Publié le 02 février 2022
ENVIRONNEMENT
Ces 10 crises qui menacent des millions de personnes dans l'indifférence générale
L'ONG Care publie pour la sixième année consécutive la liste des dix crises humanitaires les moins médiatisées. Des crises de plus en plus exacerbées par le changement climatique, mais aussi depuis deux ans, par la pandémie de Covid-19. Il s'agit de rappeler à chacun d'entre nous, journalistes et lecteurs, notre responsabilité dans le choix des informations que nous décidons de traiter ou de lire.

@GETTY IMAGES Getty Images South America Getty Images via AFP
En 2021, les vols spatiaux de deux milliardaires ont fait l’objet de 12 fois plus d’articles que l’intégralité des dix crises humanitaires les moins médiatisées, le télétravail a intéressé 82 fois plus et les JO de Tokyo 177 fois plus. C’est le triste constat, dressé pour la sixième année consécutive, par l’ONG Care. Des crises qui se trouvent aggravées par le changement climatique et la pandémie de Covid-19, mais qui ne font que trop rarement la Une des journaux.
"Contrairement aux ouragans ou aux tsunamis qui charrient leurs lots d’images chocs, les crises dont nous parlons dans ce rapport sont moins vendeuses pour les médias, moins visuelles. Il s’agit des impacts lents du changement climatique, de sécheresses qui se prolongent, d’inondations qui se répètent, provoquant des effets en cascade. Cela se passe de façon insidieuse au quotidien. Depuis trente ans, nous notons que les avancées obtenues ont été érodées par le changement climatique. C’est un mouvement de fond qui touche les plus vulnérables" témoigne Fanny Petitbon, responsable plaidoyer au sein de Care France.
J'imagine que vous avez entendu parler de la course à l'espace des milliardaires lancée en 2021 ?
Mais avez-vous entendu parler des crises humanitaires causées ou aggravées par le #changementclimatique en Zambie, au Malawi ou au Guatemala ?
Alors cette est pour vouspic.twitter.com/2hGbc93Ei3— Fanny Petitbon (@FannyPetitbon) January 14, 2022
En République centrafricaine, un enfant sur trois est forcé de travailler
Le Malawi, qui a fait l’objet de seulement 832 articles l’année dernière (3e du classement), est pourtant l'un des pays où l’ensemble des impacts de la crise climatique se fait déjà sentir. Sécheresses, inondations et glissements de terrain rendent les sols infertiles, détruisent les récoltes et provoquent de sévères famines. Environ 40 000 personnes sont forcées de quitter leur maison chaque année. Au Guatemala, l'un des dix pays les plus vulnérables au changement climatique, 40 % de la population est affectée par l’insécurité alimentaire.
En République centrafricaine, un enfant sur trois est forcé de travailler pour survivre. En moyenne, les enfants fréquentent l'école pendant trois à quatre ans seulement. Au Niger, les impacts du changement climatique alternent entre inondations sévères et sécheresses prolongées, provoquant des pertes de récoltes. 45 % des enfants entre l'âge de six mois et cinq ans y souffrent de malnutrition chronique.
Les différentes crises exacerbent également les inégalités de genre et les violences. Au Zimbabwe, où plus d'un tiers de la population manque de nourriture et où la pauvreté explose en raison du changement climatique et du Covid-19, les cas de violences faites aux femmes ont augmenté de 200 % par rapport aux chiffres d’avant la pandémie. Au Burundi, 13 % des filles sont mariées avant 18 ans, le nombre d’enfants par femme est en moyenne de cinq, et seulement 20 % ont accès aux méthodes de planification familiale.
Les médias ont trop parlé du Covid-19, d'Eric Zemmour et de Lionel Messi en 2021
"Ce que les gens ne réalisent peut-être pas, c'est que nous avons une responsabilité collective. D’un côté dans la manière dont nous consommons l’information, qui a une influence significative sur les sujets qui seront traités et dans quelle mesure, et de l’autre dans les choix qui se font en conférence de rédaction de traiter ou non telle information. La visibilité nous permet non seulement de mobiliser la générosité du public, essentielle pour nous permettre d’agir, mais surtout d’inciter les décideurs politiques à se mobiliser", explique Philippe Lévêque, directeur de CARE France.
Selon un autre baromètre, réalisé par La Croix, les Français interrogés estiment que les médias ont trop parlé du Covid-19, de la candidature d'Eric Zemmour et de Lionel Messi au PSG, en 2021. Plus de la moitié pense que le dérèglement climatique a été mal traité dans les médias. Après le succès du film Don’t look up, les journalistes sont de plus en plus pris à partie. "De la même manière que les rédactions ont été capables de se former aux enjeux sanitaires, elles peuvent — ou plus exactement elles doivent — se former aux autres enjeux de notre temps. N’oublions pas que tout est lié : le climat, la biodiversité, l’alimentation, la santé, la précarité…" écrivent ainsi dans une tribune commune plusieurs associations de journalistes.
Concepcion Alvarez @conce1