Publié le 14 décembre 2021

ENVIRONNEMENT

Après la COP26, une trajectoire de réchauffement très incertaine, comprise entre +1,8°C et +2,7°C

Selon plusieurs analyses, la trajectoire de réchauffement d'ici la fin du siècle pourrait rester sous le seuil des +2°C. Un chiffre qui marque certes un progrès, mais qui reste encore insuffisant pour éviter le pire. Surtout les calculs s'appuient sur les engagements de neutralité carbone pris à la COP26 de Glasgow par plus de 140 pays. Or, très peu d'entre eux ont aligné leurs stratégies à 2030 sur cet objectif, ce qui le décrédibilise.

Objectif 1 5 C de rechauffement ARMANDO BABANI AFP
Les évaluations les plus optimistes tablent sur une trajectoire de +1,8°C si tous les engagements pris sont réalisés.
Armando Babani / AFP

Au fur et à mesure des engagements pris à la COP26 de Glasgow sur le climat, les calculettes n’ont eu de cesse de tourner pour tenter de mesurer la trajectoire de réchauffement sur laquelle on pourrait se placer. Les estimations les plus optimistes tablent sur un réchauffement de +1,8°C d’ici la fin du siècle quand les plus pessimistes font état d’un réchauffement de +2,7°C, soit le niveau déjà établi avant le sommet climatique.

Cet écart important peut sensiblement changer la donne car il pourrait permettre aux États de se dédouaner en estimant qu’ils en font déjà assez. Or, s’il y a bien une chose sur laquelle les experts tombent d’accord, c’est qu’il faut accélérer l’action climatique, tenir les engagements actuels et les rehausser au plus vite. Car même une trajectoire à +1,8°C aura des conséquences désastreuses pour des millions de personnes, d’espèces et d’écosystèmes.

Les engagements de neutralité carbone manquent de crédibilité

Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a été le premier à dégainer sur Twitter, quatre jours après l’ouverture de la COP26. "Les promesses climatiques [de ces derniers jours] font que Glasgow se rapproche des [objectifs climatiques] de Paris ! Une nouvelle analyse montre que la pleine réalisation de tous les engagements de neutralité carbone pris à ce jour additionnés au Global Methane Pledge [accord mondial pour réduire de 30 % les émissions mondiales de méthane d’ici 2030, ndr] limiteraient le réchauffement climatique à 1,8°C". Or l’Accord de Paris fixe comme limite 1,5°C.

Une autre étude, du Climate Resource, publiée la veille, estimait elle aussi qu’avec tous les engagements récents des États, le réchauffement pourrait être limité à 1,9°C. Quelques jours plus tard, le Climate action tracker (CAT), think tank de référence sur le sujet, se voulait moins optimiste en jugeant quant à lui que les engagements étaient encore insuffisants (1). Il calcule que les politiques actuelles nous mènent vers un réchauffement de +2,7°C. Si on prend en compte les engagements à 2030, nous serions à +2,4°C. Et dans un scénario optimiste qui intègre tous les engagements y compris sur la neutralité carbone, nous serions à +1,8°C. 

CAT Thermometer 2021.11 4Bars Annotation

"Il existe un énorme écart de crédibilité, d'action et d'engagement qui jette une ombre sur les objectifs de neutralité carbone proposés par plus de 140 pays (dont l’Australie, le Brésil, l’Inde, ndr) couvrant 90 % des émissions mondiales" résume le Dr Niklas Höhne du News climate institute. Selon le CAT, 73 % des pays n’ont pas de trajectoire adéquate contre seulement 6 % qui en ont une acceptable (l’Union européenne, le Chili, le Royaume-Uni et le Costa Rica). "Il faut de l’action à court-terme. Tous les pays, et pas seulement ceux qui n’ont pas augmenté leur ambition, doivent présenter de nouveaux plans substantiellement améliorés l’année prochaine et tous les ans", ajoute-t-il.

"La montagne a accouché d'une souris"

Après la COP26, le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) a publié une nouvelle synthèse et a lui aussi conclu que malgré les nouveaux engagements annoncés juste avant et pendant la conférence, le monde se dirigeait toujours vers un réchauffement "catastrophique" de 2,7 °C d'ici à la fin du siècle. En ajoutant les nouvelles promesses de neutralité carbone, la hausse de température pourrait être limitée à 2,1°C, soit 0,1°C de mieux que la précédente estimation.

"Quand on regarde ces nouveaux engagements, franchement, c’est la montagne qui a accouché d’une souris", a réagi la directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen. En outre, même avec tous les nouveaux engagements pris à Glasgow, nous émettrons encore environ deux fois plus en 2030 que ce qui est requis pour respecter l’objectif 1,5°.

Fin novembre, des chercheurs ont également alerté dans la revue Nature Climate Change sur l’incertitude des données liée aux modélisations utilisées. "Si on regarde la partie inférieure de la fourchette, cela pourrait laisser croire que nous sommes vraiment proches des objectifs de l'accord de Paris. (...) Mais il est tout aussi probable que le réchauffement soit autour de 3°C, ce qui nécessiterait des politiques bien plus fortes", indique Glen Peters, l'un des auteurs à l'AFP.

 

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Voir le brief du Climate Action Tracker


© 2023 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Scientifiques en rebellion devant dassault Lyuba XR France

Scientifiques en rébellion : "j’aurais plus peur pour mon avenir si j’étais un cadre de TotalEnergies qu’un scientifique engagé"

Il y a quelques semaines, Rose Abramoff, une scientifique américaine, était licenciée après avoir arboré une banderole appelant les scientifiques à l’action, lors d’un congrès. Un choc pour ses collègues du monde entier, dont Jérôme Santolini, biochimiste, directeur de recherche au CEA et l’un des...

Virus pandemie covid 19 pixabay

Maladies infectieuses : comment le changement climatique tue

Tuberculose, paludisme, le changement climatique va faire progresser ces maladies infectieuses, touchant des populations qui ne sont pas immunisées et qui auront du mal à y faire face, alerte le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. En outre, avec la fonte des...

Sophie Godin Beekmann couche d ozone CNRS

Reconstitution de la couche d’ozone : Une victoire qu'on ne peut pas répliquer au climat

Le trou dans la couche d'ozone devrait se résorber d'ici quarante ans au-dessus de l’Antarctique, et dès 2040 dans le reste du monde. Il avait été créé par la pollution humaine, particulièrement les chlorofluorocarbures (CFC) autrefois émis par de nombreux réfrigérateurs. Mais un protocole...

La foret amazonienne notre terre documentaire National Geographic

Planet killers, Pauvre malgré le job, Utopie.s… Cinq documentaires engagés à ne pas manquer cet hiver

Arte, France TV, Disney +... Vous avez fait le tour des plateformes de streaming et vous manquez d’inspiration ? Suivez le guide ! Une enquête haletante à la poursuite des criminels environnementaux, une plongée au cœur de l’Amazonie en compagnie du peuple Uru-Eu-Wau-Wau ou encore une immersion dans...