les engagements sur le climat sont devenus un impératif pour les grandes entreprises

Aligner les activités d'une entreprise sur les objectifs internationaux de lutte contre le réchauffement planétaire n'est plus l'apanage de quelques précurseurs, comme c'était le cas en 2015 lors de la signature de l'Accord de Paris. Aujourd'hui, c'est une condition sine qua none pour améliorer sa rentabilité et attirer les investisseurs. Désormais, des milliers d'entreprises sont engagées sur cette voie.

1 500 entreprises dans le monde, représentant plus de 12 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires se sont engagées sur des objectifs zero carbone.
@NicoElNino

Cinq ans après l’Accord de Paris, se fixer des objectifs ambitieux en matière climatique est devenu incontournable pour les grandes entreprises. Un décompte des grands engagements le prouve : plus de 1 500 entreprises dans le monde, représentant plus de 12 000 milliards de dollars chiffre d’affaires se sont engagées dans des objectifs de neutralité carbone, selon une étude du NewClimate Institute & Data-Driven Envirolab. 542 ont vu leur stratégie climat validées par la Science Based Targets Initiative qui vérifie leur alignement avec les objectifs de l’Accord de Paris. Mieux, 363 (contre seulement une dizaine en 2019) s’engagent sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C de réchauffement.

"La neutralité carbone, encore perçue il y a cinq ans comme une idée folle, est désormais devenue la norme", assure Christiana Figueres, l'ancienne secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur le Changement climatique. Les entreprises ont tout à y gagner. Selon le rapport "Paris effect" publié ce 10 décembre : "Bâtir des économies alignées sur des objectifs net zero (zéro émission, ndr) devrait ouvrir de nouveaux marchés, améliorer la résilience économique, créer plus de 35 millions de nouveaux emplois nets d'ici 2030 et réduire les coûts de santé". La bonne nouvelle est que "les progrès sur les solutions à faibles émissions de carbone ont été plus rapides que prévu. D'ici à 2030, les solutions bas carbone pourraient être compétitives dans des secteurs représentant près des trois quarts des émissions", note le rapport.  

Des investissements en hausse…mais insuffisants

En France, en pleine crise économique, et alors que la majorité des entreprises ont prévu de réduire leurs investissement globaux, les projets d'efficacité ne sont pas concernés. 55 % des entreprises vont même augmenter ces derniers, constate une étude de la Banque européenne d’investissement parue fin novembre. Une proportion plus forte que la moyenne européenne (47%). "On note une accélération des investissements visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre avec des montants qui sont passés de 45 milliards d’euros sur 2015-2020 à 75 milliards d’euros sur 2020-2023", souligne le Medef. Le syndicat patronal veut passer, d'ici juin prochain, de 100 à 1000, le nombre d’entreprises engagées à augmenter leurs investissements en R&D bas carbone via le French Business Climate Pledge.

Si l'accélération est bien là, elle est insuffisante. Au niveau mondial, il faut 3 000 à 5 000 milliards de dollars d’investissements par an pour atteindre les ambitions de l’Accord de Paris (15 à 18 milliards d’euros pour la France) d'ici 2050. Cela représente cinq à huit fois les niveaux d’investissements actuels selon le cabinet BCG. Pour changer d’échelle, ce sont désormais des changements structurels profonds qui sont attendus. "Les technologies qui vont permettre de nous diriger vers une trajectoire bas carbone sont là mais nous allons devoir faire les choses d’une manière différente", souligne ainsi Jean-Pascal Tricoire, le PDG de Schneider Electric. 

Le rôle crucial de la finance verte

Certaines réglementations les y poussent, notamment au niveau européen. Mais surtout les investisseurs. Ceux-ci ont "changé d’attitude il y a trois ans", assure Pascal Tricoire. Ils orientent de plus en plus leurs investissements vers les entreprises engagées dans la transition, via la souscription d'émissions vertes (Green Bonds) ou des fonds regroupant des valeurs vertes. Ils poussent aussi les entreprises dont ils sont actionnaires à agir sur les sujets climatiques par le dialogue actionnarial. C'est le cas de Climate Action 100+, une coalition de 500 investisseurs mondiaux, qui incite les 161 entreprises les plus émettrices à s’engager pour la neutralité carbone d’ici 2050. Mais aussi par l'engagement vers la neutralité carbone de leurs portefeuilles d'actions, comme au sein de la Net Zero Asset Owner Alliance, qui compte désormais des dizaines d'investisseurs institutionnels pesant plus de 5 000 milliards de dollars.

Les entreprises entendent ce signal des investisseurs engagés et, pour les convaincre de leurs bonnes intentions, elles veulent faire preuve de transparence sur leur gestion du climat, de l’eau et de la forêt. Ainsi, le CDP, qui compile les données environnementales rapportées par les sociétés, a obtenu en 2020 une collecte record de données auprès de 9 600 entreprises représentant plus de 50% de la capitalisation boursière mondiale. Cela représente une augmentation de plus de 70 % depuis l’Accord de Paris. 

Béatrice Héraud, @beatriceheraud 


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