Publié le 11 octobre 2010

ENVIRONNEMENT

Chine : nouvelle impasse au sommet de l'environnement à Tianjin

La Chine a accueilli pendant une semaine un sommet mondial sur l'environnement. Une dernière étape avant Cancun le mois prochain. Une nouvelle fois, les participants ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur un projet global de réduction des gaz à effet de serre.

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La ville de Tianjin

Œil pour œil, dent pour dent. Pendant une semaine, la Chine et les Etats-Unis se sont rendu coup pour coup. Un affrontement à peine voilé entre les deux plus gros pollueurs de la planète. La Chine dénonçant l'inaction des Etats-Unis et Washington fustigeant le double discours de Pékin et son refus d'un contrôle de ses émissions de gaz à effet de serre. Spectateurs, les autres délégués sont restés impuissants : « Ce n'est pas en construisant un bloc 'pays développés' contre 'pays en voie de développement' que nous parviendrons à un accord », explique agacé un délégué Africain. Plus diplomatique, la déclaration de Dessina Williams, déléguée de la Grenade et présidente de l'Alliance des petits Etats insulaires : « Nous demandons à ces grands acteurs puissants (ndlr. La Chine et les Etats-Unis) d'agir de façon urgente et coordonnée, car ce sont nous, les pays les plus pauvres, qui souffrons de cette crise liée au changement climatique ». Ce « G2 climatique » a laissé les autres participants circonspects et frustrés. « Nous souffrons le plus des effets néfastes du changement climatique, explique Taukei Kitara, une environnementaliste des îles Tuvalu. Alors bien sûr ce résultat est très décevant ». Chacun se renvoie donc la balle et fait porter aux autres la responsabilité de ce nouvel échec. Inquiétant, à un mois du sommet de Cancun.

Les pays développés responsables

C'est la première fois en plus de 20 ans de négociations internationales sur le climat que la Chine est l'hôte d'une telle réunion. L'occasion était donc trop belle pour ne pas en faire le symbole de la montée en puissance de Pékin et, au-delà, affirmer son rôle de porte-parole des pays en voie de développement. « La Chine a tenté de nous séduire pendant toute la semaine, témoigne l'un des 3000 participants qui préfère rester anonyme. Elle a déroulé le tapis rouge pour nous et de façon pas toujours très habile a cherché à nous rallier à sa position ». Sa position ? Selon Pékin, les pays développés sont responsables de la plupart des émissions industrielles de gaz à effet de serre et doivent donc prendre des engagements pour limiter leurs émissions d'ici 2020. La Chine plaide pour un mécanisme qui permettrait aux pays en développement de poursuivre leur croissance, donc de polluer plus que les pays du Nord. Pékin reste fidèle au protocole de Kyoto et, surtout, s'oppose à tout contrôle de ses émissions de carbone.

« La Chine a vraiment raté une opportunité d'être plus proactive dans les débats. Elle a montré une confiance inhabituelle, sans doute parce qu'elle accueillait ce sommet. Pourtant on doit reconnaître, qu'elle fait de réels efforts pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Dommage que les débats aient dérapé sur le terrain politique », regrette Yang Ailun de Greenpeace.

Le « Davos chinois »

Ironie du calendrier, la Chine avait choisi la ville de Tianjin pour organiser le sommet quelques jours à peine après en avoir fait la capitale du Forum économique mondial. Tianjin et ses 200 multinationales, ses lignes de montage d'Airbus et son port en eau profonde. Tianjin, vitrine de la Chine qui gagne, n'aura pas sauvé l'environnement.
« Vous avez sans doute été impressionné par Tianjin, Pékin et Shanghai, explique entre deux réunions Xie Zhenhua, un délégué chinois. Mais n'oubliez jamais que la Chine est un pays avec de vastes provinces encore très pauvres. Le Centre et l'Ouest de la Chine n'ont rien à voir avec la ville que vous voyez ici ». Un argument censé étayer le désormais célèbre principe défendu par la Chine de « responsabilité différenciée ». Un peu court, selon Artur Runge-Metzger, le chef de la délégation européenne, pour qui la Chine et l'Inde doivent prendre leur part de responsabilité. « Il est indispensable que les grandes puissances soient davantage flexibles, a exhorté Christiana Figueres, la chef de l'ONU sur le climat. Il est essentiel que la Chine montre le chemin si l'on veut parvenir à un consensus ».

« D'un côté nous pouvons dire que c'est un progrès, parce que tous les points de vue ont été prix en compte. Mais d'un autre côté bien sûr, nous ne sommes parvenus à aucun accord », souligne un délégué chinois. « Au mieux nous sommes parvenus à réduire de 70 à 60 pages le texte final qui sera présenté à Cancun ».

Dans ces négociations au forceps, seules deux avancées majeures : la mise en place d'un « fonds vert pour l'environnement » afin d'aider les pays pauvres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre - un fonds de 30 milliards de dollars financé par les pays riches et qui sera porté à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 ; et un plan de lutte contre la déforestation. Rien ne semble donc avoir changé depuis Copenhague, et chacun campe sur ses positions sur fond d'affrontements entre pays riches et pays pauvres. « Les pays développés sont sommés d'agir », titrait ainsi au lendemain de la clôture le China Daily. Le quotidien officiel en langue anglaise faisant porter la seule responsabilité de l'échec aux pays développés. L'échec est patent, mais la rhétorique chinoise n'a pas évolué.

Stéphane Pambrun, envoyé spécial à Tianjin
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