Publié le 02 janvier 2018

ENVIRONNEMENT

Avec la hausse actuelle des températures, les demandes d'asile vont croître de 188 % en Europe

Selon une étude des chercheurs de l’Université de Columbia, une hausse des températures de 2°C va accroître les demandes d’asiles de 28 % par an en Europe. Mais la tendance actuelle se situe plutôt aux alentours de +4°C, ce qui signifie une hausse de 188 % des demandes,  soit jusqu’à 660 000 réfugiés par an de plus qu’aujourd’hui. 

Le nombre de migrants climatiques pourraient presque tripler d'ici 2100 suivant la tendance du réchauffement actuel.
AFP

Le changement climatique pourrait quasiment tripler le nombre de demandeurs d'asile dans l'Union européenne d'ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre conservaient leur rythme actuel, un afflux migratoire qui pourrait avoir des effets déstabilisateurs.

Selon les chercheurs dont l'étude est publiée fin décembre dans la revue Science, entre 98 000 et 660 000 demandes d'asile supplémentaires pourraient être conduits chaque année dans l'Union européenne d'ici 2100. La place du curseur dépend du niveau de hausse de la température mondiale.

Ils ont examiné les demandes d'asile de ressortissants de 103 pays déposées dans les pays de l'Union européenne entre 2000 et 2014, et les ont comparées aux variations de température dans chacune de ces nations.

Chaque cran au-delà de 20°C

Leur constat : plus le thermomètre s'éloigne de 20 degrés Celsius - température optimale pour les récoltes agricoles -, plus le nombre de candidats à l'émigration augmente.

S'appuyant sur les projections de hausse de la température mondiale d'ici 2100, les chercheurs ont déterminé qu'une hausse moyenne de 1,8 degré entraînerait un bond de 28 % des demandes annuelles d'asile dans l'Union européenne à cet horizon. C'est le scénario le plus favorable, avec un plafonnement des émissions ces prochaines décennies avant une diminution.

Mais avec le maintien du rythme actuel, la Terre pourrait se réchauffer de 2,6 à 4,8 degrés d'ici 2100. Les demandes annuelles d'asile pourraient alors bondir de 188 % à cette date, à 660 000 de plus qu'aujourd'hui.

"L'Europe est déjà divisée sur le nombre de réfugiés qu'elle peut accueillir", a relevé Wolfram Schlenker, économiste à l'Université Columbia. "Étant donné que les pays les plus pauvres situés dans les parties les plus chaudes du globe sont les plus vulnérables au changement climatique, notre étude met en lumière l'étendue de l'interdépendance entre les nations qui se traduira pour l'Europe par un net accroissement du nombre d'immigrés désespérés", a-t-il ajouté.

Les 196 signataires de l'Accord de Paris sur le climat en 2015 se sont fixés comme objectif de limiter la hausse du mercure à deux degrés au-dessus de l'ère pré-industrielle, pour éviter les effets les plus néfastes du réchauffement comme une forte montée du niveau des océans du fait de la fonte accélérée des glaces polaires.

Des effets déjà très visibles sur la déstabilisation des États

La décision du président américain Donald Trump de retirer les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de CO2 dans le monde, de cet accord pourrait compromettre cet objectif.

Plusieurs études ont montré l'ampleur des effets déstabilisateurs du changement climatique sur les sociétés humaines. L'une d'entre elles, publiée en 2011 dans la revue britannique Nature, révélait le lien entre l'apparition cyclique du courant équatorial chaud du Pacifique El Nino et les sécheresses ayant accru les violences et les guerres autour du globe.

Une autre, publiée en 2015 dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS), montrait que le changement climatique avait contribué à la sécheresse de 2006 à 2010 au Proche-Orient et avait été un catalyseur du soulèvement en Syrie en 2011 qui a conduit à la guerre civile. Ce conflit est responsable de 500 000 morts et de l'exil forcé de 5,4 millions de Syriens.

La Rédaction avec AFP


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