Publié le 07 août 2018

ENVIRONNEMENT

Bâtir des villes capables de résister aux canicules

Les villes d’Europe n’ont pas été pensées pour résister aux fortes chaleurs. Au contraire, les matériaux qu’elles utilisent, leur disposition, leurs routes ne font qu’aggraver les bulles de chaleur des espaces urbains. Des solutions existent pour crever ces bulles, mais cela demande de repenser les architectures et la végétalisation des agglomérations.

Il peut y avoir près d'une dizaine de degré entre la périphérie d'une ville et son centre.
@extravagantni

La France et l’Europe vont pouvoir souffler un peu avec la chute des températures à venir après un long et éprouvant épisode caniculaire. Ce sont les villes qui ont le plus souffert de cette période avec des températures qui ont dépassé les 35°C, sans réel répit la nuit. Elles forment de véritables bulles de chaleur. Il peut y avoir une dizaine de degrés de différence entre la périphérie d’une ville et son cœur.

"L’été, on peut observer des différences de températures de l’ordre de 4°C en moyenne la nuit entre Paris intra-muros et les zones les plus fraîches de la région. Mais en condition de canicule, le phénomène peut doubler en intensité et atteindre 8°C de différence", explique Aude Lemonsu, chargée de recherche CNRS au centre de recherche de Météo-France.

Des arbres climatiseurs

Les villes abritent déjà 54 % de la population mondiale et 66 % en 2050. Or les cités européennes, en dehors de celles du bassin méditerranéen, n’ont pas été conçues pour ces vagues de chaleur. Mais avec le réchauffement en cours, cette adaptation va devenir indispensable. Il va falloir ainsi repenser et redessiner les villes pour les rendre plus résiliente.

La première solution passe par la végétalisation. Les zones boisées sont 2 à 8°C plus fraîches que le reste des centres urbains. Les plantations d’arbres isolés, les parcs urbains et les espaces naturels participent à cette réduction de l’intensité des îlots de chaleur en apportant de l’ombre et de la fraîcheur aux espaces publics.

Selon Amandine Crambes, ingénieur urbaniste à l’Ademe, il faut compter sur l’effet climatiseur des arbres. Sur France Info, elle explique qu’un arbre mature relargue 450 litres d’eau par jour sous l’effet de l’évapotranspiration. "L’effet est comparable à celui de 4 climatiseurs", assure-t-elle.

La rénovation thermique

Conscient de cet enjeu, de nombreuses grandes villes se sont lancées dans le plan "The million tree initiative". Il vise à planter un million d’arbres sur leur zone urbaine. New York a déjà achevé son projet. Tandis que Paris s’est engagé à planter 20 000 arbres intramuros d’ici 2020.

Il va falloir également repenser les matériaux et les couleurs utilisées. S’il fait 26°C, "une toiture foncée pourra atteindre jusqu’à 80°C, la même toiture en couleur claire plutôt 45°C, et la même végétale ne montera pas au-dessus de 29°C", explique Amandine Crambes. Ainsi, à l’été 2017, on avait vu Los Angeles repeindre des toits en blanc pour améliorer la réverbération des rayons solaire.

L’experte de l’Ademe explique qu’il faut désormais considérer que la rénovation thermique des bâtiments ne consiste pas seulement à garder la chaleur des habitations en hiver, mais aussi à les protéger de la chaleur en été. Une nouveauté dans des villes françaises qui n’avaient été soumises jusqu’alors qu’au froid.

Les couloirs de vent

Dans un rapport de l’Ademe d’octobre 2012, destiné à "lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain", l’agence appelle les constructions de bâtiments, de parcs, de quartiers à prendre en compte les couloirs de vents dans les villes qui vont avoir un effet de rafraîchissement naturel. "Combinés à une stratégie de bonne circulation des vents en période estivale sur le territoire, les espaces végétalisés ou bénéficiant d’étendues d’eau sont capables de rafraîchir la ville plus efficacement", écrit l’agence.

Enfin, il y a une nécessité de "débitumiser". Le bitume a une importante inertie thermique. Il va accumuler énormément de chaleur le jour et la restituer lentement la nuit. En retirant ces couches, les villes vont plus se refroidir. Et remettre la terre à l’air libre permettra de mieux bénéficier des effets d’évaporation de l’eau.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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